À SON ALTESSE LE PRINCE DE HETTBRNICH
Prince,
C'est surtout du côté de la cour devienne que la France aime à espérer de trouver un accès facile à une prompte et entière réconciliation. Aucun choc violent n'a encore eu lieu entre nos armées, et le gouvernement français s'en félicite. C'est à Vienne que se trouvent et l'héritier du trône de France, et l'auguste princesse que nos vœux appellent à venir une seconde fois donner parmi nous l'exemple de toutes les vertus. La conservation de ce précieux dépôt est un bienfait dont la France tient compte à S. M. l'Empereur votre souverain. Elle voit surtout avec satisfaction, dans Tavénement au trône d'un prince «her à la maison d'Autriche, un gage précieux du retour et du maintien d'une heureuse intelligence entre les deux gouvernements. La seule cause qui les divisait étant difiparue, toutes les considérations qui doivent les rappro* cher ne peuvent manquer d'être senties de part et d'autre. Si la politique des cabinets reprend un cours régulier, l'Autriche et la France sont incontestablement destinées à s'accorder souvent dans les mêmes vues, dans les mêmes craintes, dans les mêmes désirs. Il semble que leur intérêt bien entendu doit les porter dès aujourd'hui à préparer cet utile accord qui peut avoir un jour des résultats si satisfaisants pour le bonheur des nations et pour la conservation de la tranquillité générale. Cette disposition que j'ai l'honneur d'exprimer à Votre Altesse n'est pas uniquement celle du gouvernement français , elle est cornmune à la nation entière dont il n'est que l'organe.
Il m'est doux de penser, prince, que la franchise de ce langage ne sera pas repoussée, et que S. M. l'empereur d'Autriche répondra au
ift2 HISTOIRE DE LA DERNIÈRE
double vœu de la France, en lui rendant S. M. l'impératrice et le prince impérial, et en favorisant le succès de nos efiforts pour le prompt rétablissement de la paix.
Paris,le26ittiQiai5.
À MONSIEUR LE COUTE PB NISSSBLI^QOB.
Monsieur le comte.
L'empereur Napoléon étant mort pour le monde poUtiguoi, le système du monde politique es) complètement changé ; les haines qui s'attachaient à l'homme n'ont plus d'objet, et des intérêts qui étaient opposés cessent tout à coup de l'être. Vous êtes en état plus que personne, monsieur le comte, de juger tout ce que le moment actuel présente de chances pour fonder Tavenir. En attaquant dans la France une exagération qui lui a surtout été fatale à elle-même, Votre Excellence est trop éclairée pour n'avoir pas reconnu toujours combien il importe â^ l'ordre commun que la France conserve aussi sa place dans la première ligne des nations. Sa Majesté l'empereur Alexandre, dont U manière de penser, noble et libérale, ne se fait point un jeu des droite de$ pçupl^, ne peut vouloir nous rendre un gouvernement qui n'a pas su entrer dans nos mœurs, et qui aujourd'hui encore, s'il était rétabli, ne manquerait pas de suivre les mêmes voies. Si l'on veut çincèreipcnt fonder un système stable pour la France et pour les autres nations, il ne faut pas rendre à la France un ordre de choses qui rallumerait toutes les haines, mettrait de nouveau en jeu toutes les passions, et ranimerait partout les germes de discorde et de troubles. Telle ne peut être assurément l'iatention personnelle de votre auguste souverain.. Sous aucua
point de vue il ne saurait ftvoir de9 dispositiona auaai cûntwrea à Tiur térêt aetuel de la Franoe. Renfermée, comme èUe Test, dans ses an* ciennes limites, )a France ne peut maintenant apparaître à la Russie que sous des forn^es amicales, et rien ne s'oppose plus à leur réconciliation. Nous n'hésitons pas à en exprimer le vœu, et Votre Excellence, qui sait qu'il est un terme où la puissance des princes heureux doit s'arrêter, jugera qu-il est difficile de concevoir Texistenee d'un moment où un monarque ait à jouer un rôle plus élevé, plus glorieux que sera eelui de Sa Majesté l'empereur Alexandre, si, satisfait du grand sacrifice qui vient d'être consommé, il souscrit sans délai au rétablissement de la paix, en respectant Tindépendance de la nation française.
Paris, le 96 juin 1818.
A MONSIBUft LB COMTE DE M0NT6ELÀS.
Monsieur le comte,
Vous jugez sans peine si c'est surtout avec regret que la nation française voit marcher contre elle des nations appelées à être ses amies, et pour lesquelles, en dernier résultat, son affaiblissement ne pourrait être qu'un malheur. Entre ces États, la France a toujours distingué la Bavière. La conduite noble qu'a tenue récemment votre cabinet dans des circonstances difficiles, doit nous porter à mettre plus de prix encore à nos anciennes relations. La France, séparée du chef dont le retour a été Toccasion du renouvellement de la guerre, ne demande que l'intégrité de son territoire et le maintien de son indépendance. Aucun État dont la politique est saine et mesurée, ne peut vouloir maintenant la combattre, pour lui enlever ce que naguère on
ne lui disputait pas. Nous devons penser que les esprits, calmés par Tabdication de Fempereur Napoléon, ne repousseront point nos pacifiques propositions; mais s'il existait encore quelque part des ferments d'animosité et d'aigreur, sans doute des princes sages, des ministres éclairés, feront entendre la voix de la modération et de la sagesse. C'est toujours un rôle honorable à saisir que celui d'éteindre les haines et d'apaiser les ressentiments. Ce rôle serait digne de Sa Majesté le roi de Bavière, et nous aimons à espérer que, dans «cette conjoncture, Votre Excellence prouvera de nouveau qu'elle ne se méprend jamais sur les véritables intérêts de son pays.