‹ Histoire de la dernière capitulation de Paris, rédigéee [!] sur des documents officiels et inéditsChapitre 18 sur 63 · III · texte numérisé non relu

III

2 Nous avons omis un argument non moins étrange de Wellington, et qui paraît décisif à M. Vaulabelle. « Le maréchal, disait Wellington, est parti sous un faux nom, le jour même de la remise de Paris ; auraitil songé à se cacher, s'il s'était cru protégé par la capitulation? » L'attitude hostile des alliés, les mesures violentes qui signalèrent leur entrée dans Paris, autorisaient bien les personnes compromises à pourvoir avant tout à leur sûreté matérielle, et l'événement ne leur a que trop donné raison. La chose la plus regrettable pour tout le monde, c'est que le maréchal n'ait pas mieux pris ses précautions,

usurpé quelque chose de la toute-puissance de Napoléon abattu.

« Aussitôt que le cabinet britannique fut informé de la signature de la convention, dit M. Bignon, il s'empressa de prescrire au noble duc dans quel sens il devait en expliquer l'article 12. Lord Bathurst, ce même ministre qui, presque en même temps, ordonnait et pressait le départ de Napoléon pour Sainte-Hélène, écrivait au duc de Wellington, dès le 7 juillet 1815 : « Quoique Votre Grâce ait établi distinctement que la convention faite par vous et le maréchal Blùcher avec quelques autorités françaises , en décidant toutes les questions militaires, n'a traité aucune question politique, et quoiqu'on ne puisse imaginer que, dans une convention conclue avec ces autorités, vous ayez voulu contracter un engagement par lequel on pût présumer que S. M. Très-Chrétienne serait absolument privée du juste exercice de son autorité relativement à la punition méritée de ceux de ses sujets qui, par de perfides complots et par une révolte non provoquée, ont perdu le droit d'invoquer la clémence et la longanimité de Sa Majesté; néanmoins, pour empêcher qu'on élève aucun doute sur le sens que le prince régent attache à l'article 12, en donnant son approbation entière à cette convention , j'ai ordre de vous déclarer que Son Altesse Royale regarde cet article comme n'étant obligatoire qu'en ce qui concerne la conduite des commandants anglais et prussiens, et des commandants de celles des autres puissances alliées qui peuvent devenir parties contractantes de la convention en la ratifiant. »

» Le lecteur, dit M. Bignon, jugera si le sens de cet article était assez précis, assez clair, par les subtilités mêmes auxquelles on était réduit pour en escamoter les conséquences. Lord Bathurst notifie au duc de Wellington dans quel

sens le prince régent veut que l'article soit entendu, dans quel sens il l'approuve. Et que nous importe dans quel sens cette ratification se fait et doit être comprise? La convention dont il s'agit est-elle un de ces actes qui ne doivent avoir leur effet que d'après l'approbation des gouvernements? C'était un acte absolu et non un acte conditionnel ; comment aurait-on pu faire dépendre de ratifications qui n'eussent pu être obtenues que dans un délai de huit jours au moins, les stipulations d'un acte dont l'exécution devait être terminée dans trois jours? Cette circonstance était une de celles où le pouvoir souverain se trouve nécessairement lié par les engagements qu'ont contractés en son nom ce que les juristes appellent les puissances subalternes, c'est-à-dire les chefs militaires et les autres agents autorisés par la nature de leur emploi à traiter en son nom. Le pouvoir souverain se trouve surtout engage sans retour, quand il a profité de l'avantage attaché aux engagements contractés, à moins qu'il ne consente à renoncer à cet avantage, et à replacer les choses dans l'état où elles étaient avant la convention, si encore ce rétablissement est possible. C'est d'après ces maximes, qui sont celles de tous les grands publicistes, que doit être jugée la lettre de lord Bathurst. Cette pièce ne fut connue que neuf mois après sa date, et parut avec d'autres documents dont la Chambre des communes ordonna l'impression. Il s'éleva aussitôt un cri d'indignation dans toute l'Angleterre; même les journaux ministériels s'associèrent à ce mouvement général de l'opinion. L'un d'eux (le Courrier) alla jusqu'à dire que lorsqu'on a pris des engagements aussi formels, fût-ce même avec le diable, il faut les tenir î »

Malheureusement cette indignation tardive ne pouvait plus sauver personne.

\hh HISTOIRE DE LA DERNIÈRE

Enfin, M. Bignon, après avoir démontré que la convention politique et militaire du 3 juillet aurait dû être obligatoire de toute manière pour le gouvernement royal, terminait son mémoire par la révélation d'un fait d'une haute gravité. Il résulte de ce fait la preuve positive que le désaveu de la convention par le gouvernement de Louis XVIII n'a bien été que le résultat d'un système conçu après coup, quand ce gouvernement se trouva engagé dans les mesures de vengeance auxquelles l'exécution de cette convention mettait obstacle, tandis que le lendemain de la rentrée de Louis XVIII, c'est-à-dire le 9 juillet, ce même gouvernement, sous l'empire d'une préoccupation bien différente, avait formellement reconnu et invoqué l'article 11 de la ca pitulation pour préserver le pont d'Iéna, que les Prussiens commençaient déjà à détruire, comme un monument injurieux de leurs anciennes défaites.

Cette révélation, que nous allons fidèlement transcrire telle que nous l'avons retrouvée dans les cartons de M. Bignon, vient ajouter une triste page à l'histoire déjà si douloureuse de cette époque.

« Le jour où le général en chef de l'armée prussienne se préparait à faire sauter le pont d'Iéna, M. de Talleyrand, arrivant au ministère des affaires étrangères où j'étais encore, me fit part du désespoir du Roi, et me demanda si dans la convention que nous avions conclue avec les alliés, il n'y avait pas des articles que nous pussions invoquer contre ces actes d'une hostilité hors de saison. Je lui citai l'article 11 de la convention du 3 juillet, qui lui parut en effet applicable à la question, et il me chargea de rédiger sur-le-champ une note pour être adressée au ministre de Prusse, afin d'arrêter l'exécution des projets du maréchal Blûcher. Je rédigeai sur-le-champ la note suivante :

Page 1