‹ Histoire de la dentelleChapitre 70 sur 108 · GUILLAUME III · texte numérisé non relu

GUILLAUME III

En 1698, un nouvel acte du parlement rendit les lois plus efficaces pour empêcher l'importation des dentelles étrangères. Il y avait confiscation et amende de 20 shellings par aune. Cet acte émut tellement les béguinages de la Flandre que le gouvernement espagnol prohiba , par représailles , les laines anglaises Ceci fut cause d'une telle détresse parmi les marchands de laine, en Angleterre, que l'acte de 1698 fut rappelé, en ce qui concernait les Pays-Bas espagnols.

Depuis l'avènement de Guillaume III , la sobriété hollandaise régnait dans le costume, sans exclure une certaine élégance ; on portait cependant beaucoup de dentelle. La reine Marie favorisa ce merveilleux échafaudage, dont nous avons parlé à F article France, la Fontanges, avec ses rangs empilés de ruban et de dentelle et ses longues barbes flottantes. On l'appelait plus généralement la commode, sans doute par antiphrase. « Les coiffures de dentelle de Flandre, lit-on dans le Spectateur^ les engageantes, les robes couvertes de falbalas et de garnitures de dentelle, toutes les parties du vêtement comme hérissées , tout cela fait ressembler une darne à une poule de Frise (1). »

Jamais on n'avait fait encore de si grandes dépenses en dentelle qu'on en fit au temps de Guillaume et de Marie. En 1694, les comptes de dentelle de la reine s'élèvent à la somme , considérable pour l'époque, de 1,918 liv. st.

Il nry a presque rien de nouveau en dentelle dans ces comptes, car depuis quelque temps déjà on y voit de la dentelle à dents, de la dentelle bouclée, campanée; le marly (catgut) y apparaît pour la première fois, ainsi que le point en relief et le point à V aiguille. Les barbes de la reine sont à la Mazarine, mode nommée

sans doute d'après Hortense Mancini , duchesse de Mazarin, qui vécut si longtemps en Angleterre et y mourut.

Le roi Guillaume , tout morose et sévère qu'il était , avait le goût flamand des dentelles; ses mémoires sont plus élevés d'un quart que ceux de la reine, on y remarque 54 aunes de dentelle coûtant 270 liv. st. pour 6 serviettes à barbe et 63 aunes du prix de 283 1. pour 6 peignoirs. Pendant les deux années de deuil pour sa femme, il supprime la dentelle même autour des serviettes et des peignoirs; puis au bout de ce temps, avec une coquetterie toute féminine, il échange contre d'autres, les dentelles qui ont passé de mode , et surtout celles des serviettes à barbe; il en achète aussi pour 499 1. destinées à garnir 24 chemises de nuit. Sous ce royal patronage, il n'est pas étonnant que le commerce de la dentelle prospérât. On fit bientôt à Blandford des dentelles qui se vendaient 30 liv. st. l'aune.

Nous avons déjà dit que les steinkerques garnies de dentelle eurent la même vogue en Angleterre qu'en France. Beaucoup de personnes, en Angleterre, possèdent encore , parmi leurs reliques de famille , des broches de forme ovale en topaze de Bristol , qui servaient à attacher les bouts de la steinkerque, lorsqu'ils n'étaient pas passés clans la boutonnière. Cette cravate était portée, non-seulement par la noblesse, mais par toutes les classes.

Les officiers anglais rivalisaient avec ceux de l'armée française pour la richesse de leur point. Les dentelles avaient tant de valeur qu'elles étaient l'objet de la convoitise des voleurs, qui les préféraient aux bijoux et qui acquirent bientôt une extrême adresse dans l'art de les escamoter à leurs propriétaires. On cite entre autres un genre de vol qui semblerait impossible aujourd'hui : les voleurs ouvraient avec une grande dextérité le derrière des voitures de place et harponnaient la coiffure de dentelle ou la perruque plus ou moins ornée des dames qui s'y trouvaient. La

police ne put trouver de meilleur remède à* ce mal , que de prier les voyageuses de s'asseoir en tournant le dos aux chevaux.

Page 1