BRETAGNE
. Les annales de l'industrie dentellière ne font nulle mention de la Bretagne; il est probable cependant que les manufactures de la Normandie ne s'arrêtèrent pas à la limite rigoureuse de la province mais qu'elles s'étendirent le long de la côte. Quoi qu'il en puisse être , on a porté de bonne heure de la dentelle en Bretagne.
Il y a une ballade populaire, datant de 1587, sur La Fontenelle, un des plus célèbres partisans de la Ligue, en Bretagne. Il s'est laissé prendre à Paris, et, pendant qu'il attend son sort, il envoie son page porter à sa femme ce message :
« Page , mon page , petit page , va vite à Coadelan et dis à la pauvre héritière (1) de ne plus porter de dentelles.
« De ne plus porter de dentelles , parce que son pauvre époux est en peine. Toi, rapporte-moi une chemise à mettre et un drap pour m'ensevelir (2). »
Il existe une singulière coutume parmi les anciennes familles de la Bretagne ; une mariée ne porte que dans deux occasions solennelles ses habits de noce tout garnis de dentelle : le jour du mariage et après sa mort , alors que le corps est étendu pendant quelques heures sur un lit de parade , avant d'être placé dans le cercueil.
Le lendemain du mariage , la jeune femme ploie soigneusement sa parure nuptiale (3) et l'enveloppe d'un linge le plus fin qui ait été filé dans la maison, et qui doit lui servir de linceul. Chaque
Les ouvrières gagnent de 1 fr. 25 à 2 fr. 50 par jour, salaire trop faible , niais un peu meilleur que celui du siècle dernier dont le maximum était 24 sols. La production annuelle est évaluée à 8 ou 10 millions.
(1) Il avait enlevé la riche héritière de Coadelan.
(2) Chants populaires de la Bretagne, par M. de la Villemarqué.
(3) L'arrivée de la toilette de noce est un événement solennel ; la famille seule est admise à l'examiner ; chacun de ses membres arrose d'eau bénite les fleurs d'oranger et fait une prière pour le bonheur futur de celle qui va les porter.
année , le jour anniversaire du mariage , elle parsème ce linge de brins frais de lavande et de romarin , jusqu'au jour de deuil où l'habit de noce est de nouveau déployé pour parer les restes inanimés de celle qui l'avait porté dans un jour de bonheur et de joie.