‹ Histoire de la diplomatie slave et scandinaveChapitre 3 sur 57 · I. Les premiers articles avaient pour biit d'assurer · texte numérisé non relu

I. Les premiers articles avaient pour biit d'assurer

la perpétuité de l'Union contre les velléités capricieuses d'un État particulier. Il y était dit h ce sujet qu'aucun royaume ne pourrait se donner un roi sans en être d'accord avec les antres royaumes unis, sous peine d'encourir la guerre de la part des États avec lesquels il aurait refusé de se concerter, comme ayant violé le pacte fondamental.

II. L'élection seule devait faire les rois ; mais, pour éviter les lenteurs et les conflits qu'une trop grande latitude dans les choix pouvait occasionner, et qui compromettraient par l'irritation des partis l'existence de l'Union, Marguerite y fit apporter quelques restrictions, empreintes de cette ambition de famille qui, dans son objet, se confondait avec la grandeur du Danemarck, sa patrie. « Si Dieu, disait le texte de « l'Union, accorde au roi Éric plusieurs fils, un seul <r sera élu. Si le roi ne laisse que des filles, un fils de « l'aînée sera élu. Mais, à défaut de celui-ci, les États « nommeront en commun le personnage de qualité « qu'ils croiront le plus digne. » Ainsi, tout en conservant le droit d'élection, les Scandinaves étaient inféodés à une famille qui, pouvant se consolider par les bienfaits de son gouvernement, par la force de l'habitude, par l'effet seul du temps, et se regardant avant tout comme danoise, aviserait à river en Scandinavie les chaînes de la suprématie du Danemarck.

m. I/Unîon reposait aussi, comme nous l'avons fait pressentir, sur le respect des lois et des institutions locales. Les trois royaumes voulaient bien rester uuis, mais sans cesser de former des États distincts.

sans se mêler, sans se. fondre dans la puissante uniformité d'une seule et grande nationalité. Ce n'était pas là l'arrière-pensée de Marguerite. Mais, se contentant de fonder Y Union , elle laissait à ses successeurs le soin difficile et délicat d'effacer peu à peu et à la longue les traces des coutumes respectives des royaumes Scandinaves, et d'amener par l'unité législative la fusion salutaire des races. Or, après la royauté, quelles étaient les institutions particulières de chacun d'eux? Partout le pouvoir royal était contrôlé par des assemblées nationales dans lesquelles figurait déjà, en Suède, depuis l'an 1319, l'ordre des paysans : car en Suède, ainsi qu'en Norwège, la noblesse ne s'était pas formée par conquête, comme chez les autres races eurq)éenues, et ses prérogatives n'étaient pas attachées au sol. Ce n'était pas une classe altière d'anciens conquérants régnant du haut de leurs châteaux sur de faibles vaincus, ne payant ({ue des aides et non des impôts, ne devant le service militaire que pendant quarante jours, et, après, n'ayant plus rien à démêler avec le suzerain ; c'était une noblesse d'origine royale ou administrative, une noblesse sujette et ne prétendant pas tenir ses terres, ses titres, ses privilèges, son existence, de Dieu seul et de son épée. Rien n'y sentait la féodalité et son immuable appareil de classifications et de droits ; tout, au contraire, y rappelait la vie patriarcale et plus équitable des clans d'Ecosse ou des tribus arabes, et il n'y avait pas jusqu'aux noms propres qui n'en fussent comme l'attestation et l'écho. Ils ne se tiraient pas d'une terre; ils se formaient, comme chez les an-

ciens Hébreux et encore aujourd'hui comme chez les montagnards écossais et les Arabes, par Taddition de la particule son au nom paternel : Ericson, ou fils d'Éric; Gustavson, fils de Gustave ; comme en Ecosse Mac-Grégor, fils de Grégor; et, en Arabie, BeinHafsoun, fils d'Hafsoun. De là la liberté et même les privilèges politiques des paysans. Soumis à une noblesse territoriale et féodale, les habitants des campagnes, en Danemarck^ étaient serfs, et les portes de la cité politique ne pouvaient être ouvertes, dans ce pays, à ceux qui y attendaient encore les droits et les avantages civils. Aussi^, dans la diète danoise comme dans les états provinciaux de Scanie, du Juthland, de Sééland, de Fionie, n'y avait-il que trois ordres, comme dans la plupart des autres royaumes européens, et il en était de même dans le Slesvrtck et le Holstein, obéissant à des ducs particuliers, mais relevant des rois de Danemarck. La constitution de la Suède était donc, sous ce rapport, la plus libérale. Toutefois, ce contrôle de la nation assemblée ou du principe démocratique n'y était pas permanent, pas plus que dans le reste de la Scandinavie ; aucune loi n'avait encore établi la périodicité de cette intervention nationale dans, les affaires du pays. Un sénat à vie, c'est-à-dire l'élément aristocratique, y suppléait, A ainsi cet ordre, loin de former en Scandinavie un pouvoir intermédiaire entre la nation et le roi, entre la liberté et l'autorité, servant d'appui à celle-ci plutôt que d'arme à l'autre, y paraissait comme un rempart public des droits de tous, et spécialement des privilèges des grands contre les empiétements de la

royauté. Les membres de cette assemblée suprême et à un cerliaîn degré tutélaire, personnellement moins^ puissants quand ils étaient très-nombreux, avaient acquis une importance individuelle immense depuis que la fameuse peste de 13/i8, qui fit aussi tant de ravages en France, avait si fort éclairci les rangs de la noblesse.

Telles étaient les institutions communes à chacun des trois royaumes Scandinaves. L'état politique de la Suède offrait en outre quatre grandes charges, particulières à ce pays : 1° celle de Lagman, ou Thomme de la loi, qui présidait à Tadministration supérieure de la justice; 2* celle de Chancelier, organe du roi dans les assemblées et apposant le sceau à ses ordonnances; 3° celle de Grand-maréchal ou de Connétable, intendant suprême de la maison du roi et grand-maître des cérémonies; &"" enfin, la dignité de Drost ou de premier ministre, qur, vers la fin du treizième siècle, avait remplacé celle de larl, trop puissante, trop gênante pour la royauté dont elle cumulait tous les pouvoirs, semblable à celle des maires du palais chez les Mérovingiens, et contenant les germes d^un même avenir si elle n'eût été à temps supprimée.

L'Union de Calmar garantit le maintien de toutes ces magistratures ou dignités. « Le roi, y était -il dit, « gouvernera chacun des trois royaumes, conformément à ses lois particulières et d'après l'avis du sénat de chacun d'eux. » Et, pour plus de sûreté, d'autres clauses portaient, « que les charges de gou- « verneurs, de magistrats, de généraux, d'évêques,

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ft y seraient remplies dans chaque État par des oatiou naux, que les troupes y seraient également na- «tionales, et qu'enfin le roi ne pourrait tenir « garnison que dans trois villes, Nikoping, Calmar « et Stockholm. » L'argent même d'un État ne pouvait être d'aucune manière employé aux dépenses de l'autre, et la part pour laquelle chacun d'eux figurait dans les revenus du roi, lui devait, autant que possible, revenir en consommation ou être exclusivement dépensée dans son sein.

Cet isolement jaloux et ombrageux n'existait pas pour les alliances et les guerres, pour tout ce qui intéressait la défense générale. La solidarité réciproque était ici un des principes de l'Union. Seulement il était dit, quant aux alliances, qu'elles ne pourraient se contracter que d'un commun accord, et que les volontés du roi à cet égard passeraient sous le prudent contrôle des sénats particuliers de la Scandinavie ; et, quant à la guerre, l'entretien des troupes fédérales était à la charge de l'État quiavait réclamé leur appui.

Enfin, les royaumes unis avaient droit d'extradition ]es uns chez les autres, et aucun d'eux, en offrant un inviolable asile aux criminels, aux conspirateurs, aux proscrits, ne pouvait devenir un foyer de révolution, un danger, une menace pour ses confédérés voisins (1).

Il ne manquait à cette Union, pour kâ donner un gage plus sur encore de perpétuité, qu'une diète

(1) Puffendoriï, I. V, I. v, p. 162, et Dumont, Corps univ. diplomatique, t lli.

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scaDdinave semblable à celle de Calmar et remplacée daos rintervalle de ses réunions par une commission fédérale. Il est probable que c'est Marguerite qui ne voulut pas léguer à ses successeurs ce contrôle d'une assemblée périodique où l'élément norvégien et suédois aurait eu constamment la supériorité du nombre sur l'élément danois et aurait pu gêner considérablement les projets centralisateurs de ses successeurs. Une grande assemblée de la Scandinavie aurait conservé en effet à l'Union son caractère de confédération d'États libres, et eût empêché toute fusion, toute uniformité législative, toute tentative d'unité nationale étendue aux trois royaumes Scandinaves. Mieux valait, pour l'accomplissement ultérieur des vues de Marguerite, des vues qu'elle transmit aux rois de l'Union et qui avaient pour objet la grandeur du Danemarck, mieux valait n'avoir à compter qu'avec trois sénats séparés, dont l'un était un auxiliaire tout prêt, et les autres, peu d'accord enlr'eux, offraient en outre une aristocratie ecclésiastique dévouée d'avance au pouvoir. Mais qu'en résulta- t-il ? c'est que les successeurs de Marguerite, se croyant tout permis à la faveur de cette absence de contrôle fédéral et poussés par leurs conseillers danois, indisposèrent les autres États de l'Union et particulièrement la Suède, le plus susceptible des deux, et perdirent une œuvre que Marguerite elle-même leur avait laissé la faculté d'outrepasser.

En attendant, ce monument du génie politique et

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profond d'une femme, excita une admiration générale, et le surnom de Sémiramis du Nord consacra rétonnement de l'Europe et ne flt que devancer celui de la postérité (i ) .

(1) Scbœll, Hist. des Etals européens^ t. XI, ch. 29, p. 6 ; Kocb, Tableau des Révolutions de l^ Europe, t. I, période Ô*", p. 275 ; Mallet, Histoire du Danemarck, I. IV; Eyriès, de l'Institut, id., 5« période, p. 50 à 100 ; Geyer, Hist, de Suède, ch. y, p. 81 et suiv.; Pufiendorff, Introd. à VHxsi. iintr., t. V, p. 162 à lOS; t. IV, liv. lY, p. 207 à 212.

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