‹ Histoire de la dentelleChapitre 44 sur 108 · ILE DE FRANCE · texte numérisé non relu

ILE DE FRANCE

dans l'Ile de France? c'est ce qu'il -n'est pas facilè de dire. La plupart étaient entre les mains des protestants ; on pourrait en inférer que cette industrie était une de celles qu'avaient fondées et protégées Henri IV "et Sully. On fabriquait à Saint-Denis, à Écouen, à Groslay, du point de Paris, de là mignonnette, de la bisette et d'autres dentelles étroites et à bas prix, ainsi que des guipures communes. De 1665 à la Révolution, la mode exigeant chaque jour de plus belles et de plus riches dentelles, les ouvrières

Fig. 97. — Point de Paris, réduit.

sentirent la nécessité de perfectionner leur travail, et par degrés elles arrivèrent à faire du point d'une finesse et d'une exécution remarquables. La barbe est un joli spécimen du fin point de Paris (fig. 97).

Quelque temps après la fondation de Lonray , Colbert établit une nouvelle manufacture de points de France au château de Madrid, près Paris. Une autre fabrique des mêmes points fut

fondée à Paris même , vers la fin du dix-septième siècle , par le comte de Marsan, dans les circonstances suivantes. Sa nourrice, qu'il avait amenée de Bruxelles avec ses quatre filles , le pria de lui obtenir, en récompense des soins qu'elle avait pris de lui dans son enfance, le privilège d'une fabrique de dentelle à Paris. Colbert l'accorda , et la femme Dumont (tel était le nom de la nourrice) fut installée au faubourg Saint-Antoine , quartier des brodeurs, ainsi qu'on le voit dans la Révolte des Passements. Un des cent-suisses du roi fut désigné pour monter la garde devant l'établissement. En peu de temps Mme Dumont eut réuni plus de 200 jeunes filles , parmi lesquelles il y en avait plusieurs de bonne famille ; elle fit de si belle dentelle qu'elle éclipsa le point de Venise. Du faubourg Saint- Antoine la fabrique fut transférée rue Saint-Sauveur, et plus tard dans l'hôtel Saint-Chaumont, près la porte Saint-Denis. Dans la suite Mme Dumont alla en Portugal, laissant son établissement sous la direction de Mlle de Marsan. Mais, dit l'histoire (1) , comme la mode et le goût changent souvent en France , on se lassa bientôt de ce point. Il était d'ailleurs difficile à blanchir, les fleurs exigeant des soins particuliers ; il était épais et peu seyant au visage. On le voit souvent dans les portraits des dames de la cour de Louis XIV ; les rangs superposés de leurs fontanges en sont formés. On lui préféra le point d'Espagne, qui, étant fin et à petites fleurs, convenait bien pour les parures de dames. Mais bientôt la malines à son tour remplaça le point d'Espagne, et la fabrique Dumont fut abandonnée.

Au temps de Louis XIV, le commerce de la dentelle était confiné dans certaines rues de Paris , ainsi que nous l'apprend le Livre commode , déjà cité. Les dentelles d'or, qui formaient à elles seules un commerce spécial, avaient leurs établissements dans la rue des Bourdonnais et dans la rue Saint-Honoré , entre

(1) Vie de Colbert, dans les Archives curieuses*

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