LIVRE TROISIÈME
arbres. Les Mexicains virent d'abord les exercices militaires avec le silence et l'étonnement qui sont naturels lorsque l'esprit est frappé d^objets nouveaux qui paraissent redoutables-, mais au bruit du canon, plusieurs s'enfuirent, d'autres tombèrent de frayeur, et tous furent si épouvantés en voyant des bomraes dont le pouvoir leur parut ressembler a celui des dieux, que Cortès eut beaucoup de peine a les ramener et à les rassurer. Leurs peintres employèrent tout leur art a représenter ces nouveaux objets, et leur imagination a inventer des figures et des caractères qui pussent rendre les choses extraordinaires dont ils venaient d'être les témoins.
On dépécha sur-le-champ des courriers a Montézuma, chargés de lui remettre ces tableaux et de lui faire le récit de ce qui s'était passé depuis l'arrivée des Espagnols. Cortès envoyait en même temps au monarque quelques curiosités dEurope de peu de valeur, mais qu'il crut pouvoir lui être agréables par leur nouveauté. Les rois du Mexique, pour être instruits promptement de tout ce qui se passait dans les parties les plus éloignées de leur vaste empire, avaient établi une excellente institution que l'Europe même ne connaissait pas encore. Ils avaient en diiférents endroits, sur les principales routes, des courriers qui , formés par l'éducation à une grande agilité et se relevant les uns les autres a de médiocres dislances, portaient les avis avec une célérité étonnante. Quoique la capitale où le monarque faisait sa résidence fut distante de cent quatre-vingts milles de Saint-Jeand'Ulloa, les présents de Cortès furent portés a l'empereur et sa réponse rapportée en peu de jours. Les mêmes olïiciors qui avaient jusque-la traité avec les Espagnols furent chargés de la réponse du monarque^ mais comme
ils savaient combien les projets et les désirs du général étaient opposés aux résolutions que venait de prendre Montézuma, ils ne crurent pas devoir les notitier à Cortès, sans avoir auparavant fait de nouveaux efforts pour l'adoucir. Alin de renouer la négociation, ils offrirent donc les présents qu'envoyait Montézuma et qui étaient portés par cent Indiens. La magnificence de ces dons répondait a la grandeur du monarque et dépassait de beaucoup toutes les idées que les Espagnols s'étaient faites jusqu'alors des richesses du Mexique. On les plaça sur des nattes étendues a terre dans un ordre qui les faisait paraître avec plus d'avantage. Cortès et ses gens virent avec admiration les différentes productions de l'industrie du pays ^ des étoffes de coton si belles et d'un tissu si fin qu'elles égalaient les soieries 5 des tableaux représentant des animaux, des arbres et d'autres objets, qui n'étaient formés que de plumes de différentes couleurs employées avec assez d'adresse et d'élégance pour le disputer aux ouvrages du pinceau pour la vérité et la beauté de l'imitation. Mais ce qui attira surtout leurs regards ce furent deux grands plats de forme circulaire, l'un d'or massif, représentant le soleil^ l'autre d'argent, emblème de la lune (102). Il y avait en outre des bracelets, des colliers, des anneaux et d'autres bijoux d'or, et afin que les Espagnols pussent prendre une idée complète de toutes les richesses que fournissait le pays , des boîtes remplies de perles, de pierres précieuses, de grains d'or non travaillés et tels qu'on les trouvait dans les mines et les rivières. Cortès reçut ces présents avec les démonstrations d'un respect profond pour le prince qui les lui envoyait. Mais quand les Mexicains, croyant désormais leur négociation plus facile, lui firent savoir