‹ Histoire de la dentelleChapitre 59 sur 108 · ALLEMAGNE DU NORD · texte numérisé non relu

ALLEMAGNE DU NORD

(( Presque dans toutes sortes d'arts , les plus habiles ouvriers ainsi que les plus riches négociants sont de la religion prétendue réformée », a dit le chancelier d'Aguesseau (1). Aussi quand Louis XIV eut signé l'acte de révocation, l'Europe fut bientôt remplie des plus habiles ouvriers de la France.

Hambourg fut la seule des villes hanséatiques qui reçut les exilés ; ils y fondèrent des manufactures considérables de dentelles d'or et d'argent, de même qu'une fabrique, aujourd'hui disparue, de la dentelle connue sous le nom de point de Hambourg.

L'année même de la révocation de Tédit de Nantes, Frédéric- Guillaume, électeur de Brandebourg, désireux d'attirer dans ses États les ouvriers fugitifs , publia un édit en leur faveur. Ils répondirent en foule à cet appel, et en peu d'années, Berlin seul posséda 450 fabriques de dentelle (2) . Avant l'arrivée des émigrés, il n'y en avait pas une. Ces réfugiés amassèrent de grandes fortunes ; ils exportaient leurs dentelles en Pologne , en Russie et jusqu'en France. Les rôles étaient changés : la France qui autrefois exportait de grandes quantités de dentelle en Allemagne, en recevait maintenant de ce pays et des mains de ses ouvriers exilés. En 1723 et 1734, on trouve des arrêts du conseil d'État relatifs à l'importation des dentelles d'Allemagne.

Le landgrave de Hesse ouvrit aussi ses États aux fugitifs , et Hanovre vit également se fonder deux fabriques de dentelle. Leipzig, Anspach, Elberfeld , profitèrent à leur tour de l'émigration. « On compte à Leipzig, dit Peuchet, cinq fabriques de den-

(2) Anderson.

telle et de galon d'or et d'argent. » Une nombreuse colonie s'établit à Halle où l'on fit du point de Hongrie, terme appliqué tout à la fois à une dentelle et à un point de tapisserie (1). Toutes ces fabriques étaient des rejetons de l'industrie d'Alençon.

L'élégance du costume commence en Allemagne vers 1626. Les femmes se mirent à porter de la dentelle d'argent, ce qui parut fort étrange, et bientôt ce fut le tour des dentelles blanches (2). Un siècle plus tard, à Bade entre autres, le luxe avait atteint un degré d'extravagance que nous n'égalons pas tout à fait aujourd'hui. Les équipages de bain des deux sexes étaient garnis des plus beaux points ; après le bain, on les étendait avec ostentation devant les fenêtres des salles, et le grand passe-temps des dames , des princesses , des margraves , des chevaliers , des abbés était de se promener (3) en examinant et critiquant ces élégants étalages. L'évêque Douglas (4) rapporte que les étudiants de Leipzig demandaient l'aumône dans les rues en manchettes de dentelle et l'épée au côté.

Page 1