‹ Histoire de la divination dans l'antiquité (volume 2)Chapitre 119 sur 149 · COMPÉTENCE DE L*0NIR0CRITIQUE · texte numérisé non relu

COMPÉTENCE DE L*0NIR0CRITIQUE

§ II. — ONIROCRITIQUE

Compétence universelle de ronirocritique ; ses rapports avec la tératoscopie . — Origines de cette science . — L'interprétation des songes dans Homère : les songes véridiques et les songes trompeurs. — Élaboration irrégulière de ronirocritique^ — Les tables ou clefs des songes. — Compétence des oracles. — Les devins libres : Antiphon, Aristandre de Telmesse, Artémidore de Daldia et ses Onirocritica , — Caractère pratique du traité d' Artémidore . — Distinction entre les rêves et les songes fatidiques. — Classification des songes, les uns théorématiqueSy les autres aUégoriquea , — Visions et auditions théorématiques. — Allégories propres, étrangères, communes, publiques, cosmiques. — Classification qualitative des songes au point de vue de Teffet direct ou inverse. — Classification quantitative des songes au point de vue de l'intensité de l'effet. — Date approchée de l'échéance. — Caractère personnel et variable de l'exégèse onirocritique . -* Comparaison de ronirocritique avec les autres méthodes divinatoires, particulièrement avec la méthode mathématique. — L'onirocritique spécialement appliquée & la divination médicale. — - Recettes pour détourner l'effet des songes. — Respect des philosophes pour la divination oniromantique.

L'interprétation des songes était un art difficile qui résumait en quelque sorte Part divinatoire tout entier. En effet, toutes les observations, toutes les expériences sur lesquelles les autres méthodes fondent leurs conjectures peuvent être reproduites par les songes. Le songe peut montrer à celui qu'il obsède des oiseaux fatidiques volant ou jetant leur cri dans l'espace, des rencontres heureuses ou funestes, des entrailles marquées d'indices révélateurs, des sorts cléromantiques, des ombres qui parlent et dont le langage doit être interprété tantôt dans le sens littéral, tantôt dans un sens anagogique quelconque; de sorte que le devin onirocritique* doit connaître la signification exacte de tous les présages réels utilisés par

1) ''Ov&ipoxp(ti]ç, 6vfii^ie6Xo{, 6vstpo(id[vn{, ^veipooxàffoçy lvuicvioxp(Tf)c, coi\jectory somniorum interpres, nocturnae imaginis augur {Oyid. Amor., III, 5, 54). Ontroeritiqua est employé tantôt comme adjectif, tantôt avec la valeur d*un substantif, dvcipox^Tixfj (té/vr)).

la man tique pour être à même d'en interpréter, suivant la méthode qui lui est propre, l'image projetée dans le champ du rêve. II doit être surtout préparé à pénétrer le sens des prodiges les plus opposés aux lois de la nature ou même au sens commun. Si les prodiges sont rares dans le monde des réalités, il sont, au contraire, le fond commun de presque tous les songes. L'intelligence des visions oniroscopiques exige donc une science approfondie des signes prodigieux, et il n'y a pas de meilleur tératoscope qu'un bon onirocritique». Aussi l'auteur d'un traité sur la matière, Artémidore, a-t-il la plus haute idée de l'art qu'il enseigne. Il en parle avec respect et même avec onction. C'est qu'à la science l'onirocritique doit joindre encore la discrétien et les plus rares qualités du cœur, s'il veut être réellement le médecin des âmes et parfois des corps, le conseil des imaginations anxieuses et le confident des plus secrètes pensées.

Les Grecs n'avaient pas cherché bien loin les origines de leur onirocritique : ils la disaient révélée ou inventée soit par Prométhée', soit par Amphictyon' ou Amphiaraos*, sans trop se demander s'ils ne l'avaient pas reçue toute faite de l'Egypte ou de l'Orient. Ils sentaient bien cependant que, sur ce point, ils avaient beaucoup à apprendre de leurs voisins, et que la Grèce n'était pas le pays des plus habiles interprètes de songes. Ils reconnaissaient volontiers la compétence exceptionnelle des devins de Telmessos, en Carie, ville «très-religieuse, j> qui était comme un vaste oracle*, ou celle des Galéotes d'Hybla, en Sicile*. Mais leur paresse ingénieuse supposait que Telmessiens et Galéotes descendaient de deux fils de l'Apollon grec, et que les deux héros éponymes étaient

i) a. Plin., vu, 56, 203. Dioc. Laert., II, 46.— 2)iEscHYL. PromelL, 483. — 3) Pj.iN., vil, 56, 203. — 4) Pausan., J, 34, 5. -^ 5) Hebod., î, 78. Cic. Divin., I, 41. Plin., XXX, \, 2. Arwan. Anab., I, 25, 8. Tertull. De i4n.,46. Clem. Alex. Strom., 1, p. 361 (Oxon>. Ecseb. Praep, Evang.^X, 6, 3.— 6)Cic. Divin,, I, 20.

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