‹ Histoire de la divination dans l'antiquité (volume 2)Chapitre 115 sur 149 · REALITE OBJECTIVE DES SONGES · texte numérisé non relu

REALITE OBJECTIVE DES SONGES

arrive même parfois que les dieux en personne, ou les âmes des morts avant qu'elles soient entrées dans THadès, prennent la place de ces ombres artificielles et formulent directement leurs conseils ei leurs désirs. C'est ainsi qu*Athénà apparaît en songe à Nausicaa et à Télémaque ', et que Patrocle vient demander à Achille de hâter ses funérailles*. Dans ces apparitions oniroscopiques, les dieux gardent ou échangent à leur gré contre une autre leur forme naturelle. Athênè parle à Nausicaa sous la figure d'une des compagnes de la prin-* cesse, et elle se laisse, au contraire, reconnaître par Télémaque. La religion hellénique invoqua souvent, en faveur de son anthropomorphisme, des visions de ce genre, et put garantir par là la vérité des représentations divines qu'elle offrait à la vénération des croyants. Ainsi, au v« siècle, le sculpteur Onatas refit la Démêternoire des Phigaléens d'après un modèle aperçu en songe*, et, plus lard, Parrhasius se vantait d'avoir dessiné de la même manière son Héraklès de Lindos*. L'apparition des types divins en songe était un argument dont la philosophie atomistique elle-même tint grand compte, et qui parut bon encore àopposer aux chrétiens *.

Homère ne dit pas d'où vient ce peuple de songes qui attendent, sur l'autre bord de l'Océan, les ordres des dieux ; mais le9 poètes postérieurs ne pouvaient manquer de combler cette lacune en leur créant une généalogie. Pour Hésiode, les songes sont fils de la Nuit et frères du Sommeil. « Nyx, ditil, enfanta le cruel Destin et la Kôre noire et la Mort; elle enfanta aussi le Sommeil et engendra la race des Songes". » Cette donnée fut développée par l'imagination facile desmy-

sont toujoarâ, en fait, fabriqués à nouveau, et que les légendes concernant le séjour des songes et les portes de sortie ne sont que « des Tues théoriques. » — i) HoM. Odyis,, VI, 13 ; XV, 10. — 2) Hom. lliad , XXill, 63. — 3) Pausan., VIIÎ, 42, 7. — 4) Athex. Dcipnos, XIF, § 62. Anthol. Palat. Append,, 60. — ) Mlncc. Feux, Ocfar., !. Voy., ci-dessus, p. 40. — 6) Hesiod, Theog.j 2H.

thographes. D'après la légende qu'expose Ovide \ les songes habitent le palais du Sommeil, leur père, au pays des Cimmériens. Parmi eux, le poôte distingue Morphée, qui prend à son gré toutes les formes humaines (\»>o^) ; Ikelos ou Pbobêtor, qui revêt toutes les formes animales, et Phantasos, qui copie la nature inanimée. Lucien, décrivant File des Songes, située dans TOcéan occidental, la trouve gouvernée par le roi Sommeil ayant pour satrapes Taraxion et Plutoclès, âls de Phantasion*. Ainsi, dans le symbolisme naïf de la tradition hésiodique, les Songes sont ou frères ou enfants du Sommeil, qui est lui-^méme âls de la Nuit.

Une autre tradition, représentée principalement par Euripide', fait des Songes des enfants de Gœa, la Terre, mère commune de tous les êtres, et les représente comme des génies aux ailes noires qui s'envolent la nuit des régions souterraines où ils sont confinés pendant le jour. On disait même que Gaea les envoyait porter ses révélations aux mortels, pour se venger d'Apollon qui avait cru la réduire au silence en . prenant sa place à Delphes et en invoquant les sévérités du maître de l'Olympe contre l'oniromancie de Gsea, aussi bien que contre la cléromancie d'Athênè*. Dans ce mythe ingénieux se combinent des théories et des faits qui appartiennent à l'histoire de la divination. Gaea, source de toute science comme de toute vie ; l'antagonisme symbolique entre les songes nocturnes et Apollon-Soleil, ainsi que l'antago* nisme réel entre les oracles apolliniens et les méthodes rivales, tout cela est exprimé d'un trait, avec la concision propre au langage m}i,hique. Les scoliastes ont été assez mal inspirés en étouffant cette légende sous un commentaire destiné à la* rapprocher du mythe hésiodique et à montrer que les Songes, engendrés par le Sommeil, sont cependant les flls de la Terre,

i) OviD. Metam., \{, 633 sqq. ^ 2) Lucian. Ilist. ver.^ 11,32. — 3) Eoripio. Hec., 70 sq|. — i) Eokip. iphig. Tuur.y 1261 sqq. S-.hol. Hom. Hiai. H, 71.

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