‹ Histoire de la divination dans l'antiquité (volume 2)Chapitre 118 sur 149 · INCUBATION · texte numérisé non relu

INCUBATION

tenir de lui des songes nocturnes, en vérité et avec mémoire*. » Certaines prières passaient aussi pour procurer des songes. Une recette gréco-égyptienne pour obtenir des songes consiste à dessiner sur du byssus, avec du sang de caille, un dieu à tête d'ibis et à l'invoquer au nom d'Isis et Osiris. La magie ne s'arrête pas en si beau chemin. Elle trouve des recettes pour envoyer des songes à telle personne que désignerait le magicien. On trouve, dans des papyrus gréco-égyptiens, une recette d'un certain Agathoclès. Ce sont des phrases mystiques écrites sur une tablette que Ton met dans la gueule d'un chat noir. Un autre « oniropompe, » de Zminis le Tentyrite, consiste en une figure humaine, ornée de quatre ailes, dessinée sur un linge avec accompagnement de mots cabalistiques*.

Se préparer à être visité par des songes, soit par la sobriété soit par le jeûne, par la prière ouïes enchantements, c'est aller au-devant delà révélation, ce n'est plus observer, mais expérimenter. Il n'y a qu'à régulariser le procédé et à l'entourer de rites liturgiques pour obtenir Vincubation {l^oi[ai9iç — i-pcXwtç JpordbcXioiç). L'iucubation diffère de l'oniroscopie ordinaire en ce qu'elle implique, de la part du consultant, une préméditation et un acte préparatoire. Si cette méthode prêtait à la critique en ce sens qu'elle ne soumettait à l'action divine que des esprits préoccupés, en revanche, elle facilitait singulièrement la tâche de l'interprète. Le songe était alors une réponse directe à une question bien définie, et une réponse donnée par un dieu dont on connaissait le tempérament, les habitudes, le langage accoutumé. Le consultant pouvait même se passer d'interprète en stipulant à l'avance avec le dieu les signes conventionnels qu'il attendait de lui. « Un malade, dit Artémidore, convint avec Sérapis que, s'il en

\) Bullett. Instit. [Rom.], 1862, p. 39.—. 2} Voy. Leemans, Papyrigraeci Mus, Antiqq, publ, Lugduni Baiav,^ 48^3. Cf., dans la Préparation évangélique d'Eusèbe (XIV, 12), la recette à employer pour Toir Hécate en songe.

devait réchapper^ le dieu lui secouerait en songe la main droite ; sinon, la main gauche^ » Sérapis jouaau plus fin avec son client en lui faisant secouer la main droite par Cerbère; mais, le malade une fois mort, on s'aperçut que le dieu était cependant resté fidèle à la convention, car l'acte du chien infernal ne pouvait signifier que le contraire du même acte fait par le dieu guérisseur.

Généralement l'incubation avait lieu dans les temples, où cette coutume créait par là même un oracle. Les Grecs n'ont eu, pour établir leurs oracles oniromantiques, qu'à suivre l'exemple des Égyptiens et des Chaldéens*. Us paraissent même s'être contentés en cela d'imiter, ce qui explique l'âge relativement récent des oracles desservis par cette méthode. Nous aurons occasion d'étudier celle-ci dans la pratique en dénombrant les oracles de Dionysos, de Pluton, d'Âsklêpios, de Sérapis, de Pan, de Pasiphae, d'Hemithea, d'Amphilochos, d'Amphiaraos et, en général, les oracles héroïques. L'incubation sur les tombeaux, imaginée dans le but de voir en songe les âmes des morts, a été la première et aussi la dernière forme de la nécromancie, que l'analyse .retrouve du reste au fond de l'incubation en usage dans les oracles héroïques. Il a suffi de remplacer les Songes, fils de la Terre et du Sommeil, par les ombres des défunts pour obtenir une variété adoucie de la divination nécromantique.

Mais il serait inopportun d'insister ici sur des rapports qui ne vont pas jusqu'à supprimer toute distinction entre l'oniromancie proprement dite et les rites lugubres de la nécromancie. Quelle qu'ait été la manière dont les songes ont été obtenus, l'observation ne fournit, dans la plupart des cas, que des symboles, des signes qui doivent être soumis à une exégèse méthodique. Là commence le rôle de Vonirocritique.

i) ÂRTEMiD., V, 92. ~ 2) Sur Tincubation chec les Chaldéens, voj. F. Lv* NORMANT, la Divination chez les Chaldéens, p. 430 sqq.

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