‹ Histoire de la dernière capitulation de Paris, rédigéee [!] sur des documents officiels et inéditsChapitre 54 sur 63 · HISTOIHE DE LA DERNIÈRE · texte numérisé non relu

HISTOIHE DE LA DERNIÈRE

de la nation française. Bonaparte, l'objet principal de l'un et des autres, est en leur pouvoir. Le Roi est censé gouverner légitimement la France. Néanmoins les armées alliées vont prendre des cantonnements. On travaille à un système d'administration destiné à pourvoir à leurs subsistances pendant un long espace de temps. Des divergences momentanées, provoquées par l'ascendance du pouvoir militaire, font croire que quelques-unes des armées alliées se considèrent en pays ennemi.

Le silence des cabinets glace les esprits, autorise les méfiances, alarme une nation ivre d'orgueil et d'amour-propre, et capable encore d'une grande énergie, double ses souffrances, peut exciter en elle le désespoir.

Il est donc urgent que les cabinets s'expliquent catégoriquement avec le gouvernement français sur les garanties qu'il se propose de lui donner.

A cet effet, il paraît nécessaire :

1° De se concerter sans délai sur ces garanties et de les déterminer de commun accord ;

2° D'entamer une négociation formelle avec le gouvernement français, afin de les lui faire adopter ;

3° De consigner le résultat de cette nouvelle négociation dans un traité qui serait stipulé avec les puissances alliées et la France, et de donner en conséquence de ce traité une déclaration par laquelle, en annonçant la fin de la guerre, on déterminerait les rapports de la France avec les puissances signataires du traité du 25 mars.

On pourrait objecter ici qu'il serait imprudent d'aborder ces questions avec le gouvernement français, tant que plusieurs forteresses sont encore au pouvoir de leurs garnisons, et tant que l'armée n'est pas licenciée et dissoute. Cette objection porte essentiellement sur la crainte d'une réaction de la part de l'armée, du gouvernement et de la nation.

L'armée et la nation se prêteront aux vues des alliés, si ces vues se bornent à procurer à la France une constitution solidement établie et propre à rallier tous les partis; dans ce cas, le gouvernement ne peut que seconder les intentions des alliés. Cette réaction ne saurait donc

avoir lieu toutes les fois que les prétentions des alliés seront conformes aux principes et aux conditions sur lesquels repose leur alliance.

D'ailleurs, peut-on supposer que le gouvernement concoure à mettre les alliés en possession des forteresses tant qu'il ignore leur système politique à l'égard de la France? Dissoudra-t-il l'armée pour se placer dans un état de nullité absolue, et pour souscrire à toutes les lois que la force voudrait lui imposer?

L'ensemble de ces considérations démontre qu'en gardant un silence qui provoque et autorise toute espèce d'appréhensions, les alliés n'obtiendront pas ce qu'ils semblent désirer, c'est-à-dire la faculté de tout pouvoir et de tout obtenir sans compromettre la sûreté de leurs armées et la liberté de leurs communications.

De plus grands détails sur le mode de combiner les garanties morales et réelles, et d'en déterminer les proportions, ne sauraient trouver place dans ce mémoire.

Càpodistrias.

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