CONSÉQUENCES DE LA CHUTE DU PAGANISME EX OKIE.NT
en Abyssiiiie ' les fondements d'un empire chrétien qui subsiste encore de nos jours. Plus tard, il se forma de même, par l'influence de Justinien, un royaume chrétien en Nubie ^. Les Blemmyes, peuplade voisine, reçurent le christianisme peu de temps après ^ De l'autre côté du golfe Arabique, un ambassadeur de l'empereur Constance obtint, en 350, du roi des Homérites, l'autorisation de Ibnder une église en Arabie ^ ; et sous Valens, une autre tribu de Sarrasins, conduite par la princesse Mavia, demanda et reçut le baptême ^
Bientôt, il est vrai, une nouvelle religion, sortie de cette dernière contrée, supplanta le christianisme, non seulement en Arabie, en Perse, en Mésopotamie, mais encore dans la plupart des provinces de l'empire grec et dans la plus grande partie de l'Orient. Mais cette religion, quelle étaitclle? D'où venait-elle, où avait-elle puisé le principe fondamental de sa doctrine? Ne sait-on pas que, si Mahomet conçut pour son pays natal le plan d'une réforme religieuse fondée sur le dogme de l'unité de Dieu, ce fut pendant le cours de ses voyages en Syrie, dans le commerce des juifs
' Rufin., Hist. Eccl., X, 9. Socr., [, 19. Sozom., II, 24.
2 Neander, Kirchen-Gesch., t. % p. 179. Asseman., Bibl. Orient., t. 2, p. 330. — Les Nubiens, selon Lelronne, rerurenl le clirislianisme peu après l'expédilion de Nurses dans la haute Egypte (Acad. des Inser., t. 9, p. 16-4, ann. 1831 ; 1. 10, p. 19i, anu. 1833).
3 Letronne, ibid., t. 9, p. 169; 1. 10, p. 207. Les recherches de cet illustre savant, dont la France et l'Europe déplorent la perle, ont jeté le plus grand jour sur ce qui concerne l'établissement du christianisme dans la haute Egypte, en Ahyssinie, en Nubie et chez les peuples voisins. Voyez de même Dujcich et Franz, Corp. Inscr. Griuc, t. 3, p. 487 et suiv.
* Philostorg., III, 4. Sylvesire de Sacy, Mém. sur l'origine de la littérature parmi les Arabes (Acad. des Inscr., t. 50, p. 288). ^ Theod., IV, 21.
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et des chrétiens, dans nos saints livres, eiitui, qu'ils lui avaient fait connaitre, qn'il avait appris à ne plus révérer au ciel quun seul être souverain ? Jamais, sans cloute, malgré ses heureuses facultés, Mahomet n'eût renoncé de lui-même à ridohîlrie; sans la Bible, jamais il n'eût éciit le Coran; s'il n'eût vu le paganisme extirpé dans un empire voisin, jamais il n'eût conçu le projet de l'extirper lui-même en Arabie, ni ses califes dans le reste de l'Orient.
Dès lors, les conquêtes musulmanes , qui semblaient devoir porter tant de préjudice à la bonne cause, touriièrenl plutôt à son protit. A la tète de ces populations iH'Iliqueuses, que Mahomet avait su le premier réunir sous nu même drapeau, les califes réussirent à détruire l'idolâtrie dans tous les lieux de leur domination, et propagèient leur monoihéisme bien plus loin que ne l'eu.ssent fait les empereurs et les missionnaires grecs. Mais, je le ré|)ète, c'est de l'empire grec que leur était venue la première impulsion; aucune des grandes choses qu'ils accomplirent ne se lût accûnq)lie, à cette époque du moins et de celte manière, si Mahomet n'eût eu, sur les contins de son f»a)s natal, le imMlèic (riiii Klal où l'idolâtrie venait d'èlre abolie, et où l'unilé' nalioiiale «'•lait loiidée sur le dogme de l'unité de Dieu.
C'est ainsi que ce dogme sublime et bienfaisant, base [iremièrc de toute \éiité religieuse, après a\oir été adopté pu les NaiiKiueurs de l'Orient et du Midi, aussi bien «pie par (-eux de l'Orcident et du Nord, demeura debout sur les deliiis de l'anciemie ciNilisatioii, et devint le principe de il( ii\ eisilisations nouvelles, <pii, par leur loree evten^ive, rofil .1 leur |iiij|- |ti(ipa;^e jiis(|U ;ill\ e\li eiiiites de l'uni\ers.
^1 doiii . aujuiii il hiii. ^IM iieul ( l'iils iiiillion> d lialti laids,
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que l'on compte sur lu face du globe, soixMute millions de chrétiens grecs et cent quarante millions de musulmans tiennent levé, en Orient, l'étendard du monothéisme, en même temps que deux cents millions de chrétiens, tant catholiques que protestants, le tiennent levé en Occident ' ; si le polythéisme, qui, à l'avènement de Constantin, couvrait encore de ses sectateurs la presque to»talité du globe, n'en tient plus guère aujourd'hui sous sa domination que la moitié, c'est la conséquence plus ou moins directe de la révolution religieuse qui, il y a douze ou treize siècles, le lit succomber dans les deux portions de l'empire romain.
De combien d'autres progrès cet unique progrès n'a-t-il pas été la source ! Que l'on compare seulement l'état social, moral, mtellectuel des nations qui invoquent encore plusieurs dieux, avec celui des peuples qui professent aujourd'hui le monothéisme !
Nous sommes loin de croire, assurément, que ce monothéisme soit arrivé au degré de pureté capable de lui faire porter tous ses fruits. Sans parler du fatalisme musulman, si contraire au libre développement de l'activité et de la pensée humaines, le théisme des nations chrétiennes ellesmêmes est encore mêle de beaucoup d'imperfections, et c'est en partie le sentiment de ces imperfections qui, tantôt plonge les âmes dans l'indiflcrence, le scepticisme ou l'incrédulité, tantôt les jette dans les écarts du panthéisme. iMais le Dieu qui a déjà détruit tant d'erreurs, dissipé tant
' Nous suivons ici l'évalualiou de Wiggers CKirclil. Slatist. Haint). 1842, t. 1, p. 2t, 22, nol.). Celle de Ik'ighaiis donne à peu près la môme pi(ipor:ion. Sur 1272 millions d'Ii.iltilanis qu'il compte sur le ginlie, il fait monter les juifs, les chrélicnsol li-s niusulniaiis réunis il 586 millions, et les polylhéi&les a (JSO ;lMi>sical. Allas, 7^' Lief., 1848, dernirre carie).
de nuages ; qui , dans notre Europe, a successivement fait disparaître toutes les formes de polythéisme, depuis la plus grossière jusqu'à la plus raffinée, et appelé la moitié des hommes à la connaissance de son unité, se fera connaître à eux, nous n'en doutons point, d'une manière toujours plus parfaite, dans la plénitude de sa majesté inlinic, dans ladorable faisceau de ses perfections, dans les voies admirables de sa providence, enfin, dans les trésors de sa bienveillance et de sou amour; et, par cette révélation de plus en plus intime de sa divine essence, guérira peu à peu les jilaies de notre pauvre humanité.
Hùc ades. omne hominiim geims; hîic concurrile et vrbes! Lux immensa vocat ; faciorem noscite vestrum ' .'
' Prudent., In Symraacli., lib. "l, v. 18:2.