RECETTES DECLIN ATOI RES Î^S
conseils vagues des recettes précises, capables de «paralyser» les présages funestes*. Aussi fut-elle souvent délaissée pour des pratiques occultes, pour des dieux étrangers, moins avares de promesses*. Elle transigea elle-même avec ces superstitions du dehors, accueillant, dans les plus respectés de ses cultes, les rites des purifications (Ka^«pjiof). Mais elle n'alla pas plus loin et garda le silence sur des questions pareilles à celle que nous agitons en ce moment.
Aussi est-ce en-dehors d'elle que se sont élaborées certaines recettes propres à détourner l'effet des songes malheureux. « Les anciens, dit le scoliaste de Sophocle, avaient coutume, après un songe malheureux, de le raconter dès le matin au soleil, afin que celui-ci, qui est contraire à la nuit, rendît l'événement opposé au songe '. » Nous voyons en effet Tlphigénie d'Euripide raconter au soleil un songe qu'elle a eu*. Les Romains, en pareil cas, prenaient Vesta pour confidente '. D'autres avaient recours à des purifications analogues aux Katharmes; ils se lavaient dans l'eau, surtout dans l'eau de mer, chaude. ou froide, ou se roulaient dans la boue'. Plutarque, qui voudrait conserver le culte national dans sa pureté et sa simplicité originelle, déplore ces ridicules emprunts faits aux superstitions barbares. « Redoutez-vous un fantôme do songe?... faites venir la vieille sorcière qui purifie les gens en les frottant de drogues ; plongez-vous dans la mer, passez des jours entiers assis par terre. Vous avez inventé de vrais maux de Barbares, ô Hellènes... Vous avez accrédité les immersions dans la fange et dans la bourbe, les observations du sabbat, les pratiques qui consistent à se jeter la face contre terre, à s'accroupir honteusement, à professer des adorations étranges^.»
i) Fnlgence traduit le terme ^capaXiSatç, employé en ce sens, par evenluum immutatio (Fclg. Mijth., 111, 40). — 2) Plut. Legg., X, 15, p. 520. — 3) Schol. SopH. Electr.f 424. — 4) Eurip. Iphig. Taur.f 43 sqq. — 5) Propeht. Eleg., IT, 29, 27. — 6) Schol. Aristoph. 7?an., 1340. 1378. — 7) Put. De mperstit,, 3.
Les partisans de la religion nationale avaient beau faire ; les aberrations dont il se plaignaient tenaient à une lacune de cette religion elle-même qui, en favorisant le développement de la divination, s'obligeait par là même à fournir les moyens de lutter contre la destinée, et qui, cependant, laissait ses fidèles désarmés en face de l'avenir. Le génie rationaliste de la Grèce avait fermé trop tôt Père des créations religieuses; celles-ci étaient restées incomplètes et on ne parvenait à les étayer qu'avec des matériaux disparates, empruntés à rOrient. Celui qui ne se sentait pas assez d'énergie pour opposer à de sinistres présages la ferme volonté d'agir en homme libre ou le souci du devoir, qu'un Hector déclare « le meilleur des auspices, » allait noyer ses mesquines terreurs dans les purifications orientales. Une religion ne peut retenir autour d'elle les âmes vulgaires, modelées sur le type moyen de l'humanité, qu'en mettant à leur disposition des garanties palpables de bonheur, des symboles matériels derrière lesquels elles se croient protégées contre les assauts du dehors et, au besoin, contre leur propre conscience.
L'histoire de la divination tout entière démontre avec la dernière évidence que le sentiment plie la raison à ses exigences et que les illusions aimées n'ont pas besoin de preuves. La vogue ininterrompue de l'oniromancie est d'autant plus digne d'être notée, à ce point de vue, que ce genre de divination, dépouillé de toute solennité extérieure et réellement populaire dans la pleine acception du mot, était soumis, tous les jours et pour tout le monde, au contrôle de l'expérience. Les innombrables déceptions éprouvées par les clients des onirocritiques pendant des siècles n'ébranlèrent pas la foi dans le caractère surnaturel des songes, et l'on répéta dans tous les âges ce qu'Ammien Marcellin dit après tant d'autres, que:« la certitude des songes serait entière et indubitable, si