‹ Histoire de la divination dans l'antiquité (volume 2)Chapitre 143 sur 149 · LE TREPIED ET LES SAGES · texte numérisé non relu

LE TREPIED ET LES SAGES

seul digne do le posséder', N*y a-t-il pas là un vague souvenir d'une transformation des rites divinatoires opérée vers cette époque à Delphes? Ce trépied imaginaire' ne représente-t-il pas le trépied prophétique qui, depuis lors, servit d'instrument à la sagesse d'Apollon f

La révélation par l'enthousiasme serait donc née durant cette période indéterminée où la Grèce aimait à placer le groupe de ses Sages, c'est-à-dire dans le cours du vu* siècle. A ce moment, l'oracle de Delphes redouble d'activité : les colons qui vont implanter la civilisation grecque sur tous les rivages de la Méditerranée ne partent que munis de ses conseils et guidés par ses délégués. Si Pytho n'est pas le « nombril de la terre, » il devient réellement le centre du monde grec.

A qui s'étonnerait qu'une innovation aussi récente ait pu passer, un siècle plus tard, pour une institution archaïque, la réponse est facile. Pour comprendre combien il ftit aisé aux prêtres de Delphes de donner un air d'antiquité à des rites dont ils avaient seuls la garde et la propriété, à des cérémonies abritées par l'ombre du sanctuaire, il n'y a qu'à considérer avec quelle' facilité les légendes naissent en pleine lumière et s'accréditent, altérées par une infinité de variantes, au milieu de ce monde remuant, affairé, avide de nouvelles et plus ami des fictions agréables que de la vérité toute nue. On ne compte pas moins de vingt-deux noms dans les diverses listes des sept Sages et, sur ces vingt-deux personnages dont nous avons le nom,le portrait et radresse,bon nombre ne sont que des êtres mythiques improvisés par la légende. L'ima-

i) Les auteurs anciens répètent à l'envi, avec yariantes, cette anecdote célèbre. Voy. Plutarch. Solon, 4. Dioo Lacrt., I,27-32.yAL. Max., IV, t, H. ScHOL. ÂHiSTOPH. Plutus, 9. Equît., i016. — 2) Ce trépied avait été, suivant la légende, fabriqué par Héphœstus, donné par lui À Pélops, transmis ainsi à Ménélas et jeté à la mer par Hélène ou par son ravisseur. Les uns le disaient à Delphes, les autres à Thébes ou àMilet. C'est précisément parce qu*il n'était nulle part qu'on était libre de le placer partout.

gination, si réj^lée pourtant, des Dorions de Sparte a peut-être créé d'instinct le type de Lycurgue. La légende a envahi la biographie de Solon, d'un homme qui a vécu sous les yeux du public, et elle a accumulé tant de merveilles dans celle de Pythagore qu'on en vient à se demander si le philosophe dé Samos, le contemporain de Pisistrate, n'est pas, lui aussi, un mythe. Il n'y eut jamais peut-être de temps plus fertile en fictions que l'époque des sages. C'est l'ère des philosophes Scythes, des thaumaturges, purificateurs, prophètes hyperboréens ou crétois, autant de personnages qui se promènent dans le champ de l'histoire et se mêlent même aux événements les plus marquants, sans qu'on puisse dire si ce sont des hommes ou des ombres.

Il n'y a donc pas lieu de s'étonner que le sacerdoce pythique ait réussi à mettre en circulation des légendes destinées à effacer la trace du passé réel, remplacé par une histoire fictive dans laquelle se perdait l'origine de la mantique enthousiaste.

Cette étonnante mobilité d'esprit, cette prodigieuse facilité à travestir et à improviser des traditions, nous servira de même à expliquer la forme que prit l'agitation religieuse provoquée dans le monde grec par la vogue de l'oracle pythique rajeuni. Le miracle permanent ne pouvait s'installer ainsi en un lieu vers lequel toute la Grèce tournait les yeux sans que l'admiration universelle n'engendrât l'émulation. L'oracle étant, avant tout, le conseiller et le protégé des Doriens, l'Ionie lui oppose bientôt des traditions rivales. En face de la Pythie, l'imagination ionienne place la Sibylle, qui passait pour avoir enseigné à la Pythie elle-même l'art de prophétiser en vers. Les prêtres de Delphes, en adoptant le dialecte ionien et l'hexamètre, avaient rendu par avance plus croyable cette revendication, qui est le point de départ de l'histoire si compliquée des sibylles. En même temps, les sectes

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