‹ Histoire de la dentelleChapitre 41 sur 108 · ARRAS · texte numérisé non relu

ARRAS

La renommée d'Arras comme ville industrieuse date de trèsloin-, ses tapisseries ont été longtemps célèbres; les nonnes de ses couvents excellaient dans tous les genres de travaux à l'ai-

FLANDRE. 221 guille. L'histoire en vers de l'abbaye du Vivier, située dans la ville même, curieux poëme du P. Martin du Buisson (1), contient l'énumération des divers travaux féminins auxquels l'abbesse, Mme Sainte, dite la Sauvage, occupait ses religieuses :

Les filles dans l'ouvroir tous les jours assemblées N'y paroissent pas moins que l'abbesse zélées. Celle-cy d'une aiguille ajuste au petit point Un bel étuy d'autel que l'église n'a point , Broche d'or et de soye un voile de calice ; L'autre fait un tapis du point de haute lice, Dont elle fait un riche et précieux frontal ; Une autre coud une aube ou fait un corporal ; Une autre une chasuble, ou chappe non pareille, Où l'or, l'argent, la soye, arrangés à merveille, Représentant des saints vestus plus richement Que leur éclat n'auroit souffert de leur vivant ; L'autre de son carreau détachant la dentelle, En orne les surplis de quelque aube nouvelle.

La règle des Filles de Sainte-Agnès , de la même ville, prescrit que les élèves « apprendront à filer ou coudre, faire passement, tapisseries ou choses semblables » .

Cependant c'est, dit-on, l'empereur Charles-Quint qui le premier fit fabriquer de la dentelle à Arras. L'industrie dentellière y était florissante à la fin du dix-huitième siècle , selon le témoignage d'Arthur Young. « On y fait, dit-il, de grosses dentelles dont la vente est assurée en Angleterre. Les dentellières gagnent de 12 à 15 sous par jour. » « Arras, dit de son côté Peuchet, fait beaucoup de mignonnette et entoilage dont on consomme de grandes quantités en Angleterre. » Ce fut sous le premier Empire, de 1804 à 1812, que la fabrication de la dentelle atteignit à Arras son plus haut point de prospérité. Depuis, elle a décliné; toute-

(!) Mémoires et pièces pour servir à l'histoire de la ville d Arras. (Bibl. imp., Mss. fonds français, 8,936.)

fois, en 1851 , il y avait à Arras même et dans un rayon de 12 kilomètres autour de la ville, 8,000 dentellières; leur salaire ne dépassait pas 65 centimes par jour.

Il y a très-peu de variété dans les dessins de la dentelle d'Arras; de là résulte que, faisant toujours le même travail, les ouvrières acquièrent une vitesse de main remarquable. Quoique moins belle que celle de Lille, la dentelle d' Arras n'est pas sans valeur ; elle est d'un très-beau blanc , ferme et durable , aussi la demande est-elle considérable pour la France et pour l'étranger, aucune autre dentelle ne réunissant les mêmes qualités à si bas prix (fig. 96).

Fig. 96. — Dentelle moderne d'Arras.

Arras, à ce qu'il semble , a fait aussi des dentelles d'or qui ont joui de quelque réputation. On trouve, dans les dépenses du couronnement de Georges Ier, roi d'Angleterre, une note de 354 aunes de dentelle d'or d'Arras.

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