‹ Histoire de la dentelleChapitre 63 sur 108 · SUÈDE · texte numérisé non relu

SUÈDE

Le monastère de Wadstena , où repose la reine de Suède Philippe, fille d'Henri de Lancastre, est célèbre pour ses dentelles. Selon la tradition , sainte Brigitte y aurait rapporté cet art d'Italie. L'histoire nous apprend qu'au moyen âge , les religieuses de Wadstena « tissaient des dentelles d'or et d'argent ». A la suppression des monastères sous Charles IX, quelques religieuses de Wadstena, trop âgées ou trop infirmes pour suivre leurs sœurs en Pologne, restèrent en Suède. Des âmes charitables les recueillirent dans un modeste réduit où elles purent vivre en faisant de la dentelle aussi longtemps que Fart fut peu connu.

« Envoyez-moi sans faute , écrit Gustave Wasa à la reine Marguerite , la dentelle qu'a faite pour moi Anna , la fille du forgeron d'Upsal(l).»

Les dentelles de Wadstena ont suivi toutes les transformations du temps et de la mode. Celles qu'on fait aujourd'hui sont à fond simple ou double, blanches ou noires, fines en général, mais elles ont peu de fermeté. On y fait aussi de la dentelle torchon pour garnir les draps de lit, qui sont, le plus souvent, artistement ornés de points à jour. En 1830, la production s'élevait à 30,000 riksdalers, un peu plus de 170,000 fr.; les dentelles se vendaient dans toutes les parties de la Suède , une très-petite quantité s'exportait. Aujourd'hui ce commerce est entre les mains de la seule Mrae Hartruide , dont les colporteurs vendent dans tout le pays les dentelles de Wadstena. L'industrie s'est un peu relevée

(1) L'auteur d'Une Année en Suède a vu le corps de la princesse Isabelle, fille de Jean III, couché dans le caveau royal de Strengnœs. La robe et jusqu'aux souliers de l'enfant sont littéralement couverts de dentelles d'or et d'argent d'un dessin gothique et aussi fraîches, aussi brillantes que si elles étaient faites d'hier.

depuis quelques années ,: grâce aux encouragements de la reine Louise d'Orange.

Le Hœlesom, ou point coupé, est l'occupation favorite des Suédoises; on l'enseigne dans les écoles. Dans les villes de bains, on voit les jeunes personnes faisant du point coupé avec autant d'assiduité et de diligence que s'il s'agissait de gagner leur vie; il est vrai que jamais on n'achète de ces objets d'ornement , et que tout le linge de la maison est brodé de leurs mains. Ce fut par un de ces collets de hœlesom que Gustave Wasa fut sur le point d'être trahi pendant qu'il travaillait déguisé à Ramkygtte, propriété de son ami d'enfance Anders Petersen. Une jeune servante fit remarquer à son maître que le nouveau garçon de ferme ne pouvait être un paysan : « Son linge, dit-elle, est bien trop fin, et j'ai vu sous sa souquenille un col brodé d'or et de soie. »

Dans les environs de Wadstena , on voit de vieux soldats assis aux portes des chaumières faire de la dentelle comme les femmes.

Wadstena est la seule manufacture de dentelle, mais partout les femmes de la campagne en font pour leur usage. L'auteur a reçu de la comtesse Elisabeth Piper, ancienne grande-maitresse de la reine de Suède , des spécimens de grosses dentelles au fuseau faites par les paysannes de laScanie, dont c'est l'occupation favorite.

Bien plus curieuses sont les dentelles que font les paysannes de la Dalécarlie et dont les dessins sont restés les mêmes que ceux d'il y a deux cents ans. L'espèce la plus large (1), dont nous donnons un spécimen (fig. 104), se fait à Gagnef, partie de la Dalécarlie où l'on fabrique et où l'on porte le plus de dentelle. Les femmes mariées en mettent de fort empesées sur leurs bonnets d'été pour se garantir du soleil. D'autres en fil écru viennent d'Orsa ; ces dernières ne se lavent jamais , l'élégance exigeant

(1) 11 y en a du double de celle de la figure.

qu'elles conservent leur teinte de café : elles sont d'une solidité remarquable.

Il y a aussi une sorte de grillage dans le genre du Macramé, de Gênes , employé comme frange , aux bouts d'une sorte de petit tapis dont les paysannes recouvrent leurs oreillers. Aucune amélioration, aucun changement ne sont apportés aux dessins; les Dalécarliennes ne trafiquent pas de leurs dentelles ; elles ne les font que pour leur propre usage.

Fig. 104. — Dentelle de Dalécarlie.

La pl. XII représente un col de dentelle porté par Gustave- Adolphe (1 ) , relique soigneusement conservée dans le musée de Stockholm. Avec ce col on conserve également à Stockholm la

(1) On y a joint l'inscription suivante, en suédois : « Ce col fut porté par Gustave-Adolphe, roi de Suède, qui en 1632 en fit présent, accompagné de son portrait , comme souvenir, à Mlle Jacquline Lauber, d'Augesbourg, comme à la plus belle personne présente. »

chemise tachée de sang qu'avait Gustave à la bataille de Dirschau, en 1627 : le col et les manchettes sont garnis de dentelle à riche dessin symétrique ; les manches sont décorées d'étroits entre-deux.

Dans une vitrine voisine se déploient quelques splendides nappes d'autel de vieux point d'Espagne en relief, œuvres, selon la tradition , de nonnes suédoises , avant la suppression des monastères. Un petit écusson sans cesse répété sur le dessin des spécimens les plus anciens a la forme de la feuille du lis d'eau , emblème héraldique des Stures, ce qui confirmerait l'origine suédoise de cette famille ; on se rappelle aussi que plusieurs femmes de cette illustre maison ont cherché dans le cloître de Wadstenaun refuge contre les troubles du temps. Dans la même armoire se voient deux cols en guipure d'Espagne à reliefs , faits par les princesses Catherine et Marie , filles du duc Jean- Adolphe et nièces de Charles X. Ce point d'Espagne était l'occupation favorite des dames suédoises du dix-septième siècle. On voit encore dans les châteaux des rideaux de lit , des couvrepieds et des toilettes de leur ouvrage.

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