‹ Histoire de la dernière capitulation de Paris, rédigéee [!] sur des documents officiels et inéditsChapitre 26 sur 63 · A MONSIEUR LE COMTE DE NESSELRODB · texte numérisé non relu

A MONSIEUR LE COMTE DE NESSELRODB

Monsieur le comte,

L'empereur Napoléon étant mort pour le monde politique, le système du monde politique est complètement changé ; les haines qui s'attachaient à l'homme n'ont plus d'objet, et des intérêts qui étaient opposés cessent tout à coup de l'être. Vous êtes en état plus que personne, monsieur le comte, de juger tout ce que le moment#actuel présente de chances pour fonder l'avenir. En attaquant dans la France une exagération qui lui a surtout été fatale à elle-même, Votre Excellence est trop éclairée pour n'avoir pas reconnu toujours combien il importe à l'ordre commun que la France conserve aussi sa place dans la première ligne des nations. Sa Majesté l'empereur Alexandre, dont la manière de penser, noble et libérale, ne se fait point un jeu des droits des peuples, ne peut vouloir nous rendre un gouvernement qui n'a pas su entrer dans nos mœurs, et qui aujourd'hui encore, s'il était rétabli, ne manquerait pas de suivre les mêmes voies. Si l'on veut sincèrement fonder un système stable pour la France et pour les autres nations, il ne faut pas rendre à la France un ordre de choses qui rallumerait toutes les haines, mettrait de nouveau en jeu toutes les passions, et ranimerait partout les germes de discorde et de troubles. Telle ne peut être assurément l'intention personnelle de votre auguste souverain. Sous aucun

point de vue il ne saurait avoir des dispositions aussi contraires à l'intérêt actuel de la France. Renfermée, comme elle l'est, dans ses anciennes limites, la France ne peut maintenant apparaître à la Russie que sous des formes amicales, et rien ne s'oppose plus à leur réconciliation. Nous n'hésitons pas à en exprimer le vœu, et Votre Excellence, qui sait qu'il est un terme où la puissance des princes heureux doit s'arrêter, jugera qu'il est difficile de concevoir l'existence d'un moment où un monarque ait à jouer un rôle plus élevé, plus glorieux que sera celui de Sa Majesté l'empereur Alexandre, si, satisfait du grand sacrifice qui vient d'être consommé, il souscrit sans délai au rétablissement de la paix, en respectant l'indépendance de la nation française.

Paris, le 26 juin 1815.

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