‹ Histoire de la découverte et de la conquête de l'Amérique par les EspagnolsChapitre 70 sur 187 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

serve encore aujourd'hui. Elle est située sur la côte de la Guiane, près de Tembouchure de rOrénoque. Cette rivière, quoique du troisième ou quatrième ordre pour la grandeur parmi celles du Nouveau-Monde, surpasse de beaucoup toutes celles de notre hémisphère. Elle porte a rOcéan une masse d'eau si énorme et coule avec tant d'impétuosité que lorsqu'elle rencontre la marée, qui, sur cette côte, monte a une très-grande hauteur, il se fait un choc qui élève et agite les flots d'une manière surprenante et terrible. La rapidité du fleuve le fait triompher dans ce combat, et on le voit porter ses eaux a plusieurs lieues dans TOcéan sans les y mêler. Avant d'avoir pu connaître le danger, Colomb se trouva entre ce terrible courant et les vagues agitées^ il n'échappa qu'avec beaucoup de difliculté par un détroit qui lui parut si dangereux qu'il l'appela la Bouche du Dragon. Lorsque le danger fut passé, il vit, dans l'objet même qui l'avait si fort effrayé, des motifs d'espérance et de consolation. Il conjectura avec beaucoup de justesse qu'une si grande rivière ne pouvait pas être fournie par une île et qu'elle devait couler au travers d'un très-grand continent, et il ne douta pas que ce ne fût celui qu'il cherchait depuis si longtemps. Plein de cette idée, il navigua à l'ouest, le long de la côte des provinces qui sont aujourd'hui connues sous les noms de Paria et de Cumana. Il prit terre en différents endroits et eut quelque commerce avec les habitants, dont les traits et les mœurs lui parurent ressembler a ceux des Indiens d'Hispaniola. Ils portaient des ornements d'or en petites plaques et des perles tièsbelles qu'ils échangèrent volontiers pour de petites merceries d'Europe. Us semblaient avoir plus d'intelligence et de courage que les habitants des îles. On y voyait des

quadrupèdes de différentes espèces et une grande variété d'oiseaux et de fruits. L'amiral fut si transporté de la beauté et de la fertilité du pays, que, plein de cet enthousiasme qui accompagne ordinairement la passion des découvertes, il imagina que c'était la le paradis terrestre de rÉcriture , que Dieu avait donné a Thomme pour y habiter tant que son innocence le rendrait digne d'un si beau séjour. C'est ainsi que Colomb eut la gloire non-seulement de faire connaître au genre humain l'existence d'un nouveau monde, mais d'étendre beaucoup celte découverte et de conduire le premier les Espagnols au vaste continent qui est devenu la plus considérable partie de leur empire et la principale source de leurs richesses. Le mauvais état de ses vaisseaux, le manque de vivres, ses infirmités et l'impatience de ses gens ne lui permirent pas de pousser plus loin sa découverte. Il ne put se dispenser de regagner Hispaniola. En son chemin il découvrit les îles de Cubagua et de Margarita , devenues considérables depuis par la pêche des perles. En arrivant à Hispaniola il était épuisé de fatigues et de maladie 5 mais les affaires de la colonie étaient dans une situation qui ne lui permettait pas d'y jouir du repos dont il avait un si grand besoin.

Pendant son absence , ce pays avait éprouvé beaucoup 1 de révolutions. Son frère Fadelantade, en conséquence des conseils que lui avait donnés Colomb avant son départ, avait transporté la colonie à' Isabelle dans un lieu plus commode de l'autre côté de l'île. 11 avait jeté les fondements de Saint-Domingue , qui a été longtemps la ville la plus considérable que les Européens eussent dans le Nouveau-Monde et le siège de tous les. tribunaux suprêmes de la cour d'Espagne en Amérique. Dès que les

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