‹ Histoire de la diplomatie slave et scandinaveChapitre 4 sur 57 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

VieUHiltudee de l^emplre danois Jiuiqu^au Récès de Calmar, i49S.

Effrayante étendue de l'empire créé par TUnion de Calmar, mais fragilité de cette Union.

C'était un empire immense que celui que venait de créer l'Union de Calmar : le Danemarck possédait le Juthland avec le Sleswick et le Holstein, tenus en fief de la couronne danoise, les iles de Sééland, Fionie, Odensée, et les autres îles entre le Cattégat et la Baltique, Bomholm avec des prétentions sur Gothland, et enfin la Scanie, c'est-à-dire les préfectures actuelles de Malmoë et de Christianstad. La Suède, moins grande qu'aujourd'hui au sud et plus étendue au nord, comprenait la Gothie, à l'exception du pays des Scaniens, la Suède propre et le Nordland, auquel on avait réuni la Laponie presque tout entière, et la Finlande depuis le golfe de ce nom jusqu aux rivages de la mer Blanche, avec les îles d'Oland et d'Aland, Quant à la Norwège, elle s'étendait depuis le Scager-rack jusqu'au cap Nord, sur plus

de trois cents lieues de côtes, et elle possédait, au delà des mers, les îles Orcades et Shetland au nord de TÉcosse, les îles Feroër, l'Islande, et enfin le Groenland. Qui aurait pu, dans le nord, tenir tête à un tel empire? Nul doute que tous les États dont la mer du Nord ou là Baltique baignait les côtes, et qui avaient, en totalité ou en partie, leurs intérêts sur ces mers, la Néerlande, la Ligue Hanséatique, l'Ordre Teutonique, la Russie même, n'eussent subi son ascendant et peut-être un jour sa domination. Ni l'empire germanique, avec son anarchie féodale qu'un pouvoir électif était incapable de dominer, ni la Pologne, avec son aristocratie républicaine et si remuante, n'auraient pu empêcher' cette immense prépondérance et l'auraient même à leur tour subie. Par malheur, les Suédois et les Danois, supposé même le plus grand respect pour leurs susceptibilités nationales, se haïssaient trop pour marcher longtemps d'accord ensemble. Les uns avaient pour aïeux les Goths, qui, autrefois et les premiers d'entre les Barbares, avaient pris Rome et tenu entre leurs mains la destinée de l'orient et de l'occident ; les autres étaient plus particulièrement les descendants de ces farouches Northmans, race avide et ambitieuse qui, après des pirateries, communes, du reste, à tous les Scandinaves, avaienteu, eux aussi, en France, en Angleterre, en Italie, en Sicile et pendant les Croisades, leur part de gloire et de renommée : ces deux peuples étaient donc rivaux de gloire, et il n'était guère probable qu'ils pussent vivre éternellement sous l'autorité d'un même roi. Il aurait fallu pour cela qu'il ne

VICISSITUDES DE l'eMPIRË DANOIS. 3S

tint en aucune façon, ni par son origine, ni par des liens de parenté, à Fun des royaumes unis ; que ce roi fût complètement et constamment un étranger. Au contraire, les choses avaient été réglées par la prévoyante ambition de Marguerite de manière que les premiers rois au moins de T Union fussent de la même famille ; et cette famille était danoise plus que suédoise, cette famille devait aimer le Danemarck plus que la Suède, penser avant tout au Danemarck , et, sous le nom trompeur d'Union, établir la suprématie du Danemarck et préparer peu à peu sa domination sur toute la Scandinavie : c'en était assez pour que les Suédois ne se souciassent pas longtemps de rester fidèles à une Union qui pouvait cacher un piège pour leur nationalité. D'ailleurs, à défaut de cette antipathie réciproque, de cette jalousie, de ce passé plus ou moins glorieux, que chacun d'eux voulait pour son compte continuer et où chacun puisait peut-être l'espoir d'une rénovation brillante , les Lubeckois, les Hanséates n'étaient-ils pas là pour exciter les Suédois contre le Danemarck, puissance maritime rivale, pour ne livrer aux Suédois, qu'à cette condition, et le sel et le houblon qui, en l'absence de vignes, leur était indispensable?

Exécution du noble suédois Brôderflson. Mort et portrait de Marguerite, 1412. Conséquences de ces deux ^aits au point do vue de TUnion.

Ainsi l'Union ne pouvait guère durer. Peu s'en fallut même que, du vivant de Marguerite, les Sué-

dois n'en rompissent les fragiles liens, à l'occasion du supplice d'Abraham Brôdersson, qui pourtant était loin d'être sans reproche.

Comme Bô-Jonsson, dont nous avons parlé sous le règne d'Albert de Mecklembourg, Brôdersson était un noble suédois que Mai^erite avait élevé au-dessus de la noblesse et dont la fidélité pouvait lui garantir celle d'un grand nombre d'autres seigneurs. Mais il était accusé d'avoir exercé de mauvais traitement sur des femmes. Eric, qui ne l'aimait point, voulut qu'il fût poursuivi, et Brôdersson, jugé, fut condamné à mort. Marguerite s'opposa en vain à l'exécution de cette sentence, dont elle prévoyait le mauvais effet parmi la noblesse : Eric, qui ne pouvait plus supporter d'être en tutelle, et qui tenait à faire acte d'émancipation, interposa sa volonté royale, et Brôdersson fut décapité. Ce que Marçuerite appréhendait arriva : les adversaires de l'Union, exploitant le mécontentement de la noblesse, se mirent à crier à la tyrannie, et elle eut bien de la peine à contenir dans le devoir les amis et les parents nombreux du noMe supplicié.

Un mouvement antifédéral fut arrêté ; mais Mai^uerite vit bien que la raideur entêtée d'Éric ne convenait pas au caractère facilement irritable des Suédois, et qu'elle allait lui confier un dépôt qui se perdrait entre ses mains. Cette perspective Taffligea à un tel point que sa santé ne tarda pas à en être sensiblement affectée. Un jour, après une courte guerre dans le Holstetn, dont les comtes ne se UHmtraient pas assez soiunis, elle se trouvait au port de Flensborg, dans le Sleswick, sur le point de partir pour Copenhague; déjà

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