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COMTÉS DE WILTS ET DE DORSET

L'industrie de la dentelle a complètement disparu de ces comtés, où elle était autrefois des plus florissantes. Le second prix de la Société anti-gallicane pour les manchettes de point à Faiguille fut obtenu, en 1751, par une dentellière de Salisbury; c'est là le seul souvenir qui reste des dentelles du Wiltshire .

Le comté de Dorset tenait une place d'honneur dans les annales dentellières; trois de ses villes, Blandford, Sherborne et Lyme Régis, ont longtemps rivalisé par l'excellence de leurs produits. Les dentelles de Blandford , à une certaine époque , étaient les plus belles qu'on fît en Angleterre; elles sont « comparables, dit Peuchet , à celles qu'on fait en Flandre (excepté Bruxelles ) , en France, et même dans les États de Venise. » Il y en avait qui coûtaient 30 liv. sterl. l'aune (environ 800 fr.). Aujourd'hui, l'on ne sait même plus à Rlandford qu'il s'y est fait autrefois de la dentelle.

La fig. 135 représente un très-curieux morceau de point conservé comme une relique dans une famille de ce comté. Il avait appartenu à la reine Charlotte, et lorsque son possesseur actuel l'acheta il portait une étiquette sur laquelle on lisait : dentelle de la reine Élisabeth. D'après la tradition, ce point aurait été fait en

mémoire de la défaite de l'invincible Armada, en 1588, ce que prouveraient les vaisseaux, les dauphins et autres emblèmes

nationaux qui y sont représentés. Mais cela est impossible; on ne faisait alors nulle part de pareille dentelle. Que ce travail ait été confectionné en l'honneur de la victoire d'Elisabeth sur Philippe II, il n'y a point de doute ; Tilbury Fort, qui figure dans le dessin, tel que tout le monde le connaît, le dit assez. Quant à l'époque, elle est peu ancienne et la bride hexagone du fond indique clairement le point d'Argentan. Ce qui est probable, c'est que le des-

Fig. 136. — Dentelle de Lyme Régis.

sin , œuvre d'un artiste anglais, a été exécuté à Argentan ; il s'agissait sans doute d'un présent à offrir à la reine Charlotte qui, nous l'avons déjà vu, aimait passionnément les belles dentelles.

On faisait à Sherborne des blondes blanches et de diverses couleurs , en quantité assez grande pour approvisionner largement le commerce ; dès la fin du siècle dernier, cette industrie s'était fort amoindrie, aujourd'hui, il n'en reste aucune trace.

Au milieu du dix-huitième siècle, Lyme Régis rivalisait avec Honiton et Blandford ; renommée pour ses dentelles et comme ville d'eaux, elle était plus connue que ses rivales. Lorsque la reine Charlotte arriva en Angleterre , elle portait un bonnet de point de Lyme Régis. Quelque temps après, les ouvrières les plus habiles de F endroit réunirent leur adresse pour faire à la reine une robe de dentelle , qui causa grande satisfaction à la cour, dit un auteur du temps. Les dentelles de Lyme Régis étaient supérieures aux autres par leur solidité, mais elles coûtaient cher et étaient peu profitables aux fabricants et aux ouvrières ; aussi donna-t-on la préférence à des industries plus lucratives, Lorsque les commandes arrivèrent dans le pays pour le mariage de la reine Victoria , il ne se trouva pas à Lyme Régis une seule ouvrière qui pût se charger de cet ouvrage.

Le spécimen que nous donnons (fig. 136) ne justifiera pas, nous le craignons , l'ancienne réputation des dentelles de cette ville.

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