RÉFORMES D£ PI £ BB E-LE-GRAND
près des cours de F Europe, il voulut aller étudier Tart nautique sur les lieux mêmes où il était le mieux entendu. Le prince Féodor Romanowitz tint sa place en son absence, et Patrice Gordon commanda les armées et veilla sur les Strélitz, qui ne furent cassés qu'à la suite de ce voyage. Il avait avec lui deux cents personnes, toutes habillées aussi à l'allemande (1). Il partit en 1&97. Il alla droit à Amsterdam, d'où il se rendit aux chantiers de Saardam. Là, il travailla de ses propres mains à la construction des vaisseaux ; et Lévesque, qui avait composé son chapitre sur Pierre-le-Grand en Russie, dans le palais des Menchikoff et dans la chambre même où le czar venait souvent dîner avec ce favori, dit avoir vu , dans le cabinet de l'Académie des Sciences de Saint-Pétersbourg, son habit de matelot et ses gros bas de laine, dont les mailles étaient en partie cachées par les reprises qu'il avait faites lui-même (2) . Et remarquons bien qu'il travailla non pas en amateur, mais comme ouvrier ; qu'il était inscrit comme tel dans le chantier de Saardam, et que, de plus, pour mieux cacher l'incognito, il vivait comme s'il était de cette classe, poussant l'égalité jusqu'à faire avec ses camarades de dégoûtantes orgies (3). Les loisirs que lui laissaient ses travaux, il les consacrait à étudier l'anatomîe chez le célèbre Boerhawe, et l'histoire naturelle dans le muséum du bourgmestre Witsen.
11 ne resta pas longtemps à Saardam. La vue de
(4) Lévesque, t. IV, p. 251. (2) /Wrf, p. 257. (3) Schœll, t. XXXV, scct. m.
quelques vaisseaux anglais de haut-bord lui donna l'envie d'aller promptement étudier la construction anglaise, qu'il avait toujours admirée. Il arriva à Londres en 1098. En Hollande, dans une république, il n'avait pas voulu se faire connaître ; il se fit connaître en Angleterre, dans une monarchie. Le savant évêque de Salisbury, Burnet, qui nous a laissé une histoire très-estimée de son temps, fut chargé par Guillaume 1 II et Marie de satisfaire la curiosité du czar sur les matières politiques et religieuses qui pourraient l'intéresser. Guillaume III lui donna le spectacle d'un combat naval et lui fit présent d'un yacht richement orné, nommé Royal-Transport^ sur lequel ce roi avait coutume de passer en Hollande (1). De Londres, Pierre I" alla se loger à Deptford, dans une maison située près du chantier royal, et c'est là qu'il apprit la construction anglaise, d'après un plan et des proportions mathématiques (2). Les résultats qu'il obtint le transportaient d'une joie telle, qu'il regrettait tout le temps passé en Hollande, et qu'il disait souvent que s'il n'était pas czar de Russie, il voudrait être amiral anglais. Il fit connaissance avec l'amiral Thomas Osborne, qu'il vit souvent; il connut aussi un habile architecte nautique, Antoine Dean, dont il attacha le fils à son service. Fergusson, bon géomètre écossais, et John Perry, habile ingénieur anglais, consentirent aussi à le suivre. Avec eux se trouvait une foule d'ouvriers, qu'il avait vus à l'œuvre et qu'il avait recrutés partout oii il était passé,
(1) Lcvosque, ihid, p* 261. (2) Schœll, tWrf.