‹ Histoire de la divination dans l'antiquité (volume 2)Chapitre 23 sur 149 · THEORIE ATOMISTIQUE · texte numérisé non relu

THEORIE ATOMISTIQUE

Il se sentait moins lié par la logique de son système visà-vis de la divination inductive, qui procède par interprétation hypothétique des signes extérieurs. Il la transformait simplement en conjecture scientifique. Ainsi, l'inspection des entrailles lui paraissait une autopsie utile, rendant compte des conditions sanitaires du moment et permettant de formuler certains pronostics*. Il n'est pas de méthode divinatoire qui, dans ce système, ne puisse trouver sa justification, pourvu qu'on s'interdise d'en faire un usage irrationnel.

Quand on songe aux négations radicales qu'Épicure tirera plus tard des mêmes principes, on est quelque peu surpris de la facilité avec laquelle Démocrite laisse subsister dans son univers le surnaturel, à peine déguisé sous des noms nouveaux. Cependant, il faut reconnaître que le philosophe abdéritain ne peut être accusé d'inconséquence. Ce penseur, qui aimait mieux, disait-il, découvrir une seule cause rationnelle que de devenir roi de Perse ', n'a pas dû se décider à la légère. Son réalisme l'obligeait à chercher à toutes les idées un objet réel, c'est-à-dire matériel. La croyance aux dieux anthropomorphes supposait nécessairement la perception d'images à forme humaine, plus grandes et plus belles que' les fantômes émanés des hommes vivants. Démocrite conclut de là à l'existence de ses génies aériens. Les hallucinations et les rêves, devant également avoir un objet réel, ces mêmes génies s'offraient tout d'abord à l'esprit comme l'objet en question. Ainsi, les hommes se trouvent communiquer avec les génies, et, comme ceux-ci ont des facultés supérieures aux nôtres, ils peuvent nous apprendre ce qu'il nous serait impossible de connaître sans leur secours. Épicure n'a échappé à cette conclusion que par une hypothèse toute gratuite. Nonseulement il place ses dieux dans les intermondes, ce qui n'empêche par leurs images d'arriver jusqu'à nous, mais il

i) Cic. Divin, y I, 57. — 2) Eosbb. Pr«p. Evang., XIV, 27, 3.

les suppose absolument indift'érents à tout ce qui se passe dans notre monde et n'ayant, par conséquent, rien à nous apprendre là-dessus.

Toute la mantique est reconstituée de cette façon, avec le secours de la démonologie. Elle devient une science naturelle, en ce sens que les génies sont compris, avec tout ce qui existe, dans la nature, et qu'ils se manifestent par des moyens naturels; mais, aux termes près, les partisans les plus déterminés du merveilleux ou surnaturel trouvaient pleine satisfaction dans la théorie de Démocrite.

La logique vulgaire en a jugé ainsi. Bien loin de classer Démocrite parmi les ennemis du merveilleux, elle en a fait un devin, un astrologue, disciple des Chaldéens, bref, une sorte de Pythagore *. S'il y a là un hommage rendu à sa science universelle, il y a aussi un travestissement de ses complaisances pour la divination. Virgile ne serait probablement pas devenu un magicien au moyen iige, sans les /" allures prophétiques de sa dixiègie églogue, ni Démocrite, dans l'antiquité, sans sa démonologie. L'imagination n'a pas eu beaucoup à faire pour transformer Démocrite en magicien, s'il est vrai, comme le rapporte Pline*, qu'il ait enseigné la manière de comprendre le langage des oiseaux en mangeant un serpent né lui-même du sang de certains oiseaux égorgés à cet eflFet.

On doit n'accueillir qu'avec réserve des renseignements aussi étranges, mais il n'est pas moins surabondamment démontré que l'école ato mistique a laissé la divination jouir en paix de son prestige traditionnel.

En somme, la philosophie, jusqu'à Socrate, n'avait accordé qu'une attention bien distraite au problème de la destinée

humaine et conséquemment à la divination. L'homme tenait peu de place dans ses grandes théories cosmogoniques. Elle

i) DiOG. LaebTo IX, 17. — 2) Plin., X, 49, 137.

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