‹ Histoire de la dernière capitulation de ParisChapitre 6 sur 39 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Nomination de commissaires chargés spécialement de la négociation d'un armistice. — Leurs instructions, — Conférence avec Wellington ; opinion arrêtée de celui-ci en faveur du rétablissement de Louis XVIIL

En partant de Laon pour se rendre au quartier général des souverains alliés, M. de Lafayette et ses collègues avaient, dans leur dépêche du 26 juin, insisté fortement sur la nécessité urgente d'envoyer aux généraux anglais et prussiens des commissaires, chargés purement et simplement de la négociation immédiate d'un armistice, tandis qu'ils iraient, eux, porter directement aux souverains des paroles de paix. Les progrès incessants et rapides de l'ennemi, et l'arrivée de notre armée, ralliée à la îiâte, sous les murs de Paris, ne permettaient pas au gt^uvernement provisoire de différer d'un moment cette tentative préliminaire. Dans la situation anormale et fausse où l'on se trouvait alors, ce n'était pas seulement l'approche de l'ennemi qu'on avait à redouter, c'était celle même de nos soldats, c'était tout effort généreux pour défendre ou venger la France, car le renouvellement de la lutte sous les yeux de l'Empereur pouvait lui inspirer l'irrésistible tentation d'y prendre part. Cette armée, à laquelle on l'avait enlevé, pouvait d'un moment h l'autre^ et surtout en cas d'engagement décisif, le redemander comme général ou même comme empereur! Mais il est juste de reconnaître qu'à

part quelques têtes ardentes, et quelques amis dont Tadversité n'avait pu lasser le dévouement, aucun personnage un peu important ne voulait d'une nouvelle révolution mi-» litaire. Ceux-là même qui avaient d'abord combattu l'abdication, la considéraient comme un fait irrévocablement accompli, et pensaient qu'une prolongation de la guerre, qu une revanche même deWaterloo, seraient pour la France le plus grand des malheurs. Ce découragement n'était-il pas au moins excusable, du moment où Napoléon lui-même s'était déterminé à abdiquer, jugeant ce sacrifice nécessaire au salut de la patrie?

On s'occupa donc immédiatement de la commission d'armistice. A l'exception du général Andréossy, qui avait honorablement rempli sous le règne de Napoléon un poste important et difficile (l'ambassade de Constantinople), le choix des autres commissaires, auquel le duc d'Otrante eut la principale part, semblait dicté, comme celui des plénipotentiaires, par l'intention de faire la cour aux alliés, en mettant en rapport avec eux des hommes qui ne pouvaient être suspects de sympathie pour Napoléon \

Les instructions qui leur furent données étaient basées sur la supposition que, depuis les premiers pourparlers entre les envoyés de Blûcher et les plénipotentiaires, la situation militaire n'avait pas varié. Dans cette hypothèse, qui malheureusement ne se vérifia pas, on prescrivait de repousser la prétention mise en avant par le général en

^ MM. Valence, Flaugergues et Boissy-d'Anglas appartenaient au parti constitutionnel; M. de la Besnardière, employé intelligent du ministère des affaires étrangères, était notoirement dévoué à M. de Talleyrand, et par conséquent au parti royaliste. Fouché le désigna et le maintint comme commissaire, malgré les objections du duc de Vicence.

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chef prussien, d'exiger la remise de six places de guerre pour la sûreté de son armée, prétention vraiment dérisoire, quand cette armée marchait presque sans obstacle au cœur de la France, et quand l'empereur Napoléon, dont la présence était le seul prétexte valable allégué pour justifier de telles exigences, ne demandait qu'à s'éloigner, comme le prouvaient les démarches faites auprès de lord Castlereagh et de lord Wellington pour obtenir des -saufconduits pour lui et sa famille \

« Si néanmoins, pour arriver à un résultat, il fallait se résoudre à la cession d'une place, cette cession ne devait avoir lieu que sous la condition d'un armistice qui se prolongerait jusqu'à la paix. Les commissaires devaient tâcher d'obtenir que les armées ennemies s'arrêtassent à la ligne de la Somme, ou au moins à une ligne tracée entre la Somme et l'Oise, qui les tiendrait encore éloignés de Paris d'environ vingt lieues. Les commissaires devaient obtenir, préalablement à toute convention d'armistice, une suspension d'armes d'au moins deux jours. Ils devaient stipuler que cet armistice s'étendrait à toutes les armées, en prenant pour base le statu quo^ et qu'il ne serait levé de contributions extraordinaires nulle part. Enfin, il leur était recommandé de recueillir avec soin, dans leurs conversations avec les généraux alliés, toutes les propositions, insinuations ou simples conjectures qui pourraient être par eux émises sur les vues arrêtées ou probables des souverains à l'égard de la France. »

^ M. Bignon avait écrit en effet à ce sujet dès le 25 juin, non-seulement au ministre, mais au général anglais, qui répondit de suite qu'il n'avait aucune autorisation pour faire une réponse quelconque à cette demande, pas plus qu'à celle d'un armistice. (Voir cette lettre aux pièces justificatives.)

Le début du voyage des commissaires n'eut rien d'encourageant. En rencontrant, beaucoup plus tôt qu'ils ne s'y attendaient, les premières troupes prussiennes, en voyant leur animation, leur joie insultante, ils comprirent tout d'abord que les difficultés d'une négociation d'armistice s'accroissaient d'heure en heure, et que loin de pouvoir contester les exigences qui s'étaient produites l'avantveille, il fallait s'attendre à voir surgir des exigences plus excessives encore, et se résigner peut-être à des sacrifices dont leurs instructions, déjà distancées par les événements, n'avaient pas même prévu la discussion \

Ils se dirigèrent sur Noyon où, d'après la dernière dépêche des plénipotentiaires, Blûcher avait donné des ordres pour les recevoir. Ils n'eurent malheureusement pas besoin d'aller si loin. En avant de Senlis, ils avaient rencontré les têtes de colonnes du corps de Bulow; on les avait d'abord laissé passer et traverser cette ville, et ils espéraient pouvoir rejoindre le général Bulow lui-même, et obtenir de lui les facilités nécessaires pour parvenir jusqu'à Blûcher; mais cette illusion ne fut pas de longue durée. Un aide de camp du commandant de l'avant-garde prussienne vint leur signifier qu'en attendant la réponse des généraux alliés, on ne pouvait les laisser avancer davantage , ni même stationner au milieu des colonnes en marche. On les fit donc rétrograder de plusieurs lieues, jusqu'au village de Chenevières, auprès de Louvres, en leur promettant que la réponse

^ La correspondance des commissaires, que nous allons analyser, présente quelques lacunes, résultat d'une précipitation inévitable, mais qu'il est facile de combler. Ainsi il résulte virtuellement de ce qui suit qu'Hs avaient expédié, par un parlementaire, une lettre en duplicata à Blûcher et à Wellington, annonçant le but de leur mission, et sollicitant une conférence.

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qu'ils sollicitaient ne se ferait pas attendre plus de trois heures*.

Après huit heures d'attente, deux officiers prussiens vin* rent annoncer aux commissaires français la prochaine ar^ rivée d'un envoyé de Blûcher, et dans la soirée du 29 seu» lement parut cet envoyé, le comte de Nostiz, l'un de ceu^ qui avaient conféré à J^aon avec M. de Lafayette et ses collègues. Ce retard d'une journée entière était, de la part du généralissime prussien, le résultat d'un calcul facile à comprendre. 11 ne voulait évidemment entrer en pourparlers qu'après avoir poussé le plus loin possible les avantages de sa position ; et en effet, son négociateur ne se mit en rapport avec les commissaires français qu'au moment où l'avant-rgarde prussienne, maîtresse de Saint-Deni^ et d'Auberyilliers, bivouaquait en vue des faubourgs do Paris,

Les progrès de l'armée prussienne , dans ces deux jour^ nées, n'expliquaient que trop bien le langage de l'aide dç camp de Blûcher, qui, non content de renouveler les propositions déjà faites à Laon, mit en avant, pour la première fois, une condition d'armistice bien autrement exorbitante, l'occupation de Paris même par les armées alliées. Les commissaires rejetèrent avec quelque vivacité cette exigence, et s'attachèrent surtout à obtenir la suspension d'armes préliminaire, dont l'urgence leur était démontrée par la rapidité des mouvements de l'ennemi, « M. de Nostiz paraissait croire que cette suspension d'armes était entièrement subordonnée aux arrangements qui seraient pris à l'égard de Napoléon, par rapport auquel les alliés voulaient, disaiit-il, avoir des sécurités; mais il igno-

^ Dépêche des commissaires (inédite), n^ 1.

raît ce qui pourrait à cet égard les satisfaîrei et particulièrement lord Wellington, à l'opinion duquel celle du njaré^ chai Blûcher était sur ce point tout à fait subordonnée, »

M. de Nostiz, dont Tattitudc et le langage furent parfaitement convenables danp cette circonstance, propos» m% commissaires de revenir avec lui à Senlis pour tâcher dç voir Blûcher, qui devait y passer Ja nuit. Ils s'y rendirent en effet, mais ce général ne jugea pas à propos de se déran* ger pour eux. Il était mérne dans un tel état d'exaltation morale et physique, que M. de Nostiz, après l'avoir vu, conseilla fortement aux commissaires de ne pas séjourner plus longtemps à sa portée, et de faire plutôt toute d\\U gence pour rejoindre lord Wellington, avec lequel surtout il était urgent de s'entendre, si l'on voulait arriver à un résultat. Tandis qu'ils couraient après le général anglais du coté de Pont-Sainte-Maxence, celuirci arrivait de son côté au quartier général de Blûcher, pour se concerter avec lui sur ce qu'ils devaient répondre à cette nouvelle demande d'armistice. Le résultat de cette conférence fut une lettre de Wellington aux commissaires français, expédiée séance tenante, à près de minuit^ Il leur annonçait c que dans les circonstances actuelles aucun armistice ne pouvait se faire tant que Napoléon Bonaparte était à Paris et en liberté, et que les opérations étaient en tel état qu'on ne pouvait les arrêter. »

Cette lettre peu encourageante ne fut remise aux commissaires que le lendemain. Mais dans cet intervalle ils étaient repartis de Pont-Sainte-Maxence, où Wellington ne devait plus venir, s' étant déjà porté en avant du côté de Paris. Ils l'avaient rejoint, non sans peine, à Étray-Saint- Denis, et avaient eu avec lui une conférence de plus d'une heure.

Il existe sur cette entrevue et sur celles qui suivirent deux versions diflFérentes, se complétant l'une par l'autre, et offrant aussi certaines contradictions plus apparentes que réelles. L'une est celle du duc de Wellington , consignée dans sa dépêche du 2 juillet à lord Bathurst ; l'autre, inédite jusqu'ici, du moins pour la plus grande partie, est celle des .commissaires français. Gomme ces deux comptes rendus diffèrent sur quelques points essentiels, on ne peut arriver à connaître la vérité qu'en les contrôlant l'un par l'autre. De plus , sans prétendre le moins du monde incriminer la véracité du général anglais, il>est à remarquer que sa dépêche est une sorte de résumé fait après coup , tandis que les lettres des commissaires au gouvernement provisoire relataient fidèlement d'heure en heure tout ce qui se passait dans chaque entretien.

Si nous nous en rapportons à Wellington , il commença par se retrancher dans un refus absolu d'armistice, affectant de considérer encore l'abdication comme une ruse de guerre concertée entre Napoléon et les Chambres. Nous avons déjà observé que cette incrédulité des généraux ennemis était la plus sévère critique de tout ce qui avait été fait pour contraindre Napoléon à abdiquer. Ils ne pouvaient admettre qu'on eût agi sciemment et sans arrièrepensée, d'une façon si manifestement contraire aux intérêts militaires et politiques du système dans lequel la France s'était replacée par son adhésion à la révolution du 20 mars. Ils ne pouvaient donc considérer l'abdication comme sérieuse, tant que Napoléon était en liberté, et tout prêt à ressaisir le commandement de l'armée. Cette incrédulité de Wellington mettait les commissaires dans la position la plus pénible et la plus fausse. N'ayant reçu aucune dépêche de Paris , depuis leur départ , ils ignoraient si

Napoléon avait quitté la Malmaison ; ils savaient que des sauf-conduits avaient été demandés pour lui à lord Castlereagh et à Wellington lui-même; mais celui-ci leur annonçait qu'il ne s'était pas cru autorisé à accéder à cette demande. Ce serait dans ce moment que, si nous eu croyons le général anglais, quelques-uns des commissaires auraient offert de livrer Napoléon à l'Angleterre ou à l'Autriche. Cette assertion de Wellington a été reproduite avec empressement, avec bonheur, par quelques écrivains de l'école révolutionnaire, enchantés de pouvoir lancer une accusation déshonorante contre des hommes qui évidemment étaient favorables, dès ce temps-là, à la branche cadette des Bourbons. Ces récriminations contre le passé en haine du présent ne méritent aucune réponse. Nous croyons qu'en effet la majorité des commissaires était fort disposée à passer condamnation sur les droits du fils de Napoléon. Il est même fort possible que quelques-uns, dans la chaleur de la discussion, aient dit que la reconnaissance de Napoléon II par les Chambres n'avait été qu'une mesure transitoire, dont l'unique but était de désarmer Napoléon et d'apaiser l'armée. Enfin, pour rassurer complètement Wellington, et dans l'espoir de l'amener, séance tenante, à une suspension d'armes, on a pu lui parler des mesures de surveillance prises le 27 juin à l'égard de Napoléon , aller même jusqu'à dire que la fixation de sa résidence ultérieure, en Angleterre ou en Autriche, pourrait, du consentement de Napoléon lui-même, être une des conditions de la paix. Mais ceci même n'était qu'une opinion individuelle ; les commissaires n'étaient nullement autorisés à stipuler, de pareilles conditions, bien moins encore à promettre de livrer Napoléon en retour d'une suspension d'armes. Il est donc évident que Wellington s'est grave*

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ment mépris sur la portée de quelques expressions françaises. Dans toutes les éventualités possibles, l'idée de faire arrêter Napoléon et de le traîner au quartier général prussien ou anglais eût été aussi extravagante qu'odieuse \

Nous ne trouvons, au surplus, aucune trace de là moindre insinuation de ce genre dana la correspondance des commissaires. Yoici dans quels termes ils rendaient Compte de leur première conférence à Étrây, et de la seconde qui avait eu lieu à Gonesse dans la nuit du 80 juin :

... Jusqu'à préseiit nous sommes autorisés à penser qu'aussitôt que vous aurez fait connaître que Napoléon aufa été éloigné ^, il pourra être signé une suspension d'armes de trois jours.

Chargés par nos instructions d'entendre ce qui pourra nous être dit, et de vous en donner connaissance, nousl devons vous informer que le due de Wellington nous a répété à plusieurs reprises, que, dès que nous aurons un chef de gourernement , la paix sera promptement conclue.

En parlant, dit-il, seulement comme Individu, mais croyant cependant que son opinion pourra être prise en eonaidération, il fait plus que des objections contre le gouvernement de Napoléon II. Il dit que, sous un tel règne, l'Europe ne pourrait jouir d'aucune sécurité, ûi la France d'aucun calme.

* On sait que Blucher, nonobstant les représentations de son collègue, menaçait de tuer Napoléon s'il tombait entre ses mains, et qu'un détachement envoyé à la Malmaison pour s'emparer de l'Empereur, arriva quelques heures trop tard. Les Prussiens s'en vengèrent en saccageant ceUe résidence, qui demeura pendant plusieurs années dans l'état de délabrement où ils l'avaient laissée.

> Et non pas gardé en otage ou livré aux Prussiens ou aux Anglais.

Wellington, dans sa dépêche n® 974, déjà citée, affirme avoir déclaré aux commissaires que, pour consentir à un armistice, il exigerait que Napoléon lui fût livré, à moins qu'il ne lui fût donné une assurance officielle de Son éloignement. On remarquera que les commissa^ires n'ont pas même osé mentionner cette exigence purement comminatoire ; à plus forte raison n'ont-ils pas pu proposer d'eux-mêmes une semblable condition.

On dit qu'on ne prétend point s'opposer au choix dun autre chef de gouvernement; on répète à chaque occasion que les puissances de l'Europe ne veulent pas intervenir dans ce choix, mais on ajoute que si le prince choisi était dans le cas, par la nature même de sa situation, d'alarmer la tranquillité de FEurope, en mettant en prdhlème celle de la France, il serait nécessaire aux puissances alliées d'avoir des garanties, et nous sommes fondés à croire que ces garanties seraient des cessions de territoire.

Un seul, Louis XYHI, leur semble réunir tontes les conditions qui empêcheraient l'Europe de demander de telles garanties pour sa séeurite. Déjà, disent-ils, il réside à Cambrai ; le Quesnoy lui a ouvert ses portes ; ces places et d'autres villes sont en sa puissance, soit qu'elles se soient données, ou qu'elles lui aient été remises par les alliés.

Le duc de Wellington reconnaît et énumèrêr une partie considérable de» fautes de Louis XVII I pendant son gouvernement de quelques mois. Il place au premier rang d'avoir donné entrée dans son conseil aux princes de sa famille, d'avoir eu un ministère sans unité et non responsable, d'avoir créé une maison militaire choisie autrement que dans les soldats de l'armée ; de ne s'être pas entouré de personnes qui eussent xm véritable intérêt au. maintien de la charte. Il lui semble qu'en faisant connaître les griefs sans faire de conditions, il pourrait être pris des engagements publics qui rassureraient pour l'avenir, en donnant à la France les garanties qu'elle peut désirer.

Si l'on discute les conditions, répète le duc, si l'on perd du temps, des généraux d'autres armées pourront délibérer, se mêler des négociations, elles se compliqueront d'autres intérêts.

Ce compte rendu des deux premières conversations se retrouve, en termes équivalents, dans la dépêche de Wellington du 2 juillet. 11 est seulement à remarquer que lord Wellington glisse beaucoup plus légèrement sur l'aveu catégorique qu'il aurait fait des fautes commises par le gouvernement des Bourbons, en 1M4. En revanche, il insiste sur un détail important, omis dans le récit des commissaires. Il affirme que plusieurs d'entre eux l'ayant consulté à part sur les chances que pourrait avoir le duc d'Orléans, il avait formellement repoussé cette combinaison, et généralement tout ce qui n'était pas Louis XYIU.

Le duc de Wellington a vécu assez pour avoir le temps de se repentir deux fois de son inflexible détermination, en 1830 et en 1848.

Avant de conférer avec Wellington , les commissaires français avaient déjà eu l'occasion de prendre connaissance de plusieurs proclamations officielles, qui ne permettaient plus de douter d'une volonté irrévocable, de la part des souverains alliés, d'écarter du trône de France Napoléon et sa dynastie. L'une de ces proclamations, émanant du généralissime de l'armée autrichienne, encourageait d'une façon non équivoque le rétablissement des Bourbons, en faisant appel au concours de tous les Français qui n'adhéraient pas à la cause de Bonaparte ou qui s'en détacheraient, dans le but de replacer la France dans les rapports que le traité de Paris avait rétablis entre elle et le reste de l'Europe. On s'aperçoit aisément, aux expressions encore conciliantes de cette proclamation, qu'elle avait été publiée aussitôt après la bataille de Waterloo, mais avant qu'on n'eût reçu la nouvelle de l'abdication. On sentait la nécessité de ménager la France encore unie à Napoléon, d'essayer de la détacher de lui, en promettant, nonobstant le désastre de Waterloo, le reâpect de l'intégralité du territoire français pour prix d'une défection politique et militaire. On changea bien vite de langage une fois cette défection obtenue. Quand les ministres de Louis XVIII vinrent demander le respect de ces traités, que les alliés eux-mêmes avaient si bien promis de respecter tant que le succès avait été douteux, les diplomates de la coalition ne manquèrent pas d'objecter « que les Bourbons, en perdant leur trône, soit par leur faute, soit autrement, n'avaient pu remplir leurs obligations, et que, par ce fait même, leurs traités avec les alliés cessaien

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d'être obligatoires pour ceux-ci. « Les Bourbons, disait alors FAutriche, n'ont pu empêcher que la France ne menace l'intégrité du territoire des alliés; dès ce moment ils n'ont plus le droit de prétendre que l'intégrité de la France soit respectée. •• Sans la fermeté louable de Louis XYIII et l'énergique intervention de la Russie, ce sophisme triomphait, et la malveillance obstinée, impitoyable du cabinet de Vienne nous arrachait l'Alsace et la Lorraine! Ces choses-là, quoi qu'on fasse, ne sauraient s'oublier III

Ainsi l'Autriche elle-même avait publiquement sacrifié les droits du petit -fils de son souverain. Mais en même temps on avait communiqué aussi aux commissaires français l'imprudente proclamation de Gâteau- Cambrésis, dans laquelle le gouvernement royal, plus sévère pour la France que nos propres ennemis, semblait applaudir au désastre de nos armes. Les alliés mêmes de Louis XVIII avaient blîmé cette proclamation. Wellington, qui a exercé sur tous ces événements une influence prépondérante, et qui fut, sinon généreux, du moins sensé en bien des choses, se joignit à M. de Talleyrand pour persuader à Louis XVIII qu'il devait retirer cette allégresse intempestive, et se faire désirer au lieu de se faire craindre. Le résultat de cette pression salutaire fut la proclamation plus conciliante de Cambrai. Wellington en reçut une copie au moment même où il conférait avec les commissaires français, et la leur remit comme correctif à la première, et comme un gage des intentions bienveillantes du Roi. Cependant, cette seconde proclamation contenait encore des menaces contre les instigateurs présumés du 20 mars, menaces qui donnèrent lieu de la part des commissaires à des observations dont Wellington promit qu'il serait tenu compte. Il en écrivit

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même, séance tenante, à M. de Talleyrand. Et à ce sujet» il est impossible de ne pas remarquer déjà qu'en dépit de toutes les protestations de Wellington, qu'il ne parlait que comme simple particulier, son rôle était trop important, son langage trop significatif, pour ne pas impliquer de la part du gouvernement de Louis XVIII, remanié et modifié €ous son influence immédiate, une certaine responsabilité de tout ce que le général anglais pourrait proposer ou concéder.

Le moment approchait en effet, où, cédant à l'ippérieuse pression des circonstances, il allait traiter enfin avec les autorités françaises, et obtenir d'elles la remise pacifique de Paris à son armée et au monarque qu'il voulait rétablir ; avantage immédiat, immense, obtenu sous des condi*tiens que tous ceu3i qui en profitaient auraient dû res-*pecter.

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