CLASSIFICATION DES SONGES
sonnes ou objets évoqués par Timagination, il fallait en apprécier la qualité et la quantité.
Artémidore paraît peu satisfait des rapports vagues d'oîi ses prédécesseurs ont fait dépendre la détermination de la qualité. Ces rapports, dont certains faiseurs de classifications ont aperçu jusqu'à deux cent cinquante, se ramènent à six idées fondamentales ou élémentaires (otoixera) : celles de nature (^ànç), de loi (v6jjLoç), de coutume (?0o;), de profession ou d'arf ("^x^)> de nom («voiia) et de temps (xp<5voO*. On prétendait donc qu'un songe était heureux ou malheureux, suivant qu'il se trouvait enharmonie ou en désaccord avec ces notions, prises comme critérium. Mais on s'expose de cette façon à bien des méprises. Un potier rêva qu'il battait sa mère; il semblait pécher contre la loi, et cependant il fit fortune en battant et pétrissant notre mère commune, la terre. Aristide, le jurisconsulte, allait toujours vêtu de blanc; malade, il se vit habillé de même sorte. Le songe paraissait conforme à sa coutume particulière et, par conséquent, heureux. Pourtant Aristide mourut, car, au-dessus doses habitudes personnelles, il y avait la coutume générale qui fait mettre les morts dans des linceuls blancs.
Il résulte de ces exemples, non pas que la méthode est mauvaise, mais qu'elle est d'une application diiïicile. Artémidore, qui semble en faire fi, s'en sert à chaque instant. Rien de plus fréquent^ chez lui, que des interprétations modifiées suivant les coutumes locales, les habitudes particulières, les professions, ou fondées entièrement soit sur le sens, soit sur le caractère heureux ou malheureux des mots ou noms. Il déclare lui-même qu'à moins de circonstances particulières, les songes conformes aux mœurs locales sont heureux et ceux qui rappellent des coutumes étrangères, malheureux^. Ainsi, rêver qu'on a la tête rasée est un présage fâcheux; mais le
I) Arteiiid., I, 3; IV, 2. — 2) ârtemid., I, 8.
même présage est heureux pour les prêtres d'Isis et les histrions, qui ont Phâbitude de se raser de la sortes De même, si un médecin parle de médecine en rêve, l'effet du songe est pour son interlocuteur, tandis qu'il serait pour le médecin luimême, si la conversation avait roiîlé sur la jurisprudence*.
En tout cas, le système qu'il préconise exclut tout critérium fixe pris en-dehors du songe, et n'aboutit qu'à déterminer les rapports de qualité entre le songe et son effet. Ces rapports sont au nombre de deux, le direct et l'inverse'. Un songe peut être heureux en soi, dans sa forme (xaià to hx6ç) et heureux dans son effet (xatà tb ixt6ç) ; malheureux en soi et malheureux dans son effet ; mais il peut être aussi heureux dans sa forme et funeste dans son effet, ou, au contraire, d'aspect menaçant et d'effet heureux. C'est au devin à juger du caractère du songe d'après la fortune ou les habitudes, ou la préoccupation, ou l'âge des clients*. Un homme rêve qu'il est décapité : mauvais présage s'il a des parents ou des âls à perdre; mais s'il est sous le coup d'une accusation capitale, il en sera quitte pour un supplice imaginaire, attendu qu'on ne peut pas être décapité deux fois*. Se voir mis en croix passerait à première vue pour un pronostic fâcheux, mais si le songeur est prêt à s'embarquer, cela signifie qu'il sera heureusement porté par le bois de son navire ; s'il est pauvre, qu'il sera élevé au-dessus de sa condition; s'il est esclave, qu'il recouvrera la liberté, dont la mort est très-souvent le symbole*.
L'onirocritique ne doit pas oublier non plus qu'un songe complexe peut être heureux et malheureux en même temps'.
Avec de pareilles règles, il est impossible de jamais trouver la théorie en défaut.
L'appréciation des songes au point de vue de la quantité
. i) Artehid., I, 22. — 2) Artemio., IV, 33. — 3) Aetemid., I, S. Cf. LucAif. Phars., VII, 21. — 4) Abtfvid., IV, 21. — 5) â&temid., I, 35. — 6) AaiEiiiD., II, 53— 7) Artemid., IV, 65.