‹ Histoire de la découverte et de la conquête de l'Amérique par les EspagnolsChapitre 90 sur 187 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

abandonner des soldats qui lui avaient donné des preuves si éclatantes de leur attachement, et leur promit de les conduire incessamment a cette riche contrée qui était depuis si longtemps Tobjet de leurs pensées et de leurs désirs.

Tous les préparatifs étaient faits pour son départ^ mais quoique les Espagnols de Cuba eussent rassemblé toutes leurs ressources pour cette expédition; quoique chaque établissement y eût fourni des hommes et des provisions^ quoique le gouverneur eût dépensé des sommes considérables, et que chaque aventurier eût employé tous ses fonds et tout son crédit, on ne peut s'empêcher d'être étonné de la faiblesse de Tarmement, bien peu proportionné en effet a un aussi grand projet que Tétait la conquête d'un vaste empire. La flotte consistait en onze vaisseaux , dont le plus grand, honoré du titre d'amiral, n'était que de cent tonneaux; trois, de soixante-dix ou quatre-vingts tonneaux, et sept petites barques sans ponts. Elle portait six cent dix-sept hommes , dont cinq cent huit soldats et cent neuf matelots et ouvriers. Les soldats étaient partagés en onze compagnies, selon le nombre des vaisseaux, chacune commandée par un capitaine qui avait en même temps le commandement du vaisseau et celui des troupes quand elles seraient a terre (100). Comme l'usage des armes a feu parmi les nations de l'Europe était encore récent, et qu'on n'en donnait dans les armées qu'a un petit nombre de bataillons d'infanterie bien disciplinée, il n'y avait dans la troupe de Cortès que treize soldats armés de mousquets, trente-deux d'arquei)uses et le reste dépécs et de piques; au lieu des armes défeniiives ordinaires, qui eussentété embarrassantes dans un pays chaud, les Espagnols avaient des coites d'armes

de colon piqué, qu^on avait reconnues être suffisantes pour garantir des flèches des Américains. Ils n'avaient que seize chevaux, dix petites pièces de campagne et quatre fauconneaux.

C'est avec ces faibles moyens que Cortès mit à la voile pour aller faire la guerre a un monarque dont les domaines étaient plus étendus que tous ceux de la couronne d'Espagne. Comme l'enthousiasme religieux se trouvait mêlé avec l'esprit de découverte et de conquête , et par une combinaison plus étrange , avec l'avidité même , dans toutes les entreprises des Espagnols , leurs étendards portaient une grande croix avec cette épigraphe : Suivons la croix , car sous ce ngne nous vaincî-ovs. Les compagnons de Corlès, aussi avides de piller le riche pays qu'ils allaient chercher que zélés pour y établir la foi chrétienne, étaient tellement animés de ces deux passions qu'ils se mirent en mer, non pas avec l'inquiétude que doit exciter naturellement une expédition si périlleuse, mais avec cette confiance qui naît de la certitude du succès et de l'assurance d'être protégé par le ciel.

Cortès, déterminé a visiter tous les endroits où Grijalva était allé, fit directement voile vers l'île de Cozfrmel. Là il eut le bonheur de racheter des Indiens. Jérôme d'Aguilar, Espagnol qui avait été huit ans prisonnier parmi eux. Cet homme , qui avait appris parfaitement un dialecte de la langue de cette partie de l'Amérique , répandu dans une grande étendue de pays, et qui avait d'ailleurs de la prudence et de l'adresse, fut extrêmement utile a Cortès en qualité d'interprète. De Cozumel, Cortès se rendit a Tabasco dans l'espérance d'y être aussi bien reçu que Grijalva l'avait été, et d'en retirer une aussi grande quantité d'or^ niais la disposition des habitants

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