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COMTE DE NORTHAMPTON

Les dentelles de ce comté ont peu attiré l'attention au siècle dernier ; cependant Anderson cite Kettering comme faisant un commerce considérable de dentelles. Ce qui est certain, c'est qu'il y a plus d'un siècle déjà , les produits du Northampton étaient charmants; nous l'attestons d'après un livre de dessins que nous avons eu l'occasion de feuilleter. Les dentelles des trois comtés dont nous nous occupons sont du reste à peu près semblables. Nous réunirons ici les divers spécimens que nous en donnons.

Fig. 122. — Vieux point de Flandre (Newport-Pagnel).

Les premières dentelles anglaises imitaient, il va sans dire, les anciennes dentelles flamandes au dessin à ondulations gracieuses

Fig. 123. — Vieux point de Bruxelles (Northampton).

et au fond soigneusement exécuté. La fig. 122 est un spécimen

que nous avons choisi dans la collection d'un fabricant de Newport- Pagnel dont la famille est établie dans cette ville depuis un temps immémorial (1). Par ordre de date, vient la fig. 123, prise dans le livre de dessins cité plus haut. C'est toujours de F imitation flamande, le fond est le fin réseau de Bruxelles. Dans la fig. 124,

Fig. 124. — Vieux point de Newport-PagneJ.

Fig. 125. — Point anglais de Northampton.

(1) Dans les endroits où l'on fabriquait de la dentelle, l'usage était d'en amasser autant qu'on le pouvait. Toute maîtresse de maison tenait à ce que sa collection fut aussi belle que celle de sa voisine , et plus d'une vieille femme pensait avec un certain plaisir qu'elle laisserait après elle une quantité de belles dentelles dans ses armoires.

le dessin semble fait à l'aiguille avec un gros fil sur fond de tulle. La fig. 125 est un beau spécimen du fond de point; le dessin en est supérieurement exécuté et serait difficilement surpassé par n'importe quel travail étranger. Beaucoup de ces dentelles étaient faites par les hommes.

Fig. 126. — Baby lace (Northampton) .

Fig. 127. — Baby lace (Bedford). Fig. 128. — Baby lace (Buckingham).

L'une des principales branches de Findustrie dentellière dans les comtés en question était la fabrication des dentelles qui servaient plus spécialement à garnir les objets de layette . et qu'on nommait pour cette raison baby lace (fig. 126? 127 et 128). On y

employait le fond de point ou réseau de Bruxelles, les dessins étaient pris des dentelles de Lille ou de Malines ; de là, les dentelles des comtés de Buckingham et de Bedford étaient souvent appelées Lille anglaises. Quoique la mode de garnir avec ces

Fig. 129. — Dentelle à fond double (Northampton ).

dentelles les bonnets d'enfant soit passée en Angleterre , les dames américaines en font toujours usage , et jusqu'au moment où éclata la guerre civile , on en exportait aux États-Unis de très-grandes quantités.

Il y avait des fonds d'autres sortes encore , parmi lesquels le fond double (fig. 129) ; c'est le même que celui du point de Paris ;

Fig. 130. — Valenciennes de Northampton.

on en faisait de toutes largeurs et de toutes qualités. Dans les espèces fines , une étroite dentelle à bordure exigeait jusqu'à 200 fils.

Lorsque la guerre eut éclaté entre l'Angleterre et la France , les ports anglais étant fermés à tout produit de fabrication fran-

çaise, l'industrie anglaise essaya d'y suppléer ; entre autres choses, on imita toutes les dentelles de France. On faisait des blondes à Tinstar de celles de Normandie; de fausses valenciennes, appelées fonds français, et de vraies valenciennes aussi (fig. 130) très-fines et pouvant rivaliser avec les valenciennes françaises d'alors , que

Fig. 131. — Point de Régence (Bedtbrd).

la mode avait, pour le moment, complètement délaissées. A la paix, la fabrication en cessa, les valenciennes d'Ypres étant généralement préférées.

Fig. 132. — Entre-deux (Bedford).

Avant l'invention du tulle à la mécanique , un tiers des dentellières de Northampton faisaient du tulle en bande au fuseau .

Une dentelle qui fut longtemps à la mode avait le bord, aussi bien que le dessin , en toile ; on l'avait nommée , en l'honneur du prince régent, point de Régence. C'était une belle et solide dentelle (fig. 131).

Enfin les entre-deux devinrent à la mode vers 1830 (fig. 132j.

L'Exposition universelle de 1851 donna une impulsion sou-

Fig. 133. — Dentelle tressée (Bedford).

daine à toutes les industries, et celle de la dentelle depuis cette époque n'a cessé de se développer en Angleterre. On se mit à faire des guipures de Malte et des dentelles tressées , variété dérivée des guipures précédentes (fig. 133). Quelques années plus tard parut la dentelle tressée en relief, dont la demande est générale.

L'Exposition universelle de 1862 témoigna d'un étonnant progrès dans la dentelle, sous le double rapport du dessin et de l'exécution. On mêle aujourd'hui aux arabesques orientales des

dentelles de Malte, des feuilles strictement imitées de la nature (fig. 134); c'est un genre particulier au comté de Bedford. Depuis 1851 , on fait aussi dans celui de Buckingham des dentelles noires très-bien comprises , en grandes pièces dont le dessin et l'exécution prouvent autant d'habileté que de goût;

Fig. 134. — Dentelle d'application (Bedford).

et les dentellières anglaises ont maintenant appris le point de raccroc , qui est resté longtemps le secret des ouvrières belges et françaises.

Selon le rapport du jury international de l'Exposition de 1862, les trois comtés dont il vient d'être question et celui d'Oxford occupent ensemble 25,000 ouvrières.

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