RÉFORMES DE PJERR Ë- LE-GRAND
la Russie dans le libre développement de ses tendances, de ses destinées et de sa grandeur.
Cette armée considérable et si bien écfuipée comptait un excellent corps d'ingénieurs, surtout un corps d'artilleurs extrêmement capables, et dont la plupart étaient, comme on le pense bien. Européens. Dans ces régiments eux-mêmes, c'est extraordinaire comme on voyait d'Européens dans les grades supérieurs. Dans rénumération des régiments existant vers l'an 1699, et consignée dans le journal déjà cité, nous trouvons dans la division du générial Âvtenom Golowin, cinq colonels étrangers, allemands ou anglais, sur huit, les frères Treydel, Bolmann, Fliwerk et Bilce; dans la division du général Weyd, sur huit autres colonels qui en commandent les huit régiments, un seul est Russe ; tous les autres, les frères Delden, les frères Balk, Yaunger, Verden et Alexandre Gordon, sont aussi Allemands ou Anglais, et le général lui-même est un étranger ; dans la division du général prince Repnin on peut faire la même remarque, et il est probable que dans les régiments de dragons de Schnewentz et de Goultzo, qui sont mentionnés dans le même tableau, au-dessous de ces deux colonels on devait, voir beaucoup d'officiers également d'origine européenne ; enfin le corps de troupes qui se trouvait à Novogorod, avait pour commandants deux étrangers, dont l'un, Romain Bruce, était Anglais. On le voit, le personnel était européen, comme la manière de combattre, comme les armes, comme les décorations, comme l'uniforme. Il n'y avait pas jusqu'à l'usage de se faire la barbe.
que Pierre-le-Grand ne voulût introduire en Russie à la place des longues barbes asiatiques ; il n'y avait pas jusqu'au tabac dont il ne tolérât Tusage, malgré une loi formelle de l'Oulojénîe (1) qui punissait Fimportation de cette plante du knout, de la torture, de la fente des narines, de la perte du nez, suivant le nombre des contraventions ; malgré aussi l'opposition et les imprécations des prêtres russes, qui se plaignaient que les soldats, fumeurs novices et mal appris, venaient fumer jusque dans les églises. En un mot, tout ce qui faisait plaisir aux Européens, tout ce qui pouvait servir à les retenir ou à les attirer, avait immanquablement son approbation. Une guerre avec une puissance européenne, avec la Suède, par exemple, qui fermait comme on sait à la Russie la Baltique, pouvait éclater maintenant, la Russie était prête.
Première marine russe.
La fondation d'une marine européenne avait marché parallèlement avec la formation d'une armée de terre. Pierre I" avait été frappé, dès qu'il avait pris lui-même le timon des affaires, de l'isolement commercial de la Russie en Europe. Gela tenait à deux causes, d'abord à ce que la Russie manquait de vaisseaux, ensuite à ce qu'elle n'avait encore d'autre port qu'Arkanget, situé sur une mer la plupart du
(i) ScbœU, t. y, Ht. th, ch. xrui.