‹ Histoire de la découverte et de la conquête de l'Amérique par les EspagnolsChapitre 92 sur 187 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

d'amitié, qu'il venait faire des propositions d'une grande importance au bien du prince et de son royaume, et qu'il les exposerait en personne au gouverneur et au général. Le lendemain au matin, sans attendre de réponse, il débarqua ses troupes, ses chevaux et son artillerie, et ayant choisi un terrain convenable, il commença a y élever des baraques et a en faire un camp fortifié. Les Indiens, au lieu de s'opposer a l'entrée de ces hôtes qui devaient être un jour les destructeurs de leurs pays, les aidèrent dans toutes les opérations de leur débarquement avec un empressement dont ils eurent depuis bien des raisons de se repentir.

Le jour suivant, Pilpatoë et Teutilé vinrent au camp avec une nombreuse suite, et Gortès, les regardant comme les ministres d'un grand roi, les reçut avec beaucoup plus d'égards que les Espagnols n'avaient coutume d'en marquer aux petits caciques avec lesquels ils traitaient. Il leur apprit qu'il venait en qualité d'ambassadeur de don Charles d'Autriche, roi de Castille, et le plus puissant monarque de l'est , et qu'il était chargé de propositions d'une telle importance, qu'il ne pouvait les communiquer qu'à Montézuma lui-même, et il leur demanda de le conduire devant lui sans perdre de temps. Les officiers mexicains ne purent cacher la peine que leur faisait une demande qu'ils prévoyaient devoir être fort mal reçue de leur souverain, dont l'esprit était déjà rempli d'inquiétudes et de craintes, depuis les premières nouvelles qu'il avait apprises de l'apparition des Espagnols sur les cotes de son empire. Mais avant d'entreprendre de dissuader Corlès de son projet, ils s'ei'forcèrcnt de gagner sa bienveillance en le pressant d'accepter des présents qu'ils voulaient metlrc à ses pieds en qualité d'humbles

esclaves de Montézuma. On les lui offrit avec beaucoup (l'appareil. Ils consistaient en étoffes de coton fort belles, en plumes de différentes couleurs et en ornements d'or et d'argent d'une valeur considérable et d'un travail curieux. La vue de ces présents produisit un effet bien différent de celui que se proposaient les Mexicains. Loin de satisfaire l'avidité des Espagnols, elle l'accrut, et leur inspira une si vive impatience de devenir maîtres d'un pays qui produisait ces richesses, que Corlès, se donnant a peine le temps d'écouter les raisons par lesquelles Pilpatoë et Teulilé cherchaient a le détourner d'aller a la capitale, et prenant un ton fier et décidé, leur répéta qu'il voulait avoir une audience du roi lui-même. Pendant cette entrevue, quelques peintres à la suite des chefs des Mexicains avaient été occupés a dessiner, sur des étoffes de coton blanches, les vaisseaux, les chevaux, l'artillerie, les soldats espagnols et tout ce qu'ils trouvaient de plus singulier. Cortès, qui s'en aperçut et qui apprit que ces dessins devaient être envoyés à Montézuma, voulut donner a ce prince une idée plus vraie et plus imposante des objets étonnants qui se présentaient pour la première fois à la vue des Indiens, et qu'aucun mot de leur langue ne pouvait rendre. Pour cet effet, il résolut de les rendre témoins d'un spectacle qui pût leur mieux faire connaître la bravoure de ses soldats et la force irrésistible de leurs armes. Il fit sonner Talarme par les trompettes. En un instant les troupes se mirent en bataille, l'infanterie exécuta plusieurs mouvements dans lesquels elle fit usage de ses différentes armes, et la cavalerie fit différentes évolutions pour montrer sa force et son agilité. L'artillerie enfin, diiigée sur les bois épais voisins du cahfip, fit un grand dégât dans les

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