LORRAINE
Les manufactures de dentelles de la Lorraine étaient florissantes au dix-septième siècle. Mirecourt et les villages environnants formaient le centre de cette industrie, qui constituait la seule occupation des femmes de la campagne.
Pendant plusieurs siècles, les dentellières n'avaient employé que du fil de chanvre filé aux environs d'Épinal , notamment à Châtel-sur-Moselle (2). Avec ce fil, elles faisaient une grosse guipure appelée passement, ou dans le patois de la province peussemot (3). Mais au dix-septième siècle, elles mirent de côté ce grossier produit et fabriquèrent bientôt de la dentelle plus fine et plus délicate à dessins variés; elles firent des fonds doubles et delà mignonnette. A Lunéville, on faisait des dentelles « à F instar de Flandre » .
Les dentelles de la Lorraine s'exportaient en Espagne, en Hol-
(1) Il semble plus probable que le jour ait pris le nom du réseau uni, tulle, que le réseau uni celui àejour ; car les jours qu'on fait dans la broderie sont nombreux, on ne voit pas pour quelle raison l'un d'eux eût reçu un nom plutôt que les autres; mais, pour le distinguer des autres, on l'a pu appeler point de tvlle parce qu'il a quelque ressemblance avec le réseau uni. L'opinion des auteurs qui foDt dériver du nom de la ville de Tulle le nom du réseau uni semble au contraire bien fondée. On donne le nom d'entoilage au réseau uni formant le fond des points ou disposé en bandes pour rehausser les dentelles et pour faire des garnitures simples. Tulle fabriquait des entoilages simples, sans doute de tout uni aussi ; c'était, semble-t-il, sa spécialité : il lui a donné son nom, rien de plus naturel. Plus tard on a appliqué ce nom au réseau uni fait à la mécanique, c'était aussi naturel, bien que jamais on n'en eût fabriqué à Tulle. {Note du
traducteur.)
(2) Aujourd'hui Neufchâteau.
(3) Les commerçants qui achetaient et revendaient ces dentelles s'appelaient peussemotiers.
lande, en Allemagne, en Angleterre. On les connaissait dans le commerce sous le nom de dentelles de Saint-Michel ou Saint- Mihiel, de la ville de ce nom, l'un des centres de la fabrication. Avant la réunion de la Lorraine à la France, la manufacture de Mirecourt comptait à peine 800 dentellières ; il y en a maintenant 25,000. Autrefois, les dessins étaient apportés par des marchands ambulants , qui en fournissaient également la Suisse. Les fabricants de Mirecourt eurent Fheureuse idée de faire venir des dessinateurs, afin d'avoir à eux des modèles nouveaux. Le succès fut complet ; en peu de temps , ils devinrent de sérieux concurrents pour Lille , Genève et le Val-de-Travers ; Lille fut obligé d'abaisser ses prix; la Suisse fut battue dans cette lutte.
On ne fait guère à Mirecourt que des dentelles blanches ; les dessins en sont variés et de bon goût ; le travail est le même qu'à Lille et à Arras. Il y a quelques années on essaya, et avec succès, de faire des fleurs pour l'application, à l'imitation du point de Bruxelles , et quoiqu'on n'ait pas encore atteint la perfection des points belges, le progrès est continu, ce qui donne toute chance d'arriver à fournir la France d'une bonne partie des dentelles pour lesquelles 3,000,000 de francs passent annuellement la frontière. Les applications de la Lorraine ont un avantage sur celles de la Belgique : les fleurs sortent des mains des dentellières propres et blanches, ce qui dispense du blanchiment. Le prix aussi en est très-modéré.
La plus grande partie des dentelles de Mirecourt se vend à Paris.