GARANTIES RÉELLES
On commence par l'examen des garanties de ce genre. Elles pourraient consister dans les suivantes :
A. Resserrer les limites assignées à la France par le traité de Paris.
CAPITLLATION DE PARIS. 325
B. Lui enlever la ligne de défense qui garantit ses frontières, ou en détruire les fortifications.
C. La priver de tout le matériel de son état militaire et en détruire les sources.
D. Frapper la nation d'une forte contribution pécuniaire, qui la mette pour longtemps dans l'impossibilité de se relever de la crise actuelle.
Les puissances alliées, en prenant les armes contre Bonaparte et ses adhérents, n'ont point considéré la France comme un pays ennemi.
Maintenant qu'elles occupent le royaume de la France, elles ne peuvent donc y exercer le droit de conquête.
Le motif de la guerre a été le maintien du traité de Paris, comme base des stipulations du congrès de Vienne. La fin de la guerre ne saurait donc exiger la modification du traité de Paris, et celles qui s'ensuivront nécessairement pour toutes les transactions subséquentes.
Gonséquemment, si les puissances alliées devaient, dans les circonstances, exercer en France le droit de conquête, il faudrait nécessairement qu'un nouveau traité déterminât au préalable les motifs de ce changement de système et en fixât les principes ; mais ces motifs et ces principes seraient en contradiction avec ceux qui ont été consacrés par le traité de Paris et par toutes les stipulations de Vienne.
Ces stipulations, en effet, ont eu pour but de reconstruire les États respectifs sur une échelle propre à rétablir un juste équilibre en Europe.
En portant atteinte à l'intégrité de la France, il faudrait revenir sur toutes les stipulations de Vienne; procédera de nouvelles stipulations territoriales ; combiner un nouveau système d'équilibre. Cette opération difficile et peu analogue aux principes libéraux qui caractérisent la politique des grandes puissances, provoquerait une divergence dans la conduite uniforme qu'elles ont suivie jusqu'ici, et de laquelle seule les peuples attendent leur repos.
Les alliés ont reconnu le roi de France durant l'usurpation de Bonaparte. Il vient d'être replacé sur le trône par la force de leurs armées. Il est donc de leur justice autant que de leur intérêt d'affermir l'auto-
rite de ce monarque, et de l'aider du concours de toute leur puissance à fonder sur un intérêt général et national la force morale de son gouvernement.
Ce serait détruire dès son principe la restauration de cette monarchie, que d'obliger le Roi à consentir à des concessions qui donneraient au peuple français la mesure de la méfiance avec laquelle les puissances alliées envisagent la stabilité de leur propre ouvrage.
Affaiblir directement les forces de la nation française pour l'obliger à respecter le gouvernement que l'Europe veut reconnaître comme légitime, c'est dire à la France qu'un gouvernement légitime est pour elle une calamité; c'est justifier, peut-être, aux yeux de la postérité, toutes les horreurs de la révolution ; c'est faire croire à la France que la guerre n'est pas encore terminée ; c'est engager les puissances à se tenir en mesure de la faire avec succès.
Ces considérations et celles qu'on pourrait aisément en déduire donnent la juste valeur politique de toutes les garanties qui appartenaient exclusivement à cette classe.