LONDRES
Quoique la plupart des émigrés de la France et des Pays-Bas se soient disséminés dans les comtés environnants, un petit nombre s'établirent à Londres et s'y livrèrent à la fabrication de la dentelle. D'après les documents de la Société anti-gallicane , des femmes de la capitale bien nées mais pauvres , faisaient beaucoup de points; et l'on peut dire que jusqu'à la fin du dix-huitième siècle, il s'est fait de la dentelle à Londres; de plus, il y avait des établissements spéciaux pour le blanchissage et la réparation des dentelles.
« Au siècle dernier, dit un auteur du temps , la partie raffinée de la classe moyenne s'était prise de l'étrange fantaisie d'envoyer les jeunes filles faire leur éducation en France dans les couvents où le plus clair de leur instruction consistait surtout dans l'art de faire delà dentelle. » La révolution française mit un terme à cet usage ; mais c'est à ce séjour dans les couvents de France qu'est due la grande extension que prit en Angleterre la fabrication du point à l'aiguille, et c'étaient les femmes ainsi élevées qui obtenaient les prix décernés par la Société anti-gallicane.
En 1775, deux établissements se fondèrent dans les faubourgs
(1) Il va sans dire que la reine Victoria accorde son patronage aux dentelles de l'île de Wight. V Illustration de Londres de mai 1856 rapporte qu'au premier lever auquel assista la princesse royale , elle avait une robe de dentelle de INewport et une traîne garnie de la même dentelle.
de Londres , sous le patronage de la reine Charlotte, pour y enseigner à des petites filles de familles pauvres à faire de la blonde et de la dentelle de soie noire. Plus de 300 enfants furent reçues dans ces écoles ; elles montrèrent tant de capacité , que beaucoup d'entre elles, après six mois d'apprentissage, apportaient mensuellement à leurs parents, de 5 à 7 shillings, avec l'espoir de gagner bientôt davantage. Un magasin s'établit, au centre de la ville, dans la rue d'Oxford, pour vendre les produits de ces deux écoles dentellières.