A MESSIEURS LES COMMISSAIRES CHARGÉS DE LA CONCLUSION D'UN ARMISTICE
Messieurs,
La commission de gouvernement n'a point d'instructions nouvelles à vous donner ; elle espère que vous pourrez aujourd'hui même entrer en pourparlers sur l'objet de votre mission, et elle se repose sans réserve sur votre zèle et sur vos lumières, pour tout ce qui peut contribuer à en assurer le succès.
Je prie Vos Excellences, etc.
m HISTOIRE DE LA DERNIÈRE
Dépêche N° 2.
Paris, 30 juin 1815.
A MESSIEURS LES COMMISSAIRES
Messieurs,
La commission de gouvernement voit avec peine les difficultés que rencontre la proposition dont vous êtes chargés : elle se flattait que vous trouveriez chez MM. les commandants en chef des armées anglaise et prussienne des dispositions conformes aux siennes et favorables à l'objet de votre mission.
On se trompe peut-être sur l'esprit de Paris et de la France; 80,000 braves sont réunis en ce moment sous les murs de Paris et déterminés à la plus vigoureuse résistance; les sentiments de la garde nationale sont parfaitement d'accord avec ceux du gouvernement et de l'armée.
Dans l'intérieur tout est calme : Lyon et Bordeaux sont tranquilles, la Vendée même se pacifie et on n'y voit plus de drapeau blanc : il ne se montre aujourd'hui que derrière les armées étrangères. La commission de gouvernement se persuade que MM. le duc de Wellington et le prince Blùcher ne peuvent manquer de reconnaître combien il importe à l'intérêt commun de mettre promptement un terme à des hostilités qui maintenant sont, pour ainsi dire, sans objet comme sans utilité pour leurs gouvernements, et qui n'ont d'autre résultat que de faire répandre, sans fruit, un sang précieux de part et d'autre ; vous ne négligez sans doute, messieurs, aucun moyen pour vaincre les obstacles qu'on vous oppose, mais si tous vos efforts sont inutiles, si vous ne voyez absolument point de jour à ce que la négociation s'ouvre et puisse conduire au résultat désiré, c'est un devoir pour vous de revenir auprès du gouvernement; on aime à espérer cependant que vous ne serez pas réduits à cette extrémité.
Dépêche N° 3.
Paris, 30 juin 1815.
A MESSIEURS LES COMMISSAIRES
Messieurs,
M. le colonel Latour-Maubourg m'a remis la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire aujourd'hui, et je me suis empressé de la placer sous les yeux de la commission de gouvernement.
Vous connaissez, messieurs, les démarches qui ont été faites à l'effet d'obtenir pour Napoléon des passe-ports et sauf-conduits nécessaires ; vous verrez par la réponse ci-jointe du duc de Wellington que ce général ne s'est pas cru autorisé aies accorder; les circonstances étant devenues plus délicates et plus graves à raison de l'approche des armées ennemies et de la réunion des troupes françaises sous les murs de Paris, le départ de Napoléon a eu lieu hier, et des mesures sont prises pour assurer sa sortie du territoire français.
Les faits répondent ainsi, messieurs, à l'objection qui vous a été faite; et le motif allégué par MM. les commandants en chef de l'armée anglaise et prussienne, pour différer d'accueillir la proposition d'un armistice, n'a plus de fondement. MM. le duc de Wellington et le prince Blùcher doivent reconnaître maintenant que du côté de la nation française il n'existe aucune circonstance qu'ils puissent regarder comme un obstacle au rétablissement de la paix, et c'est une raison de plus pour Vos Excellences d'insister plus vivement auprès d'eux pour la conclusion d'un armistice, qui ne peut manquer de conduire à ce salutaire résultat.
La lettre que j'ai reçue par M. de Latour-Maubourg porte le n° 3, le n° 2 ne m'est point parvenu.
La dépêche n° 4, qui fait suite à celle-ci, n'est qu'une simple communication de la réponse négative de Wellington relativement à la demande des passe-ports.
Dépêche N° 5.
Paris, 1er juillet, 1 heure du matin.
A MESSIEURS LES COMMISSAIRES
Messieurs,
Comme il est important que vous n'ignoriez rien de ce qui se passe, et qu'il se peut que la nature des événements qui ont lieu d'un côté ait quelque influence sur la direction qu'ils peuvent prendre ailleurs, j'ai l'honneur d'adresser ci-joint à Vos Excellences copie d'une dépêche télégraphique de M. le duc d'Albuféra ; vous verrez, messieurs, qu'après un avantage obtenu par les troupes autrichiennes, ce maréchal a proposé un armistice de quelques jours qui a été accepté. C'est une circonstance dont vous pourrez tirer parti auprès de MM. les commandants en chef des armées anglaise et prussienne.
Je prie Vos Excellences, etc.
Dépêche N° 6.
Paris, 1er juillet 1813.
A MESSIEURS LES COMMISSAIRES
Messieurs,
Je viens de recevoir la dépêche sous le n° 4 que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire en date de ce jour. Je vous ai prévenus que votre lettre n° 2 ne m'est point parvenue. Je vous prie de me faire connaître par quelle voie vous l'avez expédiée, ou de la réclamer vous-mêmes, et, dans tous les cas, de vouloir bien m'en envoyer une copie.
Vous annoncez, messieurs, que vous êtes autorisés à croire que Napoléon Bonaparte éloigné, il pourrait être signé une suspension d'armes de trois jours pour régler un armistice pendant lequel on traiterait de la paix. La condition voulue étant remplie, il n'y a plus en ce moment aucun motif qui puisse s'opposer à une suspension d'armes et à un armistice. Il est vivement à désirer que la suspension d'armes, au lieu d'être de trois jours seulement, soit au moins de cinq jours. Nous ne pensons pas que les Anglais et les Prussiens seuls prétendent forcer nos lignes. Ce serait vouloir faire gratuitement des pertes inutiles. D'après eux-mêmes, ils ne doivent être rejoints par les Bavarois que dans la première qainzaine de ce mois ; il peut leur convenir ainsi d'attendre ce renfort, et c'est une raison de plus pour ne pas se refuser à un armistice qui aura pour eux autant et plus d'avantage que pour nous.
Enfin si les alliés ne veulent pas tout à fait oublier leurs déclarations solennelles, que prétendent-ils maintenant? Le seul obstacle qui, selon
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eux, s'opposait à la conclusion de la paix est irrévocablement écarté : rien ne s'oppose plus ainsi à ce rétablissement, et pour arrivera la paix, rien de plus pressant qu'un armistice.
La commission de gouvernement a eu sous les yeux tous les détails que vous avez transmis du langage que vous tient le duc de Wellington; elle désire, messieurs, que vous vous attachiez à distinguer la question politique de la forme du gouvernement de la France, et la question actuelle de la conclusion d'un armistice. Sans repousser aucune des ouvertures qui vous sont faites , il est facile de faire comprendre au duc de Wellington que si, dans l'état actuel des choses, la question politique du gouvernement de la France doit inévitablement devenir le sujet d'une sorte de transaction entre la France et les puissances alliées, l'intérêt général et de la France et des puissances elles-mêmes est de ne rien précipiter et de ne s'arrêter à un parti définitif qu'après avoir mûrement pesé ce qui offrira des garanties véritables pour l'avenir. Il est possible que les puissances elles-mêmes , mieux éclairées sur les sentiments de la nation française, ne persévèrent pas dans des résolutions qu'elles peuvent avoir prises d'après d'autres données. Napoléon n'est plus à Paris : depuis huit jours sa carrière est finie. S'il existait en faveur des Bourbons une disposition nationale, cette disposition se serait manifestée avec éclat et leur rappel serait déjà consommé. Il est donc évident que ce n'est pas le rétablissement de cette famille que veut la nation française; il restera aux souverains alliés à examiner si, en voulant l'imposer à la nation malgré elle, ils n'agiraient pas euxmêmes contre leurs propres intentions, puisqu'au lieu d'assurer la paix intérieure de la France, ils y sèmeraient de nouveaux germes de discorde.
Vous n'avez pas pu vous procurer, messieurs, les proclamations de Louis XVIII. On les connaît ici, et déjà la nature de ces proclamations détruit toutes les espérances que pourrait donner le langage du duc de Wellington. On peut juger par l'esprit qui respire dans ces actes récemment publiés, que le ministère royal actuel n'a pas voulu, ou n'a pas pu empêcher, ce que la nation française pourrait attendre de ce gouvernement.
Au reste, messieurs, vous devez vous borner à tout entendre, vous
devez établir que la France elle-même ne désire que ce qui peut être le plus utile dans l'intérêt général, et que, si elle veut tout autre système que le rétablissement des Bourbons, c'est qu'il n'en est point qui présente autant d'inconvénients et si peu d'avantages.
Vous devez, messieurs, bien répéter au duc de Wellington et au prince Blùcher, que si le gouvernement français insiste avec chaleur sur un armistice, c'est qu'il y voit la possibilité de s'entendre sur les points à l'égard desquels les opinions paraissent le plus divisées; c'est que les communications et les rapports qui s'établiront entre leurs quartiers généraux et nous, les mettront en état de bien apprécier le véritable esprit de la France. Nous pensons particulièrement que le noble caractère du duc de Wellington et la sagesse des souverains alliés ne pourront les porter à vouloir forcer la nation française à se soumettre à un gouvernement, que repousse le vœu bien réel de la grande majorité de sa population.
Dépêche N° 7.
Paris, 2j uillet, 3 heures du matin.
A MESSIEURS LES COMMISSAIRES
Messieurs ,
Je viens de recevoir la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire hier à huit heures et demie du soir.
Cette lettre était accompagnée :
1° De la copie de votre dépêche n° 2 qui nous manquait jusqu'à présent ;
2° D'une proclamation du Roi , contresignée par M. le prince de Talleyrand;
3° D'une autre proclamation du Roi, contresignée par le duc de Feltre;
4° De la copie de la lettre que vous a adressée hier, à sept heures du soir le duc de Wellington.
Comme au moment où Vos Excellences m'ont écrit, elles ne venaient que de recevoir la lettre que leur a portée le courrier Christophe, et que ce n'est qu'après le compte qu'elles rendront de leur première conférence avec le duc de Wellington, que la commission de gouvernement pourra avoir à me donner des ordres ou des instructions nouvelles à leur transmettre, je me borne pour le moment, messieurs, à vous accuser réception de votre dernière dépêche et, en vous réexpédiant le postillon que vous m'avez envoyé, à vous adresser un courrier de plus pour être à votre disposition.
Je demanderai ce matin qu'il vous soit donné , comme vous le désirez, quelques officiers pour votre correspondance.
Je vous prie, etc.
Dépêche N° 8.
Paris, 2 juillet 1815.
A MESSIEURS LES COMMISSAIRES
Messieurs ,
J'ai mis sous les yeux du gouvernement la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire en date d'hier soir. La commission espère que votre conférence de ce matin avec lord Wellington aura enfin amené une suspension d'armes; s'il n'en était pas ainsi, il est de votre devoir, messieurs, de faire sur-le-champ de nouvelles démarches à cet effet auprès de Leurs Excellences le duc de Wellington et le prince Blucher. Je vous ai écrit hier et je suis chargé de vous répéter encore, afin que vous puissiez vous-même le redire à ces deux commandants en chef, que le gouvernement français n'a au fond qu'un seul et unique désir, celui de s'entendre avec les souverains alliés sur ce qui peut véritablement, à l'égard du gouvernement, atteindre le grand but qu'ils paraissent avoir en vue, celui de l'établissement d'un ordre stable tant en France qu'en Europe. La commission de gouvernement a lu avec attention les proclamations de Louis XVIII que vous m'avez envoyées ; elle vous engage à vous en entretenir avec le prince Blucher et le duc de Wellington et d'invoquer leur honneur, leur bonne foi et leur raison sur la nature de ces actes. Vous leur demanderez s'ils peuvent admettre comme possible un accord entre une nation et un prince qui, avant son retour, signale déjà la grande partie de cette nation comme destinée aux persécutions et aux vengeances. Insistez vivement et sans relâche sur une prompte suspension d'armes, cette suspension d'armes ne fûtelle que de quatre à cinq jours. Les explications qui auraient lieu de part et d'autre dans cet intervalle conduiraient peut-être à des moyens de conciliation.
J'attends avec impatience votre réponse sur les nouvelles tentatives que vous allez faire, et j'ai l'honneur, etc.
Dépêche N° 9.
Paris, 2 juillet 1815.
A MESSIEURS LES COMMISSAIRES
Messieurs,
Pour vous mettre en état d'entrer franchement en matière sur la conclusion d'un armistice, la commission de gouvernement me charge de vous adresser trois projets, dont le moins désavantageux est naturellement celui qui devra vous occuper le premier. Vous ne passeriez au second que dans le cas où le premier n'aurait pu être admis, et vous n'arriveriez de même au troisième, qu'après l'impossibilité reconnue de faire adopter le second. Je n'ai pas besoin de vous faire remarquer que les articles dont ces projets se composent ne doivent être énoncés par vous que sous forme de conversations, dans lesquelles vous ne manqueriez pas de saisir tout ce qui pourrait s'offrir de favorable à nos intérêts.
Le premier de ces projets laisserait Paris neutre, et placerait, d'une part, l'armée française, de l'autre, les armées anglaise et prussienne à quinze ou dix lieues de distance.
Le deuxième n'établirait pour séparation, entre les armées respectives, que dans le cours de la Seine , mais avec un rayon de trois lieues autour de Paris, en stipulant aussi la neutralité de cette capitale.
Enfin, le troisième admettrait la possibilité de l'entrée des troupes étrangères à Paris ; mais il serait convenu qu'elles ne pourraient y entrer qu'après la décision des souverains alliés, auxquels il serait envoyé un plénipotentiaire pour connaître leur résolution définitive à cet égard. Pour le cas où ce dernier projet serait mis en discussion, je joins ici
une énumération des points principaux qu'il serait important de faire entrer dans la convention à conclure. Vous jugez sans peine, messieurs, qu'en vous envoyant des articles rédigés on n'entend en aucune manière que vous deviez vous astreindre à telle ou telle forme de rédaction, on n'a voulu, par ces spécifications particulières, que vous indiquer différents articles qui ne doivent pas être omis ; il en est peut-être d'autres qui auront échappé ici et que votre prudence pourra vous suggérer.
La commission de gouvernement ne doute pas que vous ne fassiez un usage discret et mesuré des moyens qu'elle vous donne pour faire avancer rapidement la négociation. Il serait superflu de vous recommander de ménager te terrain pied à pied et de ne rien négliger pour ménager tous nos avantages.
Il est bien entendu que, quel que soit le projet qui sera adopté, la question politique reste entière pour être discutée ultérieurement entre la France et les souverains alliés.
Vous comprenez de vous-mêmes, messieurs, que la première de vos demandes doit être celle d'une suspension d'armes de cinq jours; pour pouvoir régler dans cet intervalle les conditions définitives de l'armistice.
J'ai L'honneur de vous adresser ci-joint copie d'une lettre écrite par M. le duc d'Otrante à LL. EExc. le duc de Wellington et le prince Blùcher.
J'ai l'honneur, etc.
Dépêche N° 10.
Paris, 4 juillet 1815.
A MESSIEURS LES COMMISSAIRES
Messieurs,
Ce matin, à mon retour de la mission qui m'a été donnée dans la nuit du 2 au 3, j'ai eu soin de consulter le gouvernement pour savoir si je ne devais pas vous prévenir de suite que la vôtre était terminée.
Il m'a été répondu que c'était chose faite et même que, d'après votre demande, on avait envoyé à Louvres, pour votre usage, le nombre de chevaux de poste dont vous aviez annoncé avoir besoin. D'après cette réponse j'ai dû vous croire en route et regarder comme superflu de vous envoyer une autorisation que vous deviez avoir déjà; puisque vous désirez, messieurs, une lettre spéciale de moi à cet égard, je m'empresse de vous avertir que la question qui vous occupait ayant été brusquement portée et terminée ailleurs, rien ne s'oppose à votre retour à Paris.
Je regrette que Vos Excellences aient pu être retardées un seul instant déplus que ne l'exigeait le service public ; mais vous voyez, messieurs, que c'est une faute qui m'est tout à fait étrangère. Au reste, je me félicite des relations que j'ai eu l'honneur d'avoir avec vous et de l'obligeance que vous avez bien voulu y porter envers moi.
Je vous prie d'en agréer mes remerciements avec l'hommage de ma haute considération.
FRAGMENTS DE LA CORRESPONDANCE DU MINISTRE DES PAYS-BAS, RELATIVEMENT AUX RESTITUTIONS DE TABLEAUX, ETC.
Cédant aux instances réitérées de M. de Gagera et de Canova, lord Castelreagh consentit à se faire l'organe des réclamations relatives à la restitution des tableaux et objets d'art. Le ministre anglais savait mieux •que personne quel avait été le sens véritable de la discussion qui avait eu lieu à ce sujet, lors de la convention du 3 juillet. Aussi se donnat-il la peine d'énoncer cette réclamation avec des ménagements infinis, et alors fort exceptionnels de la part des négociateurs de la coalition ; preuve manifeste d'un certain embarras de conscience.
Dans cette note, lord Castlereagh disait, entre autres choses: «Le roi de France pourrait-il croire sa considération augmentée, parce qu'il serait entouré de monuments qui ne rappelleraient pas moins les malheurs de son auguste maison que les calamités des autres nations ? Si le peuple français veut sincèrement revenir à des sentiments de justice, peut- il désirer conserver cette source de haine entre lui et toutes les autres nations? Et s'il n'était pas assez corrigé pour éprouver ce sentiment, ne serait-il pas imprudent de flatter sa vanité, et de nourrir les espérances que la vue de ces trophées excite? L'armée peut-elle raisonnablement le désirer? Le souvenir de ses campagnes n'est-il pas d'ailleurs impérissable, etc. »
M. de Talleyrand répondit immédiatement à celte note. Après avoir reproduit l'argument tiré de la distinction radicale qui, selon lui, aurait
dû être admise entre la situation politique de la France en 1815 et celle de 1814 (argument déjà vainement présenté, comme on l'a vu cidessus, par les négociateurs de l'interrègne), il s'attachait à réfuter spécialement la demande relative aux objets d'art.
«Son Excellence lord Castelreagh a, d'un autre côté, posé en fait que les objets d'art ne peuvent pas s'acquérir par la conquête; le ministère du Roi est bien loin de vouloir faire ici l'apologie d'aucune sorte de conquête. Plût à Dieu que le nom et la chose n'eussent jamais existé ! Mais enfin, puisque c'est pour les nations une manière d'acquérir admise par le droit des gens, le ministère du Roi n'hésite pas à dire avec conviction que la conquête d'objets inanimés, dont le seul avantage est de se procurer des jouissances physiques ou, si l'on veut, intellectuelles, est bien moins odieuse que celle par laquelle des peuples sont séparés de la société dont ils sont membres. Il y a à faire, relativement aux objets qui ont été successivement apportés en France, une distinction que l'on paraît n'avoir pas faite. Parmi les pays auxquels la France avait renoncé en 1814, plusieurs appartenaient bien légitimement à elle ou au chef qu'elle avait, et parce qu'ils lui avaient été cédés. Elle a donc pu disposer des objets d'art qui s'y trouvaient lorsqu'elle a renoncé à ces pays ; elle les a restitués tels qu'ils étaient au moment de la restitution, et l'on ne voit point d'après quel droit les puissances voudraient aujourd'hui réclamer des choses qui n'ont pas été comprises dans l'abandon que la France en a fait. Enfin, d'autres objets d'art appartiennent encore à la France, en vertu de la cession qui lui en a été faite par des traités solennels1. Quant aux considérations morales développées dans la note de lord Castelreagh, le ministère a toute raison de croire que le Roi s'empresserait d'y accéder, s'il pouvait ne suivre que son penchant ; mais Son Excellence se trompe s'il pense que le Roi soit aujourd'hui, plus qu'en 1814, en position de le faire, et le ministère ne craint pas d'affirmer que, si, comme il n'en doute pas, toute cession de l'ancien territoire, dans le cas où le Roi y consentirait, lui serait
1 Notamment celui de Tolentino (1797), qui avait été, à cette époque, un acte de haute sagesse et aussi de magnanimité du général Bonaparte vis-à-vis du gouvernement pontifical.
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imputée à crime, celle des objets d'art ne le serait pas moins et serait peut-être plus vivement ressentie, comme blessant plus vivement l'orgueil national. »
Ce fut à la suite de cette réponse que lord Wellington intervint à son tour, et que- la discussion définitive sur cet objet commença entre les représentants des grandes puissances.
Paris, 15 août 1815.
Pour achever ma ronde, je me suis transporté au grand bureau
des alliés. J'y ai vu lord Castelreagh. Je venais de lui adresser cette note ci-jointe sur les tableaux, rédigée par M. Fabricius, qui sera suivie d'une seconde sur les estampes et livres. Je l'ai interpellé tout doucement : « Aurons-nous bientôt nos tableaux, etc. — C'est une affaire que nous discutons. — Cependant, si je suis bien informé, les Prussiens se sont déjà mis en possession de ce qui leur revient. — Les Prussiens n'ont pas plus de droit que vous. Mais croyez- vous que la chose est pressée, ne vaudrait-il pas mieux la faire dépendre de l'arrangement général? etc. « Du reste, il convenait, avec affabilité, que tout cela était volé.
Protocole n° 36, du 17 août. 11 a été lu une note du ministre du roi des Pays-Bas .. Cette demande tient à la revendication d'objets d'art. Cette question sera examinée incessamment dans son ensemble, et dans les différentes distinctions qu'elle exige. 11 a donc été arrêté que cette réclamation ne pourrait pas être décidée isolément...