‹ Histoire de la dernière capitulation de Paris, rédigéee [!] sur des documents officiels et inéditsChapitre 17 sur 63 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Fausse interprétation donnée par le duc de Wellington à l'article 12, à propos du procès du maréchal Ney. — Ses véritables motifs. — Le secret de M. Bignon.

On a pu, par les détails qui précèdent, apprécier la signification politique, l'importance capitale de l'article 12 de la convention du 3 juillet. Cet article sauvegardait tous les fonctionnaires militaires ou civils que se trouvaient à Paris, au moment où la convention fut conclue. Mais tel fut l'emportement de la réaction royaliste, que personne, parmi les plus compromis , ne songea d'abord à cette garantie; on ne pensa qu'à fuir ou à se cacher. Elle ne fut pas même invoquée devant le conseil de révision qui confirma la sentence de mort rendue contre le courageux et infortuné Labédoyère.

Ce fut pour sauver une vie plus illustre , celle du maréchal Ney, que des défenseurs habiles et dévoués songèrent à se prévaloir de l'article 12 de la capitulation de Paris. Avant même que le procès s'engageâtdevant la Cour des pairs, la maréchale Ney fit une démarche dans ce sens auprès de Wellington, qui se trouvait alors à Paris, et dont l'intervention aurait pu être décisive dans l'intérêt de l'accusé, de même que plus tard elle aurait pu protéger du moins la vie du condamné, et épargner plus qu'une faute au gouvernement royal. Wellington répondit à la lettre

de la maréchale par une longue et froide consultation > dans laquelle il donnait comme motif de son refus absolu d'intervention : 1° que le Roi n'avait pas ratifié la convention ; 2° que la stipulation écrite dans l'article 12 n'exprimait qu'une renonciation des hautes puissances, pour leur compte, à rechercher qui que ce fût en France pour raison de sa conduite et de ses opinions politiques, qu'elles n'avaient donc à s'immiscer en rien dans la conduite du gouvernement du Roi ' !

« De bonne foi, s'écrie à ce sujet M. Bignon, est-il possible d'admettre que cette interprétation puérile , insignifiante, fût celle que les signataires français donnaient à l'article 12, et Wellington lui-même leur aurait-il soutenu sérieusement qu'en le signant il n'avait pas voulu s'engager à autre chose ; lui qui, au contraire, lors de la discussion de la convention , comme dans ses conférences avec les premiers commissaires , ne tarissait pas sur la bonté , sur les intentions bienveillantes et conciliantes du Roi , blâmait l'imprudence des menaces de la première proclamation, écrivait séance tenante pour les faire réformer ! »

Nous faisons ce que nous pouvons pour demeurer calme dans la discussion de ces faits, qui n'ont plus qu'une importance purement historique. Nous ne voudrions pas amoindrir la juste part de renommée qui revient au héros de l'Angleterre, quoique cette renommée soit faite en grande partie de nos malheurs. Nous la respectons même d'autant plus que Wellington ne serait pas si célèbre, si nous n'avions pas été si redoutables. Mais, en présence des témoi-

1 Cette réponse, qui équivalait à un arrêt de mort, fut consignée, avec toute l'impassibilité anglaise, au protocole de la conférence du 16 novembre.

gnages dont nous évoquons l'accablante autorité homme sincère et impartial , à quelque nation, à qu opinion qu'il appartienne, reconnaîtra comme nous q général anglais manqua d'équité autant que de générosité dans cette circonstance décisive pour sa gloire. Ce qui n'est pas moins étrange ; ce qui, pour des Français particulièrement, peut sembler plus révoltant encore que la conduite même de Wellington, c'est que l'esprit de parti ait entraîné quelques écrivains de l'école révolutionnaire à faire cause commune sur ce point avec le général anglais, en haine de ceux qui avaient traité avec lui. « Wellington était dans le vrai, quant à la capitulation, » s'écrie M. YaulabehV. Non, mille fois.non! Wellington n'était pas dans le vrai; les termes de la discussion de l'article 12 étaient trop précis pour qu'il pût rester dans sa pensée la moindre équivoque sur la portée de l'engagement spécifié dans l'article 12 2. Mais ce que l'apologiste français de lord Wellington n'a pas su ou n'a pas voulu dire, c'est que ce général, en s' efforçant de dénaturer son engagement par une interprétation sophistique, obéissait à l'injonction formelle, à la consigne du ministère anglais, faiblesse impardonnable chez un homme dont le rôle était alors si important dans la politique européenne, qu'il semblait avoir momentanément

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