LIVRE DEUXIÈME
quantité. Tout ce qu'ils en possédaient, ils Favaient recueilli dans le lil des rivières ou au pied des montagnes, après les pluies abondantes qui tombent entre les tropiques. Mais a toutes ces marques les Espagnols ne pouvaient douter que la terre de ce canton ne renfermât dans son sein des trésors dont ils se flattaient d'être bientôt les maîtres. Colomb, pour s'assurer la possession de cette riche province, y éleva un petit fort, auquel il donna le nom de Saint-Thomas^ en mémoire de l'incrédulité de ses gens qui n'avaient pas voulu croire que le pays produisît de l'or, jusqu'à ce qu'ils l'eussent vu de leurs yeux et touché de leurs mains.
L'espérance des richesses que pouvait fournir le pays de Cibao vint fort à propos pour relever les esprits abattus des colons qui se trouvaient pressés par des besoins de différents genres. Le fonds de provisions de bouche quïls avaient apporté d'Europe était en grande partie consommé. Ce qui en restait se trouvait si corrompu par la chaleur et Thumidité du climat, qu'on n'en pouvait presque faire aucun usage. Les gens du pays cultivaient une si petite quantité de terrain, et avec si peu d'industrie, qu'à peine en pouvaient-ils tirer de quoi fournir k leur propre subsistance. Les Espagnols n'avaient pas encore eu le temps de préparer la terre pour lui faire produire des aliments. Ils se voyaient en danger de mourir de faim et étaient déjà réduits a une très-petite ration. Us commençaient en même temps a être attaqués des maladies particulières a la zone torride et dont les ravages sont toujours plus grands dans les pays sans culture où les travaux de l'homme n'ont point ouvert les bois, séché les marais et contenu les rivières dans un lit constant. Effrayés de la violence et des symptômes du
mal , ils accusaient Colomb et les compagnons de sa première expédition qui, par leurs descriptions pompeuses d'Hispaniola, les avaient engagés a quitter leur patrie pour un pays barbare et stérile où ils allaient périr de faim ou de maladie. Plusieurs des officiers et des colons les plus distingués adoptaient et répétaient ces plaintes séditieuses au lieu de les arrêter. Il fallut toute l'autorité et toute l'adresse de Tamiral pour rétablir la tranquillité et la subordination. Il employa alternativement les menaces et les promesses-, mais rien ne contribua plus à adoucir les mécontents que Tespoir de trouver dans les mines de Cibao des trésors qui les dédommageraient de leurs souffrances et qui effaceraient de leur mémoire jusqu'au souvenir de leurs premiers malheurs.
Lorsque Colomb, par ses soins et sa prudence, eut ramené Tordre et la paix, il crut pouvoir quitter l'île et poursuivre ses découvertes. Il voulait surtout s'assurer si ces nouvelles contrées tenaient a quelques régions de la terre déjà connues, ou si elles en étaient une portion absolument séparée. Il confia en son absence le gouvernement de l'île a son frère D. Diego, aidé d'un conseil d'ofticiers. Il donna le commandement d'un corps de troupes à D. Pedro Margarita, qu'il chargea de visiter les différentes parties de l'île et d'y établir l'autorité des Espagnols^ après avoir laissé a l'un et a l'autre des instructions très-détaillées sur la conduite qu'ils devaient tenir . il leva l'ancre , le 24 avril , avec un vaisseau et deux petites barques. Pendant un ennuyeux voyage de cinq mois entiers, il fut éprouvé par toutes les sortes de dangers auxquels un navigateur peut être exposé, sans faire aucune découverte importante que celle de la Jamaïque. En rangeant la côte sud de Cuba , il se trouva engagé dans