LILLE
La fabrication de Lille et celle d'Arras sont identiques; ces deux villes font des dentelles blanches à fond simple ; mais les produits de Lille sont supérieurs à ceux d'Arras.
La capitale de la Flandre occidentale a fait de très-bonne heure de la dentelle. Dès 1582, les dentellières figurent à l'entrée du duc d'Anjou dans la cité flamande; elles portent un costume particulier : une robe d'étoffe rayée, un bonnet de linge plissé à petits tuyaux et une médaille d'argent suspendue au cou par un ruban noir. Ce costume s'est conservé jusqu'au siècle actuel (1).
Lorsque le traité d'Aix-la-Chapelle eut rendu Lille à la France, les dentellières se retirèrent à Gand. A cette époque, elles faisaient , à ce qu'il semble , de la dentelle noire aussi bien que de la blanche (2) . L'industrie , toutefois , ne s'éteignit pas à Lille , car en 1713 (3), lors du mariage du gouverneur, le jeune duc de Boufflers, avec M.Ile de Villeroi, les magistrats de la ville leur
(1) « Les dentellières avaient adopté un pardessus de calemande rayée, un bonniquet de toile fine plissé à petits canons. Une médaille d'argent pendue au cou par un petit liseré noir complétait leur costume, qui est arrivé jusqu'à nous ; car nous l'avons vu il n'y a pas trente ans. » (Hist. de Lille, par V. Derode ; Paris, et Lille, 1848.)
(2) Mémoires sur Vintendance de Flandre. (Mss. Bibl. de Lille )
(3) Année de la paix d'Utrecht par laquelle Lille, qui avait été prise par le prince Eugène, fut rendue à la France.
offrirent des dentelles faites à Lille, de la valeur de 4,000 livres (1).
Il n'y a pas bien longtemps encore, on trouvait beaucoup d'anciennes dentelles noires de Lille dans les magasins de vieilles dentelles, à Paris et en province. Le fond de ces dentelles était fin et clair, le dessin délicat , très-supérieur à tout ce qu'on a fait en ce genre pendant la première moitié de notre siècle.
On faisait grand usage en France des dentelles de Lille, des noires comme des blanches, malgré le dédain avec lequel en parle Mme d'Abrantès (2). Elles étaient fort recherchées en Angleterre, où la contrebande en introduisait d'énormes quantités. La haute dentelle de soie noire de Lille plaisait tout particulièrement : l'usage en était général pour les longues manches de soie, à la mode au siècle dernier.
ce On fabriquait à l'hôpital de Lille , dit Peuchet, beaucoup de fausse valenciennes très- rapprochée de la vraie ». Il y avait , en 1723, dans cet établissement 700 ouvrières en dentelle.
Le bord droit et le dessin un peu raide de l'ancienne dentelle de Lille sont bien connus (fig. 94 et 95 ). La treille était plus fine autrefois; mais, en 1803, le prix du fil ayant augmenté de 30 pour cent (3), les fabricants de dentelle, désirant ne pas vendre plus cher, adoptèrent une treille plus grande afin de diminuer la quantité de fil employée. On excelle à Lille à faire les fonds ap-
(1) Histoire populaire de Lille, par Henri Brunet, Lille, 1848 ; et Histoire de Lille, par V. Derode.
(2) En décrivant son trousseau dont les moindres objets étaient garnis de malines, de valenciennes , de point d'Angleterre , elle dit, en passant , « qu'à cette époque (1800) on ignorait même l'existence du tulle ; les seules dentelles communes que l'on connût, ajoute-t-elle, étaient les dentelles de Lille et d'Arras qui n'étaient portées que par les femmes les plus ordinaires ». {Mémoires de Mme d'Abrantès, t. III.) Il est certain qu'on ne voit pas les dentelles de Lille ni d'Arras figurer dans les inventaires des grandes dames du siècle dernier.
(3) En 1789, le fil à dentelle coûtait 192 fr. le kilogramme.
pelés point de Lille, ou fonds clairs, le plus fin, le plus léger, le plus transparent, le mieux fait de tous les fonds (1). Cette dentelle est d'un travail fort simple, consistant en fond fin, avec un gros fil pour marquer le dessin.
En 1788, il y avait à Lille plus de 16,000 dentellières qui
Fig. 9a. — Point'de Lille.
faisaient annuellement 120,000 pièces de dentelle représentant une valeur de 4 millions de francs.
En 1851, le nombre des dentellières était réduit à 1,600, et il continue à diminuer, par suite de la concurrence que fait Mirecourt, et surtout parce que les nombreuses manufactures de toute
Cl) Rapport des commissaires de l'Exposition universelle de 1851.
sorte établies à Lille offrent un salaire bien supérieur à celui qu'on obtient à faire de la dentelle.
Le bord droit ne se fait plus; on a adopté le dessin de rose des malines dont le style est imité. Le semé de petits points carrés, les points d'esprit , l'un des traits caractéristiques de la dentelle de Lille, embellit toujours ses fonds. En 1862, Fauteur vit à Lille une garniture complète du plus beau travail, commandée
Fig. 95. — Point de Lille.
par un fabricant de Paris, pour un trousseau. On ne fait plus à Lille de dentelle noire.