LA DIVINATION ET LA PHILOSOPHIE
Opinions et théories philosophiques concernant la divination. — Philosophes mystiques : Pythagore et Empédocle. — Les physiciens de rionie : Thaïes. — École d'Élêe : Xênophane de Colophon. — Heraclite* <— Anaxagore. — Les sophistes. -* Euripide -^ Dêmocrite et la théorie des images. — Socrate et la philosophie nouvelle. — Les cyniques, les cyrénalques et Técole de Mégare. -^ Platon : sa théorie de la mantique. — Théorie naturaliste d'Aristote., — Lutte des opinions : intervention des comiques. — Les stoïciens : théorie éclectique et complète de la divination. — Négations radicales d'Épicure. — Le scepticisme académique : Carnéade. — Transaction acceptée par les stoïciens : Panétius de Rhodes; Posidonius d'Apamée. — Opinions des Romains : Cicéron et le Traité de la Divination, — Renaissance du mysticisme : les néo-p3rthagoriciens. — Alexandre Polyhistor; P. Nigidius Figuius; les deux Pline ; Suétone ; Tacite. — Plutarque ; ses écrits en faveur de la divination. — Retour offensif du scepticisme .: Œnomaos de Gadare ; Sex. Empiricus; Lucien. — Triomphe définitif du mysticisme : Celse; Maxime de Tyr; Apulée; Philostrate et la Vie d'ApoUoniuê de Tyane. — Les néo-platoniciens : Plotin; Porphyre et sa collection d'oracles; lamhlique et le livre Des Mytères, — École d'Athènes : les derniers néo-platoniciens, Plutarque d'Athènes et Proclus. — Intervention de .la polémique chrétienne; fin de Thellénisme.
En abordant Pétude des opinions philosophiques ^ qui ont trait directement à la théorie de la divination, nous replaçons au cœur même de notre sujet le point de vue d'où nous avons à considérer les divers systèmes. Lorsque nous cherchions à constater les progrès de la pensée théologique, nous n'avions pas à nous préoccuper de la foi des poètes en la divination, foi qui est restée chez eux à l'abri du doute et dont la poésie ne pouvait se passer', mais de la réaction produite par cette
i) V. Eo. Zeller, Philosophie der Griechen, 5 vol. in-8. Leipzig, 1844-1876. [M. Ë. Boutroux publie de cet excellent ouvrage une traduction dont le premier volume a pam. — Paris, Hachette, 1877.] — 2) Il ne faut point sa méprendre -sur le sens de certains passages où les poètes semblent dénier à rhomme le pouvoir d-) connaître l'avenir. Quand ils disent que Fesprit
foi sur la doctrine parallèle de la fatalité. La mantique était admise comme une science réelle, journellement appliquée; elle était le point de départ et non le point d'arrivée des explorations auxquelles elle conviait les Muses. La théologie poétique cherchait seulement à concilier la science surnaturelle de l'avenir, qui suppose l'avenir fixé, avec le but pratique de la divination, dont l'utilité est nulle si le futur ne renferme pas au moins un élément conditionnel sur lequel puisse agir Tinitiative de l'homme. Avec les philosophes, le problème est renversé. Nous avons à considérer daps quelle mesure leurs systèmes, fondés sur des données rationnelles, ont pu admettre la foi traditionnelle en la divination. La raison ne relève ici que d'elle-même ; elle n'est pas liée à un dogme qu'elle n'a pas produit et qu'elle peut, par conséquent, accepter ou rejeter après examen.
La philosophie pythagoricienne offre une transition commode entre la théologie, à laquelle elle doit toute la partie pratique de -son enseignement, et la science, à laquelle elle tient par ses spéculations mathématiques. La foi à l'indémontrable et l'usage de la raison pure se rencontrent et se juxtaposent sans se pénétrer au sein de cette école qui a introduit dans la connaissance un dualisme aussi tranché que celui de Kant.
Il n^est pas facile de suivre dans le détail les doctrines pythagoriciennes relatives à la mantique, mais on peut dire que la secte se trouvait portée par ses tendances mystiques à tout accepter de la foi populaire ^ Des gens qui prétendaient entendre dans le son du bronze l'âme ou génie qui
de Zeas est inaccessible aux mortels (cf. Hbsiod., Theog.^ 1075; 0pp. et Dies., tëZ\.Fragm,f iii\ Pindar. Fr.y 39; Solon, #V., i7; iEscHTL. Suppl^ 86, 1056; SOPBOCL. Fr. ine,, 686), ils entendeot qae la révôlation est un don gratuit et qne nal ne peut connaître la pensée dn maître sans son agrément. Ils aoceptentla divination et repoussent la magie dirinatoire. — 1} Mavtud^victev ttitfv. (Dioo. Ubet., VIII, 34.)