‹ Histoire de la diplomatie slave et scandinaveChapitre 39 sur 57 · PIERRE-LE-GRAND ET CONSTANTINOPLE · texte numérisé non relu

PIERRE-LE-GRAND ET CONSTANTINOPLE

à regard des chrétiens faisaient au gouverDement des finances très-prospères. Il s'en fallait beaucoup que les Suédois, quoique aussi habiles que les Turcs dans Tart de la guerre, les égalassent en force matérielle. Pierre-le-Grand ne Tignorait pas; il savait bien que, tôt ou tard, avec ses inépuisables armées et ses trésors toujours abondants, il en viendrait à bout, c Le

< czar, dit M. de Grimarest, ne songeait qu'à tuer

< ou à prendre des Suédois, et il ne s'embarrassait « guère de perdre des Moscovites (1). » Voilà pourquoi il avait attaqué d'abord la Suède. S'établir à Constantinople fut, pour lui, une affaire tout à fait secondaire et qui se présenta à son esprit dans un avenir encore lointain : il s'en occupa pourtant, et fit même prendre à cette question un aspect qu'elle n'avait pas eu jusqu'à lui. Voyons ce qu'il fit et quel résultat obtinrent son habileté et ses efforts.

Germes de ruine dans Pempire turc.

Ce qui devait miner l'empire turc et causer tôt ou tard sa chute en Europe, du moins quand l'âge du fanatisme serait passé, c'étaient la haine elles ressentiments de la race grecque, et, en général, des races chrétiennes vaincues, opprimées, persécutées. C'est là ce qui facilitait les succès, soit des Vénitiens, soit des Autrichiens contre les Ottomans. iLes Morlaques

(1) Campagnes de Charles XII, t. IV, p. 185.

278 LIfRE QUATRIÈME*

« et les Albanais, dit Hammer, étaient pour les Yé- « nitiens ; les Clémentins et les Serviens pour la cour c de Vienne (1). » Le grand-vizir Mustajdia-Goaprouli, qui était au pouvoir au moment où Pierre-le- Grand avait commencé à gouverner seul et par luimême, c*est-à-direvers Fan 1690, était convaincu de cette vérité, c 11 comprenait, dit le même historien, < que la tyrannie des Ottomans à T^ard des chrétiens « devait inévitablement amener la ruine de Tempire. « 11 voulut, en conséquence, que Ton confiât les gou- « vernements de Morée, de Moldavie et de Yalachie, « à des princes chrétiens. Il était partisan de ce sys- « tème (2) . » Cela se fit comme il le désirait ; et, néanmoins, telle était la haine des chrétiens contre leurs vainqueurs musulmans, qu'il n'en obtint pas, comme nous le verrons, de très-grands fruits.

Pierre I*' entre dans une ligue contre les Turcs. Paix de Carlowitz,

en 1698.

Pierre I" vit bien tout le parti qu'il pouvait tirer de ces dispositions des chrétiens grecs à l'égard des Turcs, et les espérances qu'il pouvait fonder sur la conformité de croyances religieuses entre les Russes et cette malheureuse nation. Il savait que les Grecs, pour cette raison, n'étaient pas éloignés d'accepter

(1) De Hammer, Hist, de V Empire ottoman^ t. IV, p. 242.

(2) Ibid.

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