‹ Histoire de la dernière capitulation de ParisChapitre 21 sur 39 · À MESSIEURS LES PLÉNIPOTENTIAIRES PRÈS LES SOUVERAINS ALLIÉS · texte numérisé non relu

À MESSIEURS LES PLÉNIPOTENTIAIRES PRÈS LES SOUVERAINS ALLIÉS

Messieurs,

J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait rhonneur de m'écrire le 26 de ce mois, et je me suis empressé de la mettre sous les yeux de la commission de gouvernement.

D après le détail des pourparlers que vous avez eus avec H. de Nostitz, quoique ces premières ouvertures aient paru peu encourageantes, la commission de gouvernement a cru devoir tenter la négociation d'un armistice et a nommé des commissaires qui sont partis cette nuit pour se rendre à Noyon. Ces commissaires sont M. le comte de Valence,. M. le comte Andréossy, M. de Flauguergues, M. le comte Boissy d'Anglas, M. de la Besnardière. Il leur a été donné copie des instructions que vous avez reçues, et il y a été joint une instruction partica- Hère dont je suis chargé de vous faire part, et qui vous devient commune en ce qu'elle renferme de relatif à l'objet général de votre mission. Vos Excellences verront que, sans changer les bases primitives de la négociation que vous devez suivre, le gouvernement regarde comme possible que le cours des événements force à éclaircir ces bases, mais il n'est pas besoin d'ajouter que ce serait en faisant les plus grands efforts pour n'admettre que les modifications qui blessent le moins le principe de notre indépendance.

Les forces qui se sont rassemblées et qui couvrent Paris ne s'élèvent pas à moins de 80,000 hommes.

Dans l'incertitude où était la commission de gouvernement le 26 de ce mois, si vous recevriez ou non des passe-ports, j'avais é\é chargé

d'écrire directement et par d'autres voies aux ministres des affaires étrangères d'Autriche, de Russie, de Prusse et de Ravière. Au moment où votre courrier du 26 est arrivé hier matin, ces lettres allaient être expédiées par des personnes propres à cette commission. Il m'a paru alors que je ne devais pas me placer entre les ministres des puissances et vous, messieurs, et j'ai en conséquence arrêté cette expédition; mais on a fait observer depuis que peut-être il pourrait vous convenir à vous-même de donner cours à ce genre de communication. J'ai l'honneur, en conséquence, de vous adresser ces lettres, en joignant ic| une copie de chacune. Votre prudence se réglant sur les particularités de la position où vous serez, et sur les circonstances accessoires de la position des ministres des puissances entre eux, jugera s'il y a lieu à remettre une ou plusieurs de ces lettres ou à les supprimer toutes. Vos Excellences sont seules à portée de connaître ce qu'il peut y avoir à cet égard d'inopportun ou d'utile.

Cette dépêche vous parviendra par M. Renard, de la division du Nord, que M. Rourjot m'a désigné comme pouvant être utile pour le travail du secrétariat de la commission. Il vous remettra aussi un chiffre pour votre correspondance.

Comme vous n'avez plus auprès de vous qu'un seul courrier, j'en fais partir un second pour être à vos ordres.

J'ai l'honneur de vous adresser ci-joint, messieurs, une lettre de M. le duc d'Otrante, président de la commission de gouvernement, pour M. le prince de Metternich. Vos Excellences voudront bien se charger de la remettre à ce ministre.

Je vous prie, messieurs, etc.

Le baron Ricifoif.

Paris, 30 juin 1815.

A MESSIEURS DE LÀ FOREST, ETC., PLÉIf IPOTENTIAIRBS, À HEIDELBERO.

Messieurs,

J'attends avec impatience des nouvelles de votre arrivée. La commission de gouvernement déaire que provisoirement je vous donne connaissance des changements survenus dans notre situation depuis votre départ.

L'armée ennemie a continué sa marche sur Paris.'^lle occupe la ligne du Bourgbt, Louvres, Gonesse ; mais elle n'a pu empêcher le maréchal Grouchy de ramener son corps sous les murs de Paris, où il. a été rejoint par les autres corps et par des dépôts de différents régiments et de la garde impériale. Cette armée, de plus dfe 80,000 hommes, animée du meilleur esprit, est sous le commandement du ministre de la guerre.

L'approche de l'ennemi avait répandu l'alarme dans la capitale, mais la réunion de l'armée sous ses murs et le bon esprit de la garde nationale ont dissipé ces fâcheuses impressions; aujourd'hui tout est oalme, et l'on attend, sinon sans impatience, au moins avec tranquillité, le résultat de vos opérations.

Des commissaires sont partis le 27 pour traiter d'un armistice. Les Anglais et les Prussiens ont montré peu d'empressement à s'y prêter. La présence de l'Empereur aux portes de Paris leur fournissait un prétexte pour différer d'entrer en discussion. Napoléon est parti hier. Je viens d'en informer nos commissaires au quartier général, et nous aimons à espérer que les généraux ennemis, rassurés sur ce point, ne mettront plus aucun obstacle à la conclusion de cet armistice.

Nous avons ainsi cherché, messieurs, à gagner du temps pour recevoir de vos nouvelles. Aucun changement politique n'a eu lieu qui puisse en apporter dans vos instructions. La Vendée se pacifie et l'on n'y voit plus un drapeau blanc; on a de bonnes nouvelles de Lyon, de Bordeaux, et le ealme qui règne dans ces grandes cités contribue puissamment à maintenir celui de la capitale.

Le baron Bignon.

Paris, 4 juillet 1815.

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