‹ Histoire de la découverte et de la conquête de l'Amérique par les EspagnolsChapitre 69 sur 187 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

fallut le mettre à exécution il essuya des relardemeiils qui auraient lassé la patience d^un homme moins accoutumé que lui a rencontrer des difficultés et k les surmonter. Ces délais furent en partie Teffet de cette lenteur et de ces formes fastidieuses que les Espagnols mettent dans toutes les affaires, et en partie de Tépuisement où se trouvaient les finances par les dépenses excessives qu'avaient occasionnées le mariage du fils unique de Ferdinand et d'Isabelle avec Marguerite d'Autriche et celui de Jeanne , leur seconde fille , avec l'archiduc Philippe ^ mais ce fut surtout l'ouvrage des artifices et de la méchanceté des ennemis de Colomb. Étonnés de l'accueil qu'il avait reçu de ces souverains a son retour, et contenus par sa présence , ils laissèrent passer le flot de la faveur contre lequel ils sentaient qu'il leur était impossible de lutter. Mais leur haine était trop profonde pour demeurer dans l'inaction -, ils reprirent bientôt courage, et, aidés du secours de Fonseca, ministre des affaires de rinde, ils traversèrent par tant d'obstacles les préparatifs de Colomb, qu'il s'écoula une année entière avant qu'il pût avoir deux vaisseaux pour porter a sa colonie une partie des secours qu'on lui destinait, et presque deux ans avant que la petite escadre dont il devait prendre le commandement fût en état de mettre en mer.

L'armement consistait seulement en six vaisseaux d'un port médiocre et assez mal pourvus pour un voyage si long et si dangereux. Colomb allait prendre une route diffërenlc de toutes celles qu'il avait jusqu'alors suivies. Comme il était persuadé que les riches contrées de l'Inde étaient situées au sud-ouest des pays qu'il avait découverts, il se proposait, pour y arriver, de faire voile, des Canaries ou des îles du cap Vert, directement au sud,

136 HISTOIRE DAMÉRIQUE.

jusqu'à ce qu'il eût dépassé la ligne et alors de tourner a Touest, espérant trouver dans cette route le secours des vents qui soufflent invariablement entre les tropiques. Plein de cette idée, il mit à la voile et toucha d'abord aux Canaries , d'où il dépêcha trois de ses navires pour porter de nouveaux secours a Hispaniola. Il gagna ensuite les Iles du cap Vert, et continua sa route au sud avec les trois autres. Il ne leur arriva rien de remarquable jusqu'à ce qu'il fût arrivé à cinq degrés en deçà de la ligne. Là , il fut arrêté par un calme; il éprouva en même temps une si excessive chaleur , que les tonneaux de vin éclataient ou laissaient écouler la liqueur, et que les provisions se gâtaient. Les Espagnols, qui ne s'étaient jamais avancés si loin au sud , craignaient que les vaisseaux ne prissent feu et commençaient à croire ce qu'avaient dit de la zone torride les anciens, qui la regardaient comme inhabitable. Des pluies vinrent à propos pour les rassurer un peu, mais sans diminuer beaucoup la violence de la chaleur, quoiqu'elles fussent continuelles et qu'il fût difficile de rester sur le pont.

L'amiral, qui avait dirigé toutes les manœuvres du voyage avec sa vigilance ordinaire, se trouva si épuisé par la fatigue et le défaut de sommeil qu'il fut saisi d'un violent accès de goulte accompagné de fièvre. Toutes ces circonstances le forcèrent de céder aux instances de ses gens et de changer de route pour porter au nord-ouest et toucher à quelqu'une des îles Caraïbes où il pourrait se réparer et prendre quelques provisions.

Le 1" août, le matelot de garde sur la hune excita dans l'équipage une surprise agréable en criant terre. On gouverna de ce côté et l'on découvrit une île considérable que l'amiral appela île de la Trinité, nom qu'elle coû-

Page 1