‹ Histoire de la divination dans l'antiquité (volume 2)Chapitre 32 sur 149 · CIGÉRON ET LA DIVINATION · texte numérisé non relu

CIGÉRON ET LA DIVINATION

pleSy a fait peser son joug sur presque toutes les âmes et pris d'assaut rimbécillité humaine. Nous Tavons déjà dit dans ces livres intitulés De la nature des dietix^ et nous y avons surtout insisté dans la discussion présente : car nous croyons rendre un grand service à nous-même et à nos concitoyens, en la supprimant par la base. Supprimer la superstition n'est pas, — je tiens à faire bien comprendre ce point — n'est pas renverser la religion. Car il est d'un esprit sage de protéger les institutions des ancêtres en conservant les cultes et les cérémonies; et, d'autre part, la beauté du monde, l'ordre des mouvements célestes nous obligent à reconnaître une certaine essence supérieure et éternelle vers laquelle le genre humain doit lever les yeux avec admiration. Mais, de même qu'il faut propager au besoin une religion associée à la connaissance de la nature, de même il faut extirper, jusqu'à la dernière, les racines de la superstition. Elle est là, en effet, cette superstition, qui vous presse, qui vous poursuit de quelque côté que vous vous tourniez : que vous prêtiez l'oreille à un prophète ou entendiez une parole omineuse; que vous fassiez un sacrifice ou aperceviez un oiseau; que vous voyiez un Ghaldéen ou un aruspice; qu'il éclaire ou qu'il tonne, ou qu'un objet soit frappé de la foudre; qu'il se produise un phénomène quelconque ressemblant à un prodige — et il doit nécessairement s'en produire de temps à autre — vous n'avez plus un moment de tranquillité d'esprit. Le sommeil, au moins, semble être un refuge contre toutes les peines et tous les soucis, et voilà qu'on en fait sortir la plupart des inquiétudes et des craintes. Ces craintes ne seraient pas par elles-mêmes bien sérieuses et on les dédaignerait plus facilement si les songes n'avaient trouvé des défenseurs de leur cause chez des philosophes, et non parmi les plus bas cotés, mais parmi les plus subtils, les plus habiles à distinguer les

conséquences et les contradictions, enfin parmi ceux qu'on regarde à peu près comme des philosophes parfaits. Peutêtre même seraient-ils aujourd'hui considérés comme les seuls philosophes, si Carnéade n'avait lutté contre leur arbitraire*. »

S'il est vrai que Cicéron, dans sa jeunesse et sous l'impression des leçons de Posidonius; ait consulté l'oracle de Delphes et consacré des offrandes dans le temple", il était bien revenu de sa première ferveur. C'était dans toute la plénitude de sa raison, et dans un moment où l'avenir lui apparaissait chargé d'obscures menaces, qu'il rompait avec la vaine curiosité des choses futures..

La foi en la divination était, du reste, bien affaiblie dans le monde gréco-romain au moment où Cicéron lui livrait cette dernière bataille. Strabon, un stoïcien modéré, qui croît pour son compte à l'astrologie, constate une sorte d'indifférence générale pour la mantique et les oracles*. Tite-Live avoue, avec une sorte de regret,que l'opinion publique de son temps n'accepte plus la révélation par les présages*, et Diodore, évhémériste déterminé, faisait de son mieux pour expulser le merveilleux de l'histoire.

Mais le besoin du merveilleux, inné à la nature humaine, ne se laisse pas ainsi tromper par une fin de non-recevoir. A côté du courant rationaliste qui, depuis près de deux siècles, minait l'une après l'autre toutes les vieilles croyances, la foi aux signes mystérieux de la révélation persistait et allait bientôt refouler par l'élan du sentiment ce débordement de logique.

Pendant que le scepticisme académique et Tincrédulité épicurienne pourchassaient de toutes parts le surnaturel, un

i) Cic. Dtmn., Il, 72. — 2) Plut. Çtc, 5 (be El ap. Bdph.^ 3). Le fait est contesté, et pour de bonnes raisons, par Dramann (Geschichte BomSf V, p. 2o1). — 3) Strab., X, 3, 23. — 4) Liv., XLIII, 13.

Page 1