CANON DES OISEAUX FATIDIQUES
que ceux-ci ne fussent jamais employés comme messagers extraordinaires. En pratique, le nombre des messagers célestes était plus restreint.
L'aigle (i«T6«), messager spécial de Zeus, est, dit Homère, « le plus accompli des oiseaux*. » Théocrite l'appelle encore par excellence l'oiseau fatidique (oîwvd?)', qualité que lui disputa plus tard le vautour ('p})'.
Le corbeau (xépoç) était l'oiseau favori et le compagnon d'Apollon, privilège qu'il partageait d'ailleurs avec l'épervier et le cygne. Les poètes grecs et romains l'appellent souvent l'oiseau de Phœbus, son esclave, l'oiseau de Delphes, le compagnon des trépieds*. Aussi était-il, en Grèce comme à Rome, observé avec îioin. Pindare lui trouve soixante-quatre cris différents* et Pline estime que les corbeaux « paraissent être seuls d'entre tous les oiseaux à comprendre le sens de leurs présages*. » Aussi y eut-il en Grèce des spécialistes adonnés à la divination par les corbeaux (xopoxojjidtvtgiç)'. Tout cela n'empêchait pas le corbeau d'être un animal répugnant et l'habitude d'envoyer « aux corbeaux » les gens que depuis on envoie au diable fit de ce mangeur de cadavres un oiseau de mauvais augure (SuaotwviaTixàç)^.
Les devins semblent s'être complu à faire de la corneille (xop<&v7j) l'antithèse du corbeau. Brouillée avec Apollon et son serviteur indiscret par la légende de Coronis, elle entre au service d'Hêra' ou même d'Athênô*", qui n'eut guère à se louer
étraoge réputation dUmpiété : ((([Tipdixsç) (x^vot T(ôv ôpvCOwv Ocû>v ai^aç oùx s^ouat »
(Artem. Ontr.,11,46], et Manuel Philès (xiv' s.) en dit encore tout le mal possible.
i) IIoM. lliad. yWlU 247; XXIV, 310. Cf. Pi.nd. Isthm.,yi (V), 50; Xenoph.
Anab., VI, 1, 23. — 2)Tbeocu. /rfi/// , XXVl,3«. — 3) Etymol. Magn. p. 619 39.
— 4) OviD. Meiam.y II, 507. Petron. 5atî/nc., § 122. Stat. Theb., 111,506. Plut. Pyth. orac, 12. iflLiAN. Uist, Anim., 1,48. Ani/iol, Palat., IX, 272, etc. -— 5) PiND. ap. Fui.GENT. Myth.^ 1, 12. — 6î Plin., X, 12, 33. Cf. Clem. Alex, Protrept.^ p. 9. — 7) Schol. Hom. Odyss,, XIV, 327. — 8) Suidas, s. v. T^x^paxa^,
— 9; APOLLorr. Rhod., 111,930. — 10) Ovid. Metam,, FI, 548 sqq.
d'elle. En Grèce, comme en Italie, le sens des présages qu'elle fournit est généralement inverse de celui des signes dont le corbeau est l'auteur.
L'aigle, le vautour, le corbeau et la corneille forment le groupe principal des oiseaux fatidiques. L'usage tendait à délaisser certaines espèces très-appréciées au temps d'Homère, l'autour (x(pxoç—rpTiÇx{pîtoç)*, le faucon ou oiseau sacré (tspaÇ), le héron (ipwo(oç) et le butor («xvoç), envoyé de Pallas bien qu'appelé aussi, pour des raisons subtiles, oiseau de Diomède*. En revanche, la liste s'était allongée, d'un autre côté, par l'admission du roitelet (TpéyiXoç— paatX(axoç) % de la chouette (T>'«iï)*, de la mouette (xpft)*, l'une et Tautre attribuées à Athênè, du pivert, (8puoxoXdiî:TT]ç)*, si fêté en Italie, et, au besoin, de l'introuvable phénix, dont certains voulurent faire le « seul > confident de Phœbus.
Cette liste ne pouvait pas être fermée. Il eût fallu, pour cela, une autorité universellement reconnue, analogue à celle de la caste sacerdotale en Egypte ou à celle des augures romains. Encore les augures purent-ils limiter simplement le nombre des oiseaux qu'ils consultaient^ mais il leur fallut admettre que tous les oiseaux pouvaient donner des présages fortuits \ Les devins grecs jouissaient, vis-à-vis de la tradition, d'une liberté bien plus grande et ils ne devaient compte qu'à eux-mêmes de leurs préférences. La légende des Péléiades ou « colombes » de Dodone* paraît bien indiquer que l'oiseau de Dioné-Aphrodite n'était pas étranger à la divination, et, lorsqu'il plaît à Lycophron d'appeler Cassandre
i) HoM. Odyss., XUly 87 ; XV, 5*26. L*aiitour passa peut-ôtrâ de THoras égyptien à TApollon grpc. —2) Hom. Iliad,, X,274. Sert, ^/i., XI, 274. — 3) Plutarch. Pyth. orac, 22.— ii Parœmiogr. grjec. I, p. 228, 231, 352.— 5) PoRPHYR De Abstin., III, 5. Tzgtz. ad Lycophr., Alex, 513. — 6) Arrian. Man.Epictet.jly H, 19. — 7) Cic. Divin. ^ 1, 35. Sçuv. jEn., I, 398. — 8j Voy., vol. Il, Oracle dcDodonc.