‹ Histoire de la divination dans l'antiquité (volume 2)Chapitre 34 sur 149 · PLINE, SUÉTONE, TACITE · texte numérisé non relu

PLINE, SUÉTONE, TACITE

sur ce sujet avec Suétone, un autre rationaliste superstitieux. € Tu m'écris, lui dit-il, qu'efifrayé par un songe, tu redoutes quelque incident fâcheux dans ton procès ; tu veux que je demande la remise à quelques jours, surtout que je n'accepte pas le terme le plus proche. La chose est difficile, mais j'essayerai; car, comme dit le poète, « le songe aussi vient de Zeus. » « Il faut distinguer cependant si, d'ordinaire, tu rêves ce qui doit arriver, ou le contraire. Je crois, en pensant à un rêve que j'ai fait jadis, que celui dont tu as peur te présage, au contraire, un procès excellent. Je m'étais chargé de la cause de Junius Pastor, lorsque, en dormant, je vis ma belle-mère se jeter à mes genoux, me suppliant de ne pas plaider... » Pline avait plaidé quand même, gagné sa cause, et conquis^ du même coup, une réputation au barreau. Cependant, il n'ose pas assurer que le songe de Suétone pourra aussi facilement « tourner à bien, » et va s'occuper de demander la remise du procès\

Tacite, qui domine de si haut ces esprits médiocres, hésite en face de l'énigme de la révélation. Il sait que, pour rendre la divination possible, il faut un plan arrêté, et que « les plus sages d'entre les anciens et leurs modernes sectateurs professent sur ce point des doctrines opposées*. > Il paraît disposé à accepter la méthode la plus fataliste et la moins surnaturelle de connaître l'avenir, l'astrologie, et à écarter les signes soi-disant providentiels*.

Plutarque était bien fait pour tenter une réconciliation désormais impossible entre la raison découragée et le mysticisme exalté par l'approche de son triomphe. Platonicien éclectique, accessible à toutes les idées moyennes qui lui paraissent d'accord avec le sens commun, il ne voudrait tomber ni dans l'athéisme, ni dans la superstition, et il se meut

i) Plîn. Jun. Epist.j 1, 18. — 2) Tac. Annal., VI, 2i. — 3) Tac. Annal., XIV, 12.

librement, sans trop soupçonner les difficultés dialectiques, sur ce terrain vague qui est limité d'un côté par l'épicurisme, de l'autre par le panthéisme stoïcien.

Plutarque a beaucoup écrit sur la divination. Son traité sur la Mantique^ est perdu, mais nous avons encore quelques ouvrages de moindre étendue concernant les oracles et spécialement l'oracle de Delphes. Il voulait ramener l'attention publique sur ces instituts tombés en décadence. Les preuves de fait convenaient mieux à son but et aussi à ses aptitudes que les théories. Aussi la partie théorique de ces écrits est-elle à peu près sans valeur. L'auteur juxtapose des solutions incohérentes et remplace presque toujours les arguments par des comparaisons. Il prend son point de départ dans l'idée de la Providence, qui explique suffisamment la divination prouvée, en fait, par le consentement universel. Cette idée accueille nécessairement tous les modes de divination, parce qu'il y aurait présomption à en interdire un seul à la divinité. Plutarque n'a sans doute rien à objecter à cette conséquence. On le voit, dans tous ses ouvrages, enregistrer, avec une complaisance marquée, les prodiges et miracles dont fourmillent les annales grecques et romaines. Sans doute, il n'accorde pas à tous ces faits indistinctement une foi entière. Il dit quelque part que Thémistocle, désespérant de déterminer le peuple par des raisonnements humains, « eut recours aux prodiges et aux oracles, comme on a recours à la machine dans la tragédie *. » Mais il est certain aussi que les prodiges les plus invraisemblables ne lui paraissent pas iinpossibles.

Cependant, pour lui, comme pour Platon, la forme préférée de la révélation est la divination subjective. Il pense que l'âme humaine est visitée de temps à autre par la vérité divine. Elle possède, à cet effet, une faculté divinatoire innée,

I) Stob. ^c%., LX, 10. — 2) Plut. Themistocl,, «0.

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