‹ Histoire de la découverte et de la conquête de l'Amérique par les EspagnolsChapitre 89 sur 187 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

cours 5 et avec autant d'adresse que de méchanceté, ils surent faire servir les prédictions d'un astrologue à porter ses alarmes au plus haut degré. Le concours de tant de moyens produisit Teffet qu'on en attendait. Velasquez se repentit amèrement de la confiance imprudente qu'il avait mise en un homme dont la fidélité lui paraissait si suspecte, et dépécha en hâte des instiuciions à Verdugo, principal magistrat a la Trinité, avec des ordres pour enlever à Cortès sa commission : mais celui-ci avait déjà si bien gagné l'estime et la confiance de ses troupes et se trouva si assuré de leur zèle , qu'en employant tantôt la séduction et tantôt la menace , il obtint la permission de quitter la Trinité sans que les ordres de Velasquez fussent exécutés.

De la Trinité, Cortès fit voile vers la Havane pour lever encore des soldats et achever d'approvisionner sa flotte. La plusieurs Espagnols de distinction se déterminèrent a le suivre et s'engagèrent a fournir le reste des approvisionnements qui lui manquaient. Mais comme il leur fallait du temps pour remplir leurs engagements, Velasquez , convaincu quïl ne devait plus compter sur un homme a qui il avait fait connaître si ouvertement sa défiance, voulut profiter de l'intervalle que lui donnait ce retardement pour tenter encore de dépouiller Cortès de son commandement. Il se plaignit hautement de la conduite de Verdugo , l'accusant d'une faiblesse puérile ou d'une trahison manifeste pour avoir permis a Cortès de sortir de la Trinité. Pour mieux s'assurer de Texéculion de son dessein, il envoya un homme de confiance a la Havane, chargé de remettre a Pedro Barba, son lieutenant dans cette colonie, Tordre positif d'arrêter sur-lechamp Cortès , de Tenvoyer prisonnier a San-Iago sous

ns HISTOIRE D'AMÉRIQUE.

une bonne escorte et de suspendre le départ de la flotte jusqu'à ce qu'il eût reçu des ordres ultérieurs. Il écrivit en même temps aux principaux officiers pour leur commander d'assister Barba dans l'exécution des ordres qu'il lui envoyait. Mais, avant l'arrivée de son messager, un moine de Saint-François avait fait passer la nouvelle de ce qui se tramait a Bartbélemy d'Olmedo , religieux de son ordre, aumônier de la flotte de Cortès.

Certes, averti du danger, eut le temps de prendre ses précautions. La première fut d'éloigner de la Havane, sous quelque prétexte, Diego de Ordaz, officier d'un mérite distingué , mais que son attachement pour Yelasquez devait lui rendre suspect. Il lui donna le commandement d'un vaisseau destiné a aller prendre quelques vivres dans un petit havre par delà le cap Antoine, et sut ainsi l'éloigner sans paraître soupçonner sa fidélité. Après son départ , Cortès ne cacha plus a ses troupes les desseins fie Yelasquez. Comme les officiers ainsi que les soldats avaient tous la plus grande impatience de commencer Texécution d'une entreprise dans laquelle ils hasardaient toute leur fortune, ils furent étonnés et indignés de cette basse jalousie à laquelle le gouverneur voulait sacrifier non-seulement Thonneur de leur général, mais toutes les espérances de gloire et de richesses qu'euxmêmes avaient conçues. Ils supplièrent tout d'une voix Corlès de ne point abandonner la place a laquelle il avait tant de droits, et de ne pas les priver d'un chef qu'ils avaient suivi avec une confiance si bien méritée. Enfin ils lui offrirent de verser tout leur sang pour le défendre contre Yelasquez. Cortès céda aisément à des instances qui n'avaient pour objet que de le déterminer a faire ce qu'il désirait lui-même avec ardeur. Il jura de ne jamais

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