‹ Histoire de la dentelleChapitre 58 sur 108 · SAXE · texte numérisé non relu

SAXE

Le mérite d'avoir importé en Allemagne Fart de faire la dentelle

ou de soie écrue , rarement de point de France, parce que le point clair sied mieux au visage. » {Mercure galant, 1678.)

au fuseau est généralement attribué à Barbe Uttmann. Née en 1514 , d'une famille de bourgeois de Nuremberg nommés Etterlein ,

elle avait épousé un riche maître mineur du Hartz. On dit qu'elle apprit à faire de la dentelle d'une Brabançonne protestante que les cruautés du duc d'Albe avaient obligée de fuir son pays. En 1561 , ayant fait venir de Flandre des ouvrières , elle fonda à Annaberg j où elle commença à faire, sous son propre nom, un atelier de dentelles de divers dessins. Cette industrie s'étendit bientôt des frontières de la Bavière jusqu'à Geissen, donnant de l'ouvrage à

Fig. 101. — Tombeau de Barbe Uttmann, à Armaberg (royaume de Saxe).

30,000 personnes et produisant un revenu d'un million de thalers. Barbe mourut en 1575, laissant soixante-cinq enfants et petits-enfants , réalisant ainsi une prédiction faite avant son mariage , et qui prophétisait que ses descendants seraient aussi nombreux que les mailles de sa première dentelle. Elle repose dans le cimetière d'Annaberg, près d'un vieux tilleul (fig. 101). Sa tombe porte l'inscription suivante : Ci-gît Barbe Ultmann,

dêcédée le 14 janvier 1575. Elle créa l'industrie dentellière dans les montagnes du Hartz, dont elle devi?it ainsi la bienfaitrice.

Dès le seizième siècle , les filets et treillis d'Allemagne étaient connus à Paris (1). « On fait à Dresde, rapporte Anderson, de très-belle dentelle ; » ce que confirment presque tous les voyageurs du dix-huitième siècle. « La broderie de Dresde est trèsconnue, et les ouvriers très-habiles, » dit Savary. Ce point à l'aiguille excita l'émulation en d'autres pays, notamment en Angleterre , en Ecosse et en Irlande, où des encouragements de plus d'une sorte furent donnés à l'imitation des dentelles de Saxe. Depuis ce siècle elles ont dégénéré; les dessins en sont anciens et disgracieux; elles ne se recommandent plus que par leur bon marché.

Dans toutes les parties de l'Allemagne, on trouve quelques hommes qui font de la dentelle. Sur le versant saxon de l'Erzegebirge , beaucoup de jeunes garçons , et, pendant l'hiver des hommes de tout âge , travaillent au fuseau ; il est à remarquer que la dentelle faite par des mains masculines est plus ferme et de qualité supérieure. Cette dentelle est à grands dessins, se rapprochant du genre de l'ancienne grosse guipure d'Tschia.

Le point de Saxe actuel tend à imiter l'ancien point de Bruxelles. Cette dentelle est d'un prix élevé ; on la vend à Dresde , dans toutes les grandes villes d'Allemagne et surtout à Paris , où les marchands la font passer pour de la vieille dentelle. Cette fabrique occupait, en 1851, 300 ouvrières. On fait aussi en Saxe beaucoup de dentelle appelée dentelle de Malte.

Le nouveau Musée des Arts et de l'Industrie , récemment inauguré à Vienne, contient plusieurs livres de modèles du seizième

(1) 1557. « Pour une aulne de treilliz noir d'Allemagne pour garnir la robbe de damas noir où il y a de la bisette. » {Comptes de l'argentier du roi (Henri II). Arch. de l'empire, KK, 106.)

siècle , et on y a exposé une belle collection d'anciennes dentelles, appartenant au général de Hauslaub.

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