MONSIEUR LE COMTE DE MONTGELAS
Monsieur le comte,
Vous jugez sans peine si c'est surtout avec regret que la nation française voit marcher contre elle des nations appelées à être ses amies , et pour lesquelles , en dernier résultat , son affaiblissement ne pourrait être qu'un malheur. Entre ces États, la France a toujours distingué la Bavière. La conduite noble qu'a tenue récemment votre cabinet dans des circonstances difficiles, doit nous porter à mettre plus de prix encore à nos anciennes relations. La France, séparée du chef dont le retour a été l'occasion du renouvellement de la guerre, ne demande que l'intégrité de son territoire et le maintien de son indépendance. Aucun État dont la politique est saine et mesurée, ne peut vouloir maintenant la combattre, pour lui enlever ce que naguère on
ne lui disputait pas. Nous devons penser que les esprits, calmés par l'abdication de l'empereur Napoléon, ne repousseront point nos pacifiques propositions; mais s'il existait encore quelque part des ferments d'animosité et d'aigreur, sans doute des princes sages, des ministres éclairés, feront entendre la voix de la modération et de la sagesse. C'est toujours un rôle honorable à saisir que celui d'éteindre les haines et d'apaiser les ressentiments. Ce rôle serait digne de Sa Majesté le roi de Bavière, et nous aimons à espérer que, dans cette conjoncture, Votre Excellence prouvera de nouveau qu'elle ne se méprend jamais sur les véritables intérêts de son pays.