SUISSE
En 1572, Symphorien Thelusson, négociant de Lyon, ayant échappé au massacre de la Saint-Barthélemy , ne se crut toutefois en sûreté qu'en se cachant dans une balle de marchandises et en se faisant transporter ainsi à Genève où ses coreligionnaires lui firent bon accueil. Lorsque cent vingt ans après une foule d'exilés français, chassés de leurs foyers , arrivèrent dans la cité calviniste, un descendant de ce même Thelusson s'attacha 2,000 d'entre eux, et avec leur concours fonda une manufacture de dentelle (2). Les produits de cette industrie étaient introduits en France, par contrebande, à travers les défilés du Jura connus des seuls fraudeurs. Ce succès irritait Louis XIV.
Quoique la fabrication de la dentelle occupât en diverses parties du pays un grand nombre de femmes qui faisaient de la dentelle commune en paissant leurs troupeaux dans les montagnes, Neufchâtel a toujours été le centre de la production (3) . « Dans cette ville » , dit Savary , « ils ont porté leurs dentelles à un tel degré de perfection, qu'elles rivalisent avec celles de Flandre parla beauté comme par la qualité. » L'auteur a vu en Suisse des guipures d'un beau travail , faites autrefois dans
(1) Autriche, Rapport de l'exposition universelle de Londres, de 1862.
(2) Haag, la France protestante.
(3) Le commerce de la dentelle de Neufchâtel s'étendait à travers le Jura, depuis la vallée de Joux jusqu'à Porentrui, près Bâle.
le pays et conservées dans les anciennes familles; elle possède une paire de barbes , travail de Neufchâtel du siècle dernier, et d'une beauté telle que les plus riches points de Bruxelles ne sauraient la surpasser.
Autrefois le travail de la dentelle occupait un grand nombre d'ouvrières dans le Val de Travers où J.-J. Rousseau, à ce qu'il a écrit , prenait plaisir à jouer avec les fuseaux des dentellières , lorsqu'il habitait Motiers-Travers. En 1780, le commerce de la dentelle rapportait au pays de gros bénéfices : on faisait des dentelles valant de deux sous l'aune à 70 francs ; l'exportation s'élevait à 1,500,000 francs; les dentellières toutefois ne gagnaient en moyenne que 40 c. par jour. Les villages de Fleurier et de Couvet étaient les centres de ce commerce aujourd'hui ruiné par la concurrence de Mirecourt. En 1814 , il y avait autour de Neufchâtel de 5 à 6,000 dentellières; il n'en restait que quelquesunes en 1844. Les dentelles actuelles de ce pays se rapprochent de celles de Lille , mais elles tendent à s'épaissir au blanchissage.
En 1840, on établit à Genève une fabrique de point plat de Bruxelles , sous le nom de point de Genève.
Les lois somptuaires de Zurich , qui défendaient aux femmes , dans leur sévérité , de porter de la dentelle ailleurs que sur leurs bonnets, devaient être défavorables aux manufactures du pays, où l'on faisait , d'après Anderson , beaucoup de dentelles d'or, d'argent et de fil.
Deux livres de modèles ont été publiés en Suisse (1) dans les dernières années du seizième siècle.
(Q II nous a été envoyé un curieux livre de dessins appartenant à la Société des antiquaires de Zurich; il contient des dessins variés d'étroits galons et bordures en une sorte de travail noué, et dont quelques-uns seulement sont assez à jour pour être appelés dentelle.