À MESSIEURS DE LA FOREST, ETC., PLÉNIPOTENTIAIRES, A HEIDELBERG
Messieurs,
Depuis la dépêche que vous m'avez adressée de Laon, en date du 26 juin, je n'ai reçu aucune lettre de Vos Excellences. Nous ignorons absolument jusqu'où vous avez poursuivi votre route, et quel accueil vous auront fait les souverains alliés.
Je vous ai informé, en date du 30 du mois dernier, de la nomination de commissaires chargés de se rendre aux quartiers généraux du prinee Blûcher et du duc de Wellington, pour y négocier un armistice. Le duc de Wellington a paru s'y prêter de bonne grâce ; mais , témoignant toujours qu'il ne pouvait agir que concurremment avec le prince Blûcher qui ne montrait pas les mêmes dispositions, il renvoyait d'un jour à l'autre l'ouverture de la négociation. Cependant les circonstances sont devenues plus graves. La force des armées anglaise et prussienne a continué à s'accroître ; déjà les Bavarois sont à peu de distance ; les Autrichiens et les Russes arrivent. A la vérité nos troupes sont animées du meilleur esprit; elles sont pleines du plus héroïque dévouement, mais c'est une raison de plus pour conserver ce précieux noyau de la puissance nationale et d'éviter de compromettre à la fois Paris, l'armée et la France entière. La commission de gouvernement a cru devoir prendre un parti décisif. Elle s'est déterminée à faire l'envoi de nouveaux commissaires munis de pouvoirs plus étendus. Ceux-ci se sont rendus à Saint-Cloud où lord Wellington est arrivé quelque temps après. La négociation d'une suspension d'armes a été ouverte avec ces deux commandants en chef, et le résultat de la conférence a été la signa-
ture d'une suspension d*armes dont j*ai rhouneur de vous envoyer cijoint copie. (C'est la convenlion du 3 juillet.)
N'ayant aucune notion sur le cours qu'a pu prendre la mission dont yous êtes chargés, la commission de gouvernement n'a point de nouvelles instructions à vous transmettre. Rien ne peut vous instruire mieux de la véritable situation du gouvernement et de la France, que la nature même des articles dont se compose la convention signée hier. Vous avez dans vos instructions précédentes, dans votre raison et dans cette connaissance exacte de notre position actuelle, toutes les données nécessaires pour diriger vos démarches dans le véritable intérêt de la patrie.
Je vous prie d'agréer l'assurance de la haute considération avec laquelle j'ai l'honneur d'être, messieurs, de Vos Excellences, le trèshumble et très-obéissant serviteur.
Le baron BiGifON.
(Nous avons précédemment cité in extenso la note remise aux plénipotentiaires, le !•' juillet, à Haguenau, et qui fut l'unique'résultat de leur mission.)
DEMANDE DE SAUF-CONDUITS POUR L'EMPEREUR NAPOLÉON. — LETTRES DE MONSIEUR BIGNON A LORD CASTELREAGH, AU DUC DE WELLINGTON, ET RÉPONSE DE CELUI-CI.
95 Juin iSiS.
A LORD GASTBLHBàGH.
Milord,
Le retour de Tempereur Napoléon en France a été Toccasion du renouvellement de la guerre : en abdiquant, il a espéré y mettre un terme. Pour qu'il ne puisse exister aucun doute sur la nature de ses motifs, et pour assurer plus promptement l'effet que la nation française a droit d'attendre de son abdication, il est prêt à quitter le territoire français, sans le moindre retard : son désir est de se retirer aux États- Unis d'Amérique. La commission de gouvernement me charge en conséquence, milord, de vous demander toutes sûretés et sauf-conduits nécessaires pour lui, ses frères, sa suite et ses propriétés.
Des plénipotentiaires sont en route pour se rendre au quartier général des puissances alliées. L'objet de leur mission est de demander la conclusion immédiate d'un armistice et de traiter du rétablissement de la paix.
M. le comte Otto est parti de même hier pour se rendre à Londres, dans une intention semblable. La nouvelle démarche que je fais en ce 'moment auprès de Votre Excellence la convaincra encore qu'en France on n'a rien de plus à cœur que d'arriver sans délai à ce résultat si désiré et si important pour tous les peuples, mais particulièrement pour ceux qui, comme l'Angleterre et la France, ne peuvent que trouver d'inimenses avantages dans leur réconciliation.
Je prie Votre Excellence d'agréer, etc.
Le baron Bignon.
<• Paris, le 95 juin 181».