RÉFORMES DE PIERRE~LE-GR AN D
après avoir constaté leurs talents. Cette colonie ouvrière, il la fit aussitôt transporter au port d'Arkangel par le Royal-Transport. Burnet nous dit, dans son histoire, qu'il tenait du czar Pierre que tous ses efforts tendaient alors vers un seul but : il voulait construire une flotte immense sur la mer d'Azoff, et chasser, à son profit, de l'Europe, le mahométisme ottoman comme il avait achevé d'en expulser le mahométisme tartare (1). Mais, chose remarquable, Bùrnet ne le croyait pas capable de mener cette entreprise à bonne fin. En Angleterre, comme plus tard en France, le grand homme échappa; on n'aperçut pas le génie qui civilise une nation et qui fonde des empires., sous les manières brusques, sous le ton peu distingué et la simplicité toute militaire de l'illustre voyageur. « Il paraissait, dit Burnet, destiné par la « nature plutôt à être charpentier de vaisseaux que « grand prince. » Burnet sans doute lui aurait prêté un esprit plus élevé, s'il avait su qu'au moment de quitter Moscou, il avait fait partir pour l'Italie Boris Tchérémétieff avec de jeunes boyards, leur recommandant de s'instruire dans cette patrie des arts, à Venise, où Tchérémétieff quitta le premier, de luimême, la longue robe russe pour prendre le costume européen, à Rome, à Naples, à Malte enfin, oii le grand-maître lui donna la croix de son ordre ; s'il avait su que ce voyageur aux rudes manières allait à la rencontre des nobles russes, Golowin, Dolgorouky, qui revenaient, plus éclairés, de quelque
.1) Burnet, Hisl de mon Temps, l. II.
grand voyage en Europe, et les faisait monter à côté de lui dans sa voiture, disant publiquement qu'il voulait honorer en eux, à la face de toute la Russie, le savoir, les lumières, la distinction (1) !
Continuation de ses établissements maritimes après son retour.
De retour à Moscou, il ne tarda pas à fonder, non loin d'Azoff, le port de Taganrok; ensuite, mais beaucoup plus tard, îl créa pour les jeunes nobles une école de marine appelée l'école des cadets de marine. 11 acheva la flotte en construction et il l'augmenta : il eut trente vaisseaux de ligne, un nombre proportionné de frégates et autres bâtiments, et des matelots expérimentés. Parmi ses marins, plusieurs même étaient Russes, comme Apraxin, qui, après la mort de Lefort en 1713, fut fait amiral : en sorte que Pierre I" pouvait espérer que la Russie, formée par les étrangers, pourrait un jour se passer d'eux, et que les instituteurs des Russes seraient décidément remplacés par leurs élèves (2). Cette flotte imposante, il la réunit à AzoiT et il se tint prêt à marcher sur Constantinople, sur l'ancienne
Tzaragrad Mais auparavant il fallait achever
une guerre qui avait éclaté dans le nord et qui exigeait le concours de toute l'armée de terre. 11 fallait forcer aussi les portes de la Raltique. La flotte, même
(1) Ségur, HisL de Pierre-le^Grand,
(2) Ségur, ibid, et Journal de Pierre -le- Grand,