ÉCRITS DE PLUTARQUE
symétrique à la mémoire, et qui sommeille tant qu^une secousse physique, un ébranlement nerveux ne vient pas la surexciter en produisant V enthousiasme^. Cet état d'enthousiasme rend Fâme capable de vibrer sous le souffle prophétique comme une corde sous Tarchet". La faculté man tique n'est plus, comme pour Aristote, une faculté active, se suffisant à elle-même; c'est plutôt une propriété passive, une réceptivité qui fait de l'âme l'instrument de Dieu comme le corps est l'instrument de l'âme '. Il y a donc, dans l'enthousiasme et, par suite, dans la révélation, une action surnaturelle s'exerçant sur un sujet qui, suivant qu'il est plus ou moins docile, rend plus ou moins fidèlement la pensée divine.
L'enthousiasme peut être spontané, c'est-à-dire, commencer sans causes appréciables, ce qui n'exclut pas les causes surnaturelles, par exemple, l'intervention des génies*. Le plus souvent, il est déterminé par certains agents matériels, tels que des exhalaisons telluriques ou des eaux imprégnées d'une vertu particulière, qui sont moins des agents proprement dits que le véhicule d'influences naturelles attachées à leur substance par les génies*. Une fois montée au ton voulu, Tâme est prête à recevoir l'illumination divine. Pour expliquer cette infusion de la pensée divine, Plutarque propose plusieurs hypothèses qui, toutes, ont pour caractère commun de lier inséparablement l'action spirituelle aux conditions physiques dans lesquelles se trouve le sujet humain. Gomme il voulait expliquer la décadence des oracles par l'aflFaiblissement progressif des agents matériels de l'enthousiasme, il se croyait obligé de ne jamais perdre de vue que la révélation doit arriver à l'âme par l'intermédiaire de certaines modifications physiques. Rien de plus incohérent que ces diverses solutions
I) Plut. Jkfeci. orac., 4(K — 2) Plut. Ilnd, , 48. — 3) Plut. De Pj/th, orac.^ 21. — 4) Plut. Gm. Socrat., 20. Def. orac, 43, 16, 38. — 5) Plut. Def. orac, 48.
indiquées dans le but de concilier le plus grand nombre de systèmes possible avec la divination pratiquée par les oracles. « C'est d'en haut, dit Plutarque, que vient la faculté mantique : elle est un courant, un souffle essentiellement céleste et saint. Elle se communique directement par l'air, ou par quelque autre milieu humide qui, s'unissant avec les autres corps, jette les âmes dans un état
insolite Il est probable que la chaleur et la dilatation
ouvrent des pores qui donnent entrée aux images de Pa-
venir On peut dire encore que la séchefesse, combinée
avec la chaleur, volatilise l'esprit et en fait quelque chose d'aérien... D'un autre côté, il n'est pas impossible que la réfrigération, la condensation des esprits fasse naître et subsister dans l'âme la faculté divinatoire, comme la trempe donne le tranchant au fer... Rien n'empêche que Texhalaison inspiratrice, qui a de Tanalogie et de l'affinité avec les âmes, remplisse leurs vides, les ajuste et les combine' »
L'éclectique de Chéronée confond, dans un chaos indescriptible, la révélation, le véhicule de la révélation, l'enthousiasme, les agents producteurs de l'enthousiasme, les génies, les facultés naturelles, le chaud, le froid, le sec, l'humide, de manière que chacun puisse y trouver son compte et que l'honneur des oracles soit sauf.
De pareils logiciens ne peuvent guère avoir d'action que sur les esprits de même trempe. Cependant les écrits de Plutarque en faveur de la divination ne durent pas passer ina^perçus, en raison de la notoriété de l'auteur et des préoccupations mystiques de l'époque. Ils ont peut-être provoqué la vigoureuse riposte du philosophe cynique Œnomaos de Gadara, qui, dans un volume intitulé P Escamotage des char^ latans ou peut-être encore Autophonie du chierif engagea